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P.E.I
Ensemble par l'Ecologie,
Apportons à notre pays
Un édifice imposant
Côte d’Ivoire / Interview exclusive Les vérités de Ahmadou Yacouba Sylla sur Houphouët, Bédié, Guéï et Gbagbo

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mardi 31 août 2010 - Par L'Intelligent d'Abidjan |

J’ai mal à la Côte
d’Ivoire
Au Nom de Dieu, Clément et Miséricordieux ! Vous
attendez de mon ignorance la lecture de nos temps politiques et
religieux, nos temps qui sont inondés par la tornade des
paroles que se disputent religieux et politiciens… le
contenu de ‘’À l’Ombre
d’un Soufi’’ de mon combat, a besoin de
la sagacité rédactionnelle de
l’Intelligent d’Abidjan pour restituer le survol de
mon vécu de Houphouët Boigny à Laurent
Gbagbo. Il n’est pas aisé de prendre la parole
dans une pluie de parols. On a le sentiment que la part de la raison
n’est pas commandée par la raison. Ma vraie
maladie c’est la Côte d’Ivoire. La
Côte d’Ivoire est dangereusement et effroyablement
malade. Est-ce que nous avons une possibilité
d’entrer en nous-mêmes et faire notre examen de
conscience ? Nous sommes pris dans une espèce de gouffre. Le
gouffre marcoussiste qui nous a envahis. La Côte
d’Ivoire est entièrement
dévorée et meurtrie par Marcoussis ; tout
ça à cause du prisme de l’argent.
L’option de Félix Houphouët
Boigny
‘J’ai été
député du Nioro pour le compte du Soudan. Pour
être député, c’est une
très longue histoire, parce que Houphouët-Boigny
n’a pas accepté que j’ai pu faire
l’option Ghana-Guinée-Mali. Il fallait donc que
mon père use de toute son influence pour que je quitte sur
la liste de l’union soudanaise du RDA. J’ai fait
une option, il fallait l’accepter, mais on ne peut que
répondre à l’appel du sang. Quand
j’étais au Mali, Houphouët me
considérait comme un révolutionnaire et quand
j’ai rendu ma démission et que je suis revenu, il
voulait obligatoirement que je vienne au cabinet, sans que je ne sache
pourquoi. Pour M. Foccart j’étais un
révolutionnaire, mais maintenant que je suis revenu, il dit
que je suis un communiste. Et Houphouët de
m’apostropher, lorsqu’il y a eu
l’histoire du complot du chat noir. Il m’a
emmené à Yamoussoukro et devant mon
père, il a dit que je fais partie des comploteurs. Je
l’ai remercié et je lui ai dit : « le
respect que je porte à mon père, c’est
le même respect que je te porte. Mais puisque je suis un
comploteur, je suis obligé de quitter ton salon. Je sais
où se trouve la route du Mali et je sais
d’où je viens. En te quittant, je vais au Mali et
je n’ai pas de comptes à te rendre ».
J’ai quitté sa résidence et je suis
allé m’asseoir à la station AGIP .
Ensuite, il était allé rencontrer les prisonniers
politiques et comme le préfet Tagro dans son rapport, a fait
état d’un certain Sylla, il a déduit
que c’était moi. Au cours de cette
réunion donc, il s’attendait à ce que
ce soit moi, puisqu’autour de lui, il y avait des gens qui
jubilaient de savoir que Sylla aussi fait partie des comploteurs.
C’est ce jour-là qu’on a
arrêté Ladji Sidibé, c’est ce
jour-là aussi que Barouan a versé des larmes
à la plantation. Mais, à peine que la
réunion a débuté, Gbaï Tagro
se lève et dit : « Président,
j’ai fait une erreur dans mon rapport. J’ai dit
Sylla, mais il s’agit de Abdoulaye Sylla et non Ahmadou
Sylla. Barouan quitte la réunion et vient me trouver
à la station, tout heureux, et il m’annonce que je
suis réhabilité. J’ai refusé
de le suivre. C’est mon frère
aîné, actuel calife, qui est venu me prendre
à la station AGIP pour me conduire à la
résidence. Quand nous sommes arrivés à
la résidence, Houphouët me dit : «
Excuse-moi, Tagro a corrigé sa rédaction
». Je me suis mis à pleurer, mais comme mon
père était là, je n’ai voulu
rien dire. J’ai quitté leur auguste
assemblée et je suis allé me mettre sur un banc.
Pour n’avoir pas épousé
l’option libérale comme lui, Houphouët,
me surveillait de près et me soupçonnait
constamment de destabilisateur. Il avait définitivement
choisi le libéralisme pour son pays avec toutes ses
conséquences. Voilà l’option
libérale, le prisme de l’argent l’argent
devait faire l’affaire des Ivoiriens. La culture
était dévalorisée au profit de ce
Dieu. Elle n’avait pas droit de citer.
Houphouët a nommé Bernard Dadié
pour qu’il échoue
J’ai entendu l’autre jour dire, qu’on
devait fêter Bernard Dadié au Palais de la
culture, mais Bernard Dadié se considère comme un
marginal. Les conditions dans lesquelles Bernard Dadié a
été nommé ministre de la Culture ne
viennent pas de lui (Houphouët), mais de
l’Extérieur. Senghor et ses amis de la culture ont
demandé à Houphouët pourquoi il laisse
quelqu’un de la trempe de Bernard Dadié, pour
nommer quelqu’un d’autre, qui n’a aucune
base culturelle, comme ministre de la Culture. C’est par
l’influence extérieure de Bernard Dadié
qu’il a été nommé ministre
de la Culture. Mais dans quelles conditions ! Il a
été nommé ministre de la Culture
J’en profite pour lui rendre homm age dans la même
période où se déroulait la Coupe
d’Afrique. C’est à cette même
période qu’on construisait l’immeuble
qui abrite la Fédération ivoirienne de football.
Fologo était ministre des Sports. Houphouët
n’a pas nommé Bernard Dadié pour
qu’il réussisse, mais pour qu’il
échoue. Dadié est un homme
d’expérience. Lorsqu’il a
été appelé au Palais
présidentiel pour être informé de sa
nomination, il a demandé à Houphouët la
permission d’aller consulter sa famille. Houphouët
lui a dit : « Tu n’as pas à te concerter
avec ta famille. J’ai décidé que tu
sois ministre, tu le seras ». On a voulu lui arranger ses
meubles et sa maison, il a refusé et
jusqu’à présent, il occupe cette
même maison à la cité des Arts. Il a
été débarqué du
gouvernement dans des conditions extrêmement graves, mais
Bernard Dadié a toujours gardé la
dignité du silence, parce que père Gabriel
Dadié et lui, ont mené une lutte anticoloniale
qu’il ne dévoiera jamais, parce qu’il y
a eu une incompréhension entre lui et son père
Houphouët-Boigny. Mais tout est aujourd’hui
dévalorisé par l’argent. Les gens de
Marcoussis se sont donc servis de cette faiblesse pour
l’argent, parce qu’il fallait un jour
qu’on arrive à la succession
d’Houphouët, une succession à la pelle.
Les faiblesses d’Houphouët-Boigny
En ouvrant les frontières, ce qui fut d’ailleurs
l’une des faiblesses de mon papa Houphouët, nous
avions attiré son attention sur les éventuels
dangers de ce qui pourrait advenir. Nous lui avons dit : «
Papa, de grâce contrôlons nos frontières
». Et à cette période là,
c’était Bakary Coulibaly qui était le
directeur de la Sûreté. Et en retour Papa nous
répondait ceci : « Ça ne va pas chez
toi ! Si les frontières sont ouvertes, c’est parce
que je veux créer les Etats-Unis d’Afrique comme
les Etats-Unis d’Amérique en Côte
d’Ivoire». Nous lui avons dit : « Les
gens viennent à toi parce que tu es le Président
du RDA. Il ne faut pas te servir de ça pour mener une
opposition contre les pays révolutionnaires comme le Ghana,
le Mali et la Guinée (…) Ce n’est pas
une construction positive de l’avenir ». Il me dit
« Ah bon, tu veux me faire la leçon maintenant ?
» Je lui ai répondu : « Tu as
engagé une action en 1946. Si tu veux changer de style,
fais-le, mais reste panafricaniste ». Pourquoi je
n’ai jamais occupé de bureau à la
Présidence ? C’est impensable ce qui se passe dans
son cabinet. Le directeur de cabinet est Français, le
secrétaire général est
Français, tu as 55 conseillers techniques
français. Demander au fils du hamalliste d’aller
s’asseoir dans un bureau comme ça, mais
c’est le livrer aux loups. Et la preuve, ça ne
marchait pas.
Quand ils ont senti la mort d’Houphouët,
ils ont délocalisé le bureau des As du
contre-espionnage, du palais à l’ambassade de
France
Le cabinet militaire français, tenu par des as du
contre-espionnage français, qui se demandaient ce que ce
Sylla faisait dans ce cabinet. Mais, c’est normal parce que
pour eux la Côte d’Ivoire était une
province française. Ils ne pouvaient pas penser que
quelqu’un puisse avoir une pensée contraire; alors
que parmi ces conseillers techniques, il y a des gens qui
n’approuvaient pas la façon de faire la
coopération franco-ivoirienne. On avait plus de 1.000
enseignants français, on ne pouvait pas dénombrer
les conseillers français au ministère de
l’Economie et des Finances, au ministère de la
Défense. Quand on est dans une telle situation, on ne peut
pas dire qu’on construit une nation. Le jour où
ils ont senti que la maladie est en train de miner Houphouët,
ils ont délocalisé le bureau où
étaient les as du contre-espionnage français. Ils
ont transféré tous ceux qui étaient au
palais présidentiel, à l’ambassade de
France en Côte d’Ivoire, où il y avait
la police des polices françaises. Quand j’ai su
qu’ils ont commencé à
délocaliser, je me suis dit que ça devient
compliqué, parce que s’ils
délocalisent, cela veut dire qu’ils savent que la
fin d’Houphouët est proche. Ils ne lui feront jamais
un coup, parce que c’était un très
grand ami de l’Occident. Houphouët tenait toutes ses
réunions à Cocody et un jour, il a
décidé d’aller se faire soigner en
France, alors qu’il a soigné ses yeux ici en
Côte d’Ivoire. J’ai demandé
s’il ne pouvait pas rester ici et se soigner. Il
m’a dit de m’occuper de mes affaires. Il est donc
allé à Paris pour se soigner. La France
n’est pas créateur de vie, elle ne peut donc pas
ôter la vie de quelqu’un. Houphouët a
aussi a enterré beaucoup de gens, si son tour arrive,
c’est arrivé ! A l’époque
ceux qui l’ont fait opérer ont dit que
c’est ce même médecin là qui
a opéré Mitterrand. Mitterrand était
encore là, lorsqu’il opérait
Houphouët alors qu’il était est en train
de finir, ce sont inquiétées certaines personnes.
Ensuite on nous dit qu’il faut qu’il aille
à Genève. Je leur ai dit que c’est eux
qui font ce genre de calcul, parce que quand Dieu a
décidé, il a décidé.
C’est dans cette même situation que nous nous
trouvons aujourd’hui.
Le cas Henri Konan Bédié
Houphouët m’a fait une confidence un jour, et je lui
ai dit : « Tu choisis Bédié comme
successeur, mais beaucoup de personnes vont se poser des questions
». Il m’a dit «
Bédié c’est mon choix, que
ça plaise ou non ». Je lui ai demandé
s’il avait discuté avec le ministre aux
marchés communs. Il m’a dit qu’il en a
discuté avec tout le monde et que
Bédié c’est son homme, c’est
son choix. Un jour, il me dit « on dirait que mon choix ne te
plait pas ». Je lui ai dit qu’il
n’était pas de mon devoir de spéculer
sur l’avenir ou le destin de quelqu’un. Je lui ai
dit : « Si Dieu dit que c’est
Bédié, c’est
Bédié. Puisque c’est toi le chef, je
souhaite que tu ais la bonne vue pour que nous n’ayons pas
à le regretter ». Nous étions dans un
système basé sur l’argent, lorsque
Bédié a pris le pouvoir. Les tenants des capitaux
financiers se sont rendus compte que dans ce système de
Bédié, c’était le moment de
prendre des intérêts dans les
sociétés. Ils ont donc commencé
à faire de la prospection en Côte
d’Ivoire, pour savoir qui pouvait remplacer
Bédié. J’ai été
approché par des personnes qui envisageaient de mettre fin
aux actions de Bédié, puisqu’il
était actionnaire dans certaines
sociétés de vente de riz et autres. Je leur ai
dit : « Mêlez-vous de vos affaires.
Houphouët est mort certes, mais cela ne veut pas dire que sous
Bédié, les choses se passeront comme au temps
d’Houphouët ». Malheureusement, le destin
étant ce qu’il est, vous avez vu ce qui
s’est passé. Bédié a
assumé sa part, il s’est retrouvé dans
le coup d’Etat. La partition militaire qui a
organisé coup, ce sont les Français qui sont
à la base de tout. Le général
Français, chef d’état major, a
entouré Guéi de tous les spécialistes
militaires, parce que je ne pense pas que Guéi pouvait
réussir seul ce coup savamment planifié. Quand
Guéï a commencé à mordre
à l’appât du pouvoir, les
Français ont créé les conditions pour
le pousser à la porte. Voici la tragédie que nous
avons vécue.
Comment Gbagbo a géré la crise
Qu’on le veuille ou non, il faut que nous ayions
l’humilité d’admettre que la situation
en Côte d’Ivoire est contrôlée
par les Français. Mais, on ne peut pas être
croyant, musulman ou chrétien et être anti quelque
chose. Toute créature de Dieu est faite pour être
aimée. Dans ce mois sacré du Ramadan,
l’Homme doit être en lui-même pur. Je ne
vois pas pourquoi, parce que nous avons pris position pour
l’intérêt de notre pays, qu’on
est anti ceci ou cela. Les militaires des pays appelés
communistes sont venus en Octobre 2000 avec leur partition, une
partition de désordre quand on s’est
retrouvé aux élections. Gbagbo a gagné
ces élections, il a été élu
Président de la République.
C’était dans son destin. Dieu l’a voulu
ainsi, nous lui disons merci pour ce choix. Nous ne serons donc jamais
contre Gbagbo, parce que mon père nous a dit : «
Tu respecteras toujours le choix divin ». Mais mon
rôle, c’est de dire à Gbagbo «
attention à ceci ou à cela ». Si
j’ai entrepris de faire ce que je fais, c’est parce
que Gbagbo a géré la crise de façon
solitaire. Il s’est mis en dehors de son parti, le FPI, au
risque même de s’attirer des problèmes.
On ne peut pas renier le fétiche qui t’ai fait. Au
PDCI, les militants ne faisaient rien sans le bureau politique, ou le
directoire avant d’aller au Conseil national. Mais Gbagbo a
coupé avec sa base. Dans le prisme de l’argent,
Gbagbo ne connait pas le sens de la gestion de l’argent.
Professeur d’histoire de son état, il avait un
salaire de 400.000 FCFA. Aujourd’hui, il se retrouve
à la tête d’un Etat qui a un budget de
2000 milliards de FCFA, des fonds de souveraineté
à donner le vertige. Automatiquement, il est pris dans la
bourrasque, puisqu’on dit que le pouvoir de
l’argent peut rendre fou, parce que les flatteurs, les griots
se sont jetés sur lui. Mais, puisqu’il
n’a pas la notion de gestion financière, il fait
le social, le culturel, le scientifique, la
médecine…. Il est tout à la fois. Les
Occidentaux nous observent, après avoir mis Marcoussis dans
nos jambes. Il n’y a rien de plus exposant que la
télévision, car les experts savent lire sur les
lèvres, ils connaissent la fragilité, la force,
ou les faiblesses des uns et des autres et tout est
géré par la parole publique. Tout ce
qu’on peut faire, c’est d’implorer Dieu,
le détenteur divin de toute chose. Si nous devons passer par
une épreuve, l’épreuve nous la
subirons. Mais il faut qu’il nous aide et qu’il
fasse en sorte que nous les Ivoiriens, nous retrouvions notre esprit,
qu’il déverse sa pluie de paix sur nous et sur la
Côte d’Ivoire. Que les Ivoiriens
eux-mêmes arrivent à construire leur paix, parce
qu’ils ont appris à s’aimer les uns, les
autres. Mais, il ne faut pas faire des réunions
télévisées dans le politiquement
détestable, où on s’embrasse tout en se
détestant, tout en cherchant le malheur de
l’autre. Je suis très embarrassé, parce
que mon frère Gbagbo, je l’aime très
bien. J’aurais bien voulu qu’il connaisse une bonne
gestion, mais ce qui se passe actuellement donne beaucoup
d’inquiétudes. Mais, celui qui détient
la vérité, c’est le Dieu auquel nous
nous adressons. Je lui demande d’éclairer Gbagbo
pour qu’il se ressaisisse et retrouve son âme. Pour
qu’il rentre dans la case sacrée de la nation
ivoirienne, qu’il fasse la prospection pour savoir
où se trouve la sagesse, afin d’avoir le
discernement. Ouaga, oui, Ouaga, non ! On ne pourra jamais lire sur le
document de paix de la Côte d’Ivoire, Ouaga le
…, les Ivoiriens ont eu leur paix. Ce n’est pas
possible, parce que l’âme ivoirienne ne se trouve
pas à Ouaga. Elle se trouve à Didiévi,
à Gagnoa, à Duekoué, à
Yamoussoukro. Il faut arrêter ces ballades, parce que
ça réjouit les gens de Marcoussis. Ils ont fait
une option, puisque Gbagbo a affiché son esprit de
révolutionnaire panafricaniste en essayant
d’attenter à leurs privilèges. Ils se
disent que même si Gbagbo est socialiste, il faut
qu’ils s’occupent de lui. Mais, Gbagbo
lui-même ne l’a pas compris. Etant socialiste, il
avait des problèmes avec les socialistes
français,
qui estiment qu’il n’est pas
fréquentable. Quand tu touches aux
intérêts des Français, il est clair que
tu as des problèmes. Nous avons été
persécutés, nos pères ont
été déportés et ce qui est
arrivé est arrivé. Mon frère Gbagbo,
gère la situation de De Villepin et de Chirac avec sagesse
et sans rancoeur ! Vide ce problème de ton cœur.
Ils ont détruit nos avions, Dieu saura nous donner
d’autres avions. Tu gères un peuple et
lorsqu’il s’agit de gérer un peuple, il
ne s’agit pas de le gérer avec tes
émotions personnelles. Gbagbo ne soupçonne pas ce
que représente l’Etat français.
« Le pouvoir d’Etat, c’est le secret
d’Etat », dit-on. Mais avec le pouvoir de Gbagbo,
il n’y a plus de secret d’Etat et là
où il n’y a pas de secret d’Etat, il y a
la vulnérabilité, la fragilité. Mais,
eux ils se régalent et attendent ce qui va arriver.
Pourquoi Gbagbo ne peut pas se retrouver aussi facilement
Il faut que Gbagbo sache que le système français
n’est pas facile à écarter.
Qu’il approche donc ceux qui ont le savoir,
l’expérience, afin qu’ils lui disent
comment il faut procéder. La France est un pays ami, pas un
pays colonisateur. Je ne suis pas un économiste, mais le
franc CFA est un complot. En 1992, je suis allé en France
avec 2 millions de FCFA, mais je ne savais pas que le franc CFA
n’était pas monnayable à Paris. Je vais
aux Champs Elysées et là-bas on me dit que ne
n’est pas une monnaie acceptée. Je vais chez
l’ambassadeur Aïdara, qui ouvre son coffre-fort
plein de billets de 500 FCFA, parce que personne ne savait que le franc
CFA n’était pas monnayable à Paris.
J’ai dû aller à Barbès pour
échanger mon argent afin de payer mon hôtel.
J’ai écrit un message à Bongo, Abdou
Diouf, pour leur demander dans quelle forme de mensonge ils sont en
train d’embarquer les peuples africains. Nous sommes pris
dans un conglomérat de mensonges et dans cette conjoncture,
Gbagbo ne peut pas se retrouver. On dit que ceux qui sont autour de lui
s’enrichissent, mais comment ne
s’enrichiraient-t-ils pas ? A-t-on déjà
vu quelqu’un avoir du miel dans la bouche et le vomir ?
L’être humain est ce qu’il est et il y a
trois forces qui le détruisent : l’argent, la
femme et le pouvoir. Si tu parviens à résister,
tu deviens un homme accompli. Si tu as le pouvoir ; la femme ou
l’argent peut te déstabiliser(Rire). Si ces forces
n’y arrivent pas, l’Homme connu de Dieu peut te
déstabiliser, parce que tu ne le considères pas.
Apprenons à respecter l’homme, c’est en
cela que réside le secret.
Gbagbo doit lui-même respecter les institutions
qu’il incarne
Il y a une centaine de partis politiques en Côte
d’Ivoire, je me demande pourquoi certains leaders de ces
partis dits grands n’étaient pas à la
célébration du cinquantenaire de notre
indépendance. Le Président de la
République qui doit respecter les institutions de la
République s’est rendu à cette
célébration avec 1h30 mn de retard, alors que
cette cérémonie était
prévue pour 11 heures. Quelle culture peut-on donner
à nos enfants, quand on ne respecte pas les institutions et
ses semblables ? La jeunesse dit aujourd’hui que pour
réussir il faut prendre les armes, les diplômes ne
servent à rien et que celui qui n’a pas fait
d’études est Premier ministre, avec un budget de
plusieurs milliards de FCFA. Où allons-nous avec tout cela ?
Il y a quelque chose qui ne va pas ! Il faut qu’on rentre en
nous-mêmes, parce que nous avons des ressources que nous ne
soupçonnons pas. Nous pouvons redresser la barre, mais pour
cela, il nous faut aller au fond de nous. Il faut que le chef sache
qu’en Côte d’Ivoire il y a des personnes
qui ne sont pas chefs, mais qui ont de la lumière.
Fologo n’est pas représentatif de la
Côte d’Ivoire
C’est le droit de Gbagbo de ne pas aller à Nice,
mais qu’il représente la Côte
d’Ivoire autrement, dans la subtilité, dans
l’élégance. Je n’ai rien
contre la personne de Fologo, mais il n’est pas
représentatif de la Côte d’Ivoire
à une conférence de chefs d’Etats. Les
Français l’ont laissé faire, en disant
« ce n’est pas grave », où
« Gbagbo a-t- il perdu la boussole ? ». Sarkozy
peut dire que nous sommes parentés dans
l’histoire, mais ses grands parents ont colonisé
la Côte d’Ivoire pendant plus de 80 ans. Ils
connaissent donc la Côte d’Ivoire plus que
n’importe quel chef d’Etat ivoirien. Il faut
composer avec celui qui connaît ton pays plus que toi. Les
multinationales françaises contrôlent la
Côte d’Ivoire. Je ne dis pas que c’est
leur chose, mais il faut savoir ce qu’on met dans
l’indépendance économique. Quand vous
vous attaquez à des multinationales qui font le tiers de
votre budget national, il faut bien réfléchir.
Après les événements de 2004, elles
sont parties, mais elles sont revenues. Si ces
sociétés avaient fermé aucun de leurs
salariés, ne seraient payés. Il faut compter avec
cette réalité, en faisant preuve de
subtilité, d’humilité, de tact, de
discrétion et de méthodologie pour
gérer la crise ivoirienne.
La responsabilité des guides religieux
En tant que religieux, chacun joue sa partition. Nos dignitaires
religieux font autant de déclarations politiques que les
politiques n’en font dans la religion. On ne sait plus
à quel Saint se vouer. L’Eglise parle, la
Mosquée parle, les Temples parlent… Il y a
tellement de choses dans le chapelet politique qu’on ne sait
plus où se trouve la vérité. Cela est
extrêmement grave. Même si les religieux constatent
des travers, les messages peuvent passer aux fidèles sans
faire la une des journaux. Les unes des journaux doivent être
occupées par Marcoussis. Le gouvernement se
réunit à Yamoussoukro et au lieu que ce soit le
président de la CEI qui annonce la date des
élections, c’est le Premier ministre qui le fait.
Si le Premier ministre l’a fait, c’est que
c’est Marcoussis qui a annoncé la date des
élections, ce qui veut dire que Marcoussis
contrôle la situation.
Inviter Gbagbo à la rupture du carême
à la mosquée est démagogique
Notre responsabilité de religieux est engagée,
nous sommes plus responsables que les politiques. Ce n’est
pas tout de crier nos vérités sur la place
publique, mais sachons dire la vérité
qu’il faut dans le secret de notre foi. Ne faisons pas de la
dotation de sucre et de riz, une publicité. Inviter Gbagbo
à la rupture du carême à la
mosquée est démagogique, parce que ce
n’est pas sa religion. Il faut arrêter de tels
comportements, même si vous estimez, comme Koudous
l’a dit, que « Gbagbo a fait plus que
Houphouët et Bédié pour les musulmans
». Hier, c’était lui Koudous et Fofana
qui étaient aux bras de Gbagbo en train de leur lire un
passage biblique pour les réconcilier à
Yamoussoukro. Je leur ai écrit une lettre ouverte, dans
laquelle j’ai dit que leur réconciliation est
bancale, parce qu’ils ont trahi leur religion. Gbagbo ne peut
pas les réconcilier, parce que les paramètres de
la réconciliation islamique ne sont pas ceux du
prophète Isaïe, ni de Gbagbo. L’islam
n’est pas un processus de réconciliation.
L’Islam, c’est la paix.
La lecture que je fais du 31 octobre 2010
C’est difficile pour un homme qui n’a pas la
lecture politique, de déceler l’embuscade de
l’inconnu. La preuve aujourd’hui, c’est
la rébellion qui demande au gouvernement qu’on a
contesté, des milliards de FCFA pour
l’encasernement. Pourtant de l’autre
côté, il n’y a pas
l’unicité des caisses, des centaines de millions
de FCFA sortent de nos matières premières pour
aller dans les pays voisins. La bêtise est énorme,
à tel point que les Occidentaux qui nous regardent
s’amusent. Il n’est pas digne pour un soufi de
faire une lecture de son immédiat, à plus forte
raison aller dans l’inconnu. Nous demandons à Dieu
de faire en sorte que les élections ivoiriennes se passent
selon son agrément divin, que ce soit le 31 octobre 2010 ou
à une autre date. Plusieurs dates ont
été reportées, ce sont des ignorants
qui ont donné des dates, parce que personne ne songe au
maître divin qui contrôle tout. Les gens pensent
que parce qu’ils ont le pouvoir, la
télévision, demain sera pareil. Mais non !
Humilité-Divinité,
Humilité-Humilité,
Sobriété-Sobriété. Je
demande aux Occidentaux de jouer leur partition. Qu’ils le
veuillent ou non, la Côte d’Ivoire est un pays du
monde. Avec l’ Occident, avec l’argent ou non, la
Côte d’Ivoire existe et demeure.
L’attitude de Camille Aliali
Quand je vois Camille Aliali avec Banny, en train de faire une
réconciliation, je me demande bien d’où
il vient. D’où sort-il subitement pour
réconcilier ceux qui ont animé
l’action, depuis que Banny a quitté ses fonctions
de Premier ministre ? Est-ce qu’il a
protégé Banny pour que Soro ne soit pas Premier
ministre? Peut-il admettre que Soro qui n’a jamais
été à l’école
prenne la place de Banny ? C’est hypocrite et ce
n’est pas normal. Que Dieu nous protège,
qu’il nous éclaire. Prions pour qu’il
déverse sur nous, sa pluie de paix et de protection
Réalisée par Touré Youssouf et Dosso Villard ; Coll : Olivier Dion

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