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P.E.I
Ensemble par l'Ecologie,
Apportons à notre pays
Un édifice imposant
Dr Antoine Ahua Junior : “31 octobre sans élection, un scénario que je n’ose pas envisager”

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lundi 30 août 2010 - Par Le Patriote |

Le Patriote:
Procédant à
l’installation de la CR3 à Divo, il y a quelques
jours, Gbagbo a demandé aux
policiers de «mater, sans
réfléchir». Un chef
d’État doit-il tenir de tels
propos?
Dr Antoine Ahua Jr:
J’image que
vous voulez dire quel type de chef d’État peut
tenir de tels propos? Il suffit
de voir le parcours politique de Gbagbo, comment il est parvenu au plus
haut
niveau de l’État et quel est son bilan en
promotion de la démocratie pour
déduire sans ambiguïté qu’il
fait partie de la classe des chefs d’État
dictateurs. Alors, il se comporte comme tel. Vous savez, un dictateur a
un
langage ambivalent et manipulateur pour réussir à
exercer tous les pouvoirs de
façon absolue, en faisant fi des lois et des institutions
censées le contrôler.
Tout indique que le chef des Refondateurs voit son accession au pouvoir
comme
l’aboutissement des années de lutte et que
désormais il a la chance de réaliser
ses desseins et ambitions. Comme un cadeau donné
à un enfant qui le tient
jalousement pour que les autres enfants ne le lui arrachent, Gbagbo
agit comme
tout dictateur africain qui n’est plus prêt
à lâcher le pouvoir. Mais au profit
de qui? C’est là où le bât
blesse. Après dix ans de pouvoir, Gbagbo a
confirmé
qu’il est loin d’être le plaideur et
l’avocat des intérêts de tous les
Ivoiriens sans exception. Il devra rendre compte, tôt ou
tard, du sang qui
entache son régime. Son discours à Divo,
hélas, présage d’un homme qui veut
vraiment se débattre avant d’être
complètement maîtrisé.
L.P: N’est
ce pas un
laissez-passer pour les tueries à venir
Dr A. A. Jr: Il est
prouvé que
les dictateurs adorent parler de démocratie. À la
fin de chaque sommet de Chefs
d’État africain, le communiqué final
rappelle le respect de l’État de droit et
condamne le recours aux armes et autres voies non constitutionnelles
comme mode
d’accession au pouvoir. Puis, ils font exactement le
contraire chez eux.
L’action renie la parole. À Divo, Gbagbo a
parlé encore une fois avec des mots
apparemment républicains : il a parlé
d’hommage à l’ancien ministre de
l’intérieur Boga Doudou en présence de
sa veuve, de ses enfants, frères et
sœurs. À la suite de sa phrase «Matez
tous ceux qui sèment le désordre», il a
ensuite bien parlé. Il a indiqué
l’importance pour le CRS de protéger la
République. N’empêche que les
États-Unis classent la Côte d’Ivoire de
Gbagbo
comme un pays non libre parmi d’autres pays africains dits
libres ou partiellement
libres. Au-delà donc des mots, nous savons tous que les
actions du FPI de
protection de l’ordre public sont discriminatoires,
partisanes, voire
tribalistes. La Communauté internationale aussi le sait.
C’est pourquoi l’ONUCI
a fait une "exception" à l`embargo sur les armes qui frappe
le pays
depuis 2004, en vue d`équiper les policiers et gendarmes
chargés de sécuriser
le scrutin présidentiel du 31 octobre en matériel
anti-émeute. Ce, pour enlever
tout prétexte à Gbagbo d`avoir recours aux armes
à feu et aux balles réelles
pour établir l`ordre, comme dans le passé.
Autrement dit, toute nouvelle tuerie
serait un crime sans circonstance atténuante et aura une
réponse appropriée de
la part de la Communauté internationale, notamment la CPI.
L.P: Divo a-t-elle
un caractère
particulier pour y installer une CRS?
Dr A. A. Jr : Le
directeur
général de la police nationale, Brédou
M’bia a répondu à cette question en
expliquant que Divo est un terrain fertile à de nombreuses
agitations. On se
rappelle qu’en juillet 2006, alors que les partisans de
Gbagbo, les «jeunes
patriotes», s’opposaient aux «audiences
foraines», les militants de
l’Opposition de Divo ont donné la
réplique. Ce qui a occasionné des morts. Tout
récemment, des milliers de manifestants de cette ville ont
pris part à des
défilés, le 3 février 2010, pour
protester contre la décision d'un tribunal de
les radier de la liste électorale. Depuis, Divo est en garde
à vue.
L.P: Gbagbo
prépare-t-il autre
chose que la sécurisation?
Dr A. A. Jr:
Certainement, puisque
Gbagbo projette d’étendre la garde
sécuritaire du pays aux localités
d’Abengourou, San Pedro, Daloa, etc., des
localités réputées pour mener la vie
dure aux Refondateurs. En fait, Gbagbo a indiqué son
intention de continuer à
multiplier ses tentatives de frauder les élections. Et
ensuite brimer les
contestataires. Sa dernière trouvaille est de vouloir faire
imprimer les
bulletins de vote par l’Imprimerie nationale qu’il
contrôle. Le coup a foiré
puisque le PNUD a indiqué sa capacité de faire le
travail et même de le
financer.
LP : Le contentieux
sur la liste
électorale en Côte d’Ivoire a pris
officiellement fin jeudi dernier. Mais avant
cette date, la tension est devenue de plus en plus vive, à
cause des radiations
exigées par le parti au pouvoir, le FPI. Quelle analyse
faites-vous de cette
situation?
Dr A. A. Jr: Le FPI
n’a aucune
autorité pour exiger des radiations. Il tente
plutôt de trouver quelques
potentiels rares illégaux pour en faire des cas
d’école et mener un faux combat
de principe. Le problème est que, ce faisant, les
mercenaires du FPI font fi du
fait qu’ils commettent un crime. Le RHDP doit veiller
à ce que la loi
s’applique et que les calomnieux soient punis comme
prévu, entre 3 mois et 5
ans. Pour un enjeu aussi grave que la nationalité, aucune
malhonnêteté ne doit
rester impunie.
LP : Selon vous,
pourquoi le FPI
s’acharne-t-il tant sur certains citoyens inscrits sur la
liste électorale?
Dr A. A. Jr :
J’avoue que j’ai du
mal à répondre à votre question.
D’autant plus qu’à ma connaissance, il
est
question d’environ 30 000 demandes de radiations, soit un
taux d’impact
infinitésimal sur le nombre total
d’électeurs de prés de 6 millions.
Est-ce la
chienlit que le FPI veut établir en espérant que
le feu et le sang
compromettent la date du 31 octobre? Ce serait un mauvais calcul, car
s’il faut
«mille morts à gauche, mille morts à
droite», le peuple ferait le sacrifice
pour voter. Le droit constitutionnel du peuple a primauté
sur l’intérêt
égoïste
d’une minorité de kleptocrates.
LP :
N’est-ce pas un remake des
causes ayant conduit à la crise du 19 septembre 2002?
Dr A. A. Jr : Je ne
le pense pas.
Selon moi, le 19 septembre 2002 est l’aboutissement
d’un long processus de
démocratisation boiteuse depuis 1958. L’enjeu
identitaire a été
l’étincelle qui
a fait exploser en 2002, 40 ans d’amoncellement
d’une poudre de frustrations. À
cet égard, il est pitoyable que les Refondateurs aient la
mémoire tronquée en
ne se souvenant pas que ce sont les insurrections populaires contre des
roitelets qui ont conduit à l’avènement
de la démocratie en Occident. De la
Grèce Antique jusqu’aux Révolutions
européennes et américaine. Mais, je ne suis
pas inquiet outre mesure, car je suis rassuré par
l’encadrement légal qui régit
le processus des contentieux, tel qu’expliqué par
la CEI et le ministère de la
Justice.
LP : Selon vous,
jusqu’où peut
mener une telle crise sur l’identité?
Dr A. A. Jr : Ce
serait exagéré
de dire qu’il y a crise sur l’identité.
Il est plus juste de parler de
tentative du camp présidentiel de créer un chaos
social, ce qui lui permettrait
de prendre des mesures exceptionnelles comme prétexte de
vouloir éteindre le
feu qu’il aurait allumé lui-même. La
finalité, repousser
l’échéance de leur
déchéance. Vous voyez, on revient toujours
à un des multiples volets de la
stratégie frontiste de faire du dilatoire. Souvenez-vous de
ce qu’Affi
N’Guessan a dit récemment: «il vaut
mieux mourir que de perdre le Pouvoir». Ce
monsieur très intelligent a compris que perdre le pouvoir
les rendra
justiciables de facto à l’intérieur du
pays comme devant les juridictions
internationales. C’est dire que le FPI cherche à
créer une crise identitaire
qui n’existe pas.
LP : Dans ces
conditions,
croyez-vous en la tenue de l’élection
présidentielle prévue pour le 31 octobre
prochain?
Dr A. A. Jr :
Écoutez, le 31
octobre est une date constitutionnelle consacrant la fin du 2e mandat
de
Gbagbo. Un mandat, c’est cinq ans. Donc, dix ans,
c’est deux mandats. En fait,
ce n’est pas le chiffre «deux» qui prime
en soi, mais le total de «dix ans» qui
est prouvé à travers le monde comme
étant la durée de gouvernance politique
au-delà de laquelle la productivité
d’un chef d’État décroit.
C’est pourquoi le
mandat du chef exécutif est de quatre ans renouvelables une
seule fois aux
États-Unis; quatre ans au maximum au Canada le Premier
ministre pouvant
l’écourter volontairement s’il est
contesté afin de retourner devant
l’électorat pour arbitrage; la France a
écourté l’ancien mandat
présidentiel de
sept ans à cinq ans par référendum en
l’an 2000. C’est dire qu’après
dix ans de
pouvoir, Gbagbo est grillé intellectuellement et
mentalement. C’est une loi
naturelle éprouvée. S’il veut un
troisième mandat en pensant qu’il peut encore
faire quelque chose pour son pays, qu’il organise au moins
les élections. Mais
amorcer un troisième mandat sans élection,
c’est rêver en couleur.
LP: Si vous
permettez, revenons à
la crise Mamadou Koulibaly – Désiré
Tagro. C’est finalement le second qui en
est sorti la ‘’tête
haute’’, car il a été
‘’blanchi’’ par la Justice.
Est-ce à
dire que cette affaire de corruption, de népotisme et de
tribalisme dont il
était accusé n’était
qu’un leurre?
Dr A. A. Jr: Je vous
avais
annoncé en juillet dernier que le Procureur Tchimou
était un Refondateur choisi
pour blanchir un autre Refondateur. C’est cela qui est
arrivé. La vraie justice
ne s’est pas encore prononcée sur cette affaire.
Dans tous les cas,
personnellement, ce n’est pas Tagro qui doit être
jugé, mais tout le régime.
Tagro n’est qu’un élément au
service d’un système de kleptocrates. Le comptable
du régime, par ailleurs candidat présidentiel au
nom de tous les siens, c’est
Gbagbo. C’est lui qui doit rendre compte pour tout ce que ses
administrés ont
fait. C’est Gbagbo, le problème. Ne le
remplaçons pas par un bouc-émissaire.
LP: Laurent Gbagbo
a-t-il décidé
de lâcher le président de
l’Assemblée nationale?
Dr A. A. Jr: Je ne
comprends pas
cet acharnement contre Mamadou Koulibaly. Il n’est candidat
à rien. C’est
Gbagbo qui est à la fois le candidat présidentiel
et le problème de la Côte
d’Ivoire pour son incompétence.
LP: De passage
à Cocody
Blockhauss, le mardi dernier, le Président a dit
qu’il n’aurait pas fait dix
ans au Pouvoir s’il n’avait pas
été attaqué et que si le PDCI a fait
40 ans au
Pouvoir, en faire 10 à son tour, sans élection,
n’est qu’une banalité.
Dr A.A.Jr.:
Voilà un chef d’État
qui ne sait pas que, un, la capacité de gérer une
crise pour sauvegarder le
bien-être de la population; deux, le respect du droit
constitutionnel d’un
peuple d’élire ses représentants tous
les 5 ans; trois, l’honnêteté
d’accorder
un égard moral au serment prêté dans un
régime démocratique; quatre, le fait de
ne pas imiter les dérives dictatoriales qu’on dit
avoir combattues avec succès;
tous ces éléments que je viens
d’énumérer, font partie de la grille
d’analyse
d’un Homme d’État moderne. Je vous
prédis que donner à Gbagbo, un mandat de
plus, ne serait-ce que d’un an, c’est lui donner un
chèque en blanc pour
installer une dictature à vie.
LP: Je tiens
à revenir, si vous
me permettez encore, au Pr. Koulibaly. Pensez-vous que ces
récentes sorties ont
pu véritablement changer quelque chose?
Dr A. A. Jr: Les
critiques de
Mamadou Koulibaly ont donné du crédit
à celles de l’opposition politique à
laquelle j’appartiens. Autre impact, c’est
certainement d’avoir ouvert les yeux
aux sceptiques et augmenté conséquemment le
nombre des électeurs qui veulent du
changement.
LP:
Aujourd’hui, quels sont vos
rapports avec le Pr Koulibaly?
Dr A. A. Jr: Pour
tout vous dire,
Mamadou Koulibaly m’en veut pour ne pas l’avoir
informé, malgré ses mises en
garde, d’une mission républicaine que
j’ai conduite en 2004 au vu et au su du
Président de la République. C’est un
piège qui m’avait été tendu
et qui m’a
valu des ennuis par la suite. Dans cette affaire qui avait fait
beaucoup de
bruit à l’époque, j’en garde
moi aussi un goût amer contre Mamadou Koulibaly
pour n’avoir pas respecté les termes de mon
contrat professionnel que j’avais
avec l’Assemblée nationale. Autrement, nous avons
gardé, l’un pour l’autre, une
affection humaine et intellectuelle. Pour les contacts, nous sommes
à l’aise
qu’ils restent minimalistes. Il n’y a pas de
secrets politiques que nous nous
partageons via les communications téléphoniques
ou électroniques, si c’est cela
que vous voulez savoir. Nos rapports reprendront sur une base plus
assidue
lorsque nous nous reverrons. C’est un secret de Polichinelle.
LP: Le 7
août dernier, la Côte
d’Ivoire a fêté le cinquantenaire de son
indépendance. De loin, comment
avez-vous suivi et vécu les festivités?
Dr A. A. Jr: Je
trouve triste que
les Africains en général accordent une importance
à un chiffre, en l’occurrence
le 50. Vous savez, 50 ans, c’est uniquement 50
révolutions de la Terre autour
du soleil. C’est dire qu’un an terrestre
n’est pertinent qu’en le ramenant à sa
signification en valeur humaine et en valeur économique.
Parler de dimension
humaine par exemple, c’est relativiser le temps avec
l’espérance de vie à la
naissance. À cause du VIH-Sida,
l’espérance de vie en Afrique est en moyenne de
45 ans. Alors qu’elle avoisine 85 ans en Amérique
du Nord et plus de 90 ans au
Japon. Conséquemment, perdre du temps est beaucoup plus
grave en Afrique qu’en
Occident. Ne pas aller à l’école
pendant 1 an en Afrique a pour équivalence
négative ne pas aller à
l’école pendant plus de 5 ans en
Amérique du Nord. On
voit que 10 ans de perdus sous la Refondation, c’est
quasiment rater sa vie sur
terre.
Donc,
la vraie problématique
revient à la question de savoir si on est sur la voie du
progrès ou non. À quoi
ça sert de fêter 50 ans
d’indépendance si nous avons utilisé
notre temps de
liberté à nous souvenir des chaînes du
passé et à nous tourner le pouce pour
regarder les autres évoluer sans nous. Alors, le 7
août, au lieu de travailler
selon les réalités du monde
d’interdépendance actuel, les Refondateurs ont
préféré penser à une
indépendance utopique à conquérir pour
demain. Leur
activité du Cinquantenaire la plus
médiatisée a été ce fameux
colloque
international et pluridisciplinaire, tenu à Yamoussoukro,
qui a abouti à ce que
le camp présidentiel a présenté comme
étant un nouveau modèle économique,
appelé «philosophie de
l’orphelin». Ce nouveau modèle, dont les
contours sont
inexpliqués clairement, sera vulgarisé dans toute
l’Afrique subsaharienne,
dit-on, et devrait apporter la «vraie
liberté», le nectar et le miel made in
Africa, ce, à la fin des 50 prochaines années.
Autrement-dit, dans 50 ans,
l’Afrique devrait savoir enfin comment programmer une
rentrée scolaire,
pourquoi il faut s’abstenir de voler l’argent du
public, etc. Non, ce n’est pas
sérieux.
LP: Comment
expliquez-vous le
fait que ces festivités, bien qu’ayant
nécessité des milliards, se soient
déroulées comme une simple fête
d’indépendance ordinaire?
Dr A. A. Jr: En
Côte d’Ivoire,
les festivités ont été modestes parce
que la cotisation sollicitée des
entreprises a été boycottée.
L’Ambassadeur Kipré n’a pu
qu’amasser 4 milliards
de FCFA sur un objectif de 20 milliards. En somme, le Cinquantenaire du
FPI a
été un flop. Par ailleurs, pour ses
déclarations diplomatiquement scandaleuses
contre la France, ne soyez pas surpris que Pierre Kipré soit
bientôt déclaré
persona non grata dans ce pays.
LP: A
l’occasion de ce
cinquantenaire, le chef de l’État a promu un
certain nombre d’officiers des
Forces de défense et de sécurité de
Côte d’Ivoire. Ainsi, le
général de
division Philippe Mangou est devenu général de
corps. Quel commentaire?
Dr A. A. Jr: Il est
notoire que
cette série de promotions obéit à la
conviction avouée de Gbagbo selon laquelle
l’homme est achetable. Cependant, pour avoir
déjà discuté avec Mangou alors
qu’il était
Com’théâtre à Yamoussoukro,
je lui concède un esprit républicain
sans faille. Le Général Mangou est un Grand
Ivoirien qui n’est pas achetable. À
travers lui, transparaît une Armée ivoirienne
mature qui sait que sa mission
est de protéger les Ivoiriens et leurs
représentants légitimes. Aussi, il faut
voir dans les promotions, une occasion pour les FDS de compter un plus
grand
nombre d’entre eux bénéficier
d’un meilleur standing de vie. C’est pourquoi
Gbagbo commettrait une grave erreur de jugement s’il tentait
de se maintenir au
Pouvoir sans élection sur la base d’avoir
transformé des galons en un soutien
inconditionnel des FDS pour une tuerie aveugle lors d’une
éventuelle et
hypothétique insurrection populaire. Seule la Garde
prétorienne du Général
Dogbo constitue, par mission implicite, le rempart armé du
Palais présidentiel
qui doit se battre jusqu’au dernier souffle du dernier soldat.
LP: À
cette même fête du
Cinquantenaire, Laurent Gbagbo a également dit aux
militaires: «si je tombe,
vous tombez aussi». Quelle interprétation
faites-vous de ces propos?
Dr A. A. Jr:
Rappelez-vous que
c’est le même Gbagbo qui a dit, il y a environ un
mois, que «si on veut me
tuer, je vais me débattre». À ce
propos, je me suis déjà prononcé en
évoquant
les pressions internationales. Ces pressions ont d’ailleurs
été confirmées dans
les médias. Pour moi, la déclaration de Gbagbo
que vous citez, doit se situer
dans le même registre. Gbagbo anticipe un coup de force de la
part, disons, du
Conseil de sécurité de l’ONU
s’il refuse d’aller aux élections le 31
octobre.
Au lieu d’engager la Côte d’Ivoire dans
un trou noir, Gbagbo simplifierait la
vie de tout le monde s’il acceptait de se soumettre au
verdict du peuple comme
prévu. De toutes les façons, s’il
devait avoir une intervention militaire
internationale quelconque contre sa seule personne et non contre le
peuple
ivoirien, je ne vois pas pourquoi nos soldats
s’interposeraient pour se faire
massacrer au nom d’une cause non républicaine.
LP: Que devrait
faire le peuple
si le 31 octobre passe sans élections?
Dr A. A. Jr :
C’est un scénario
que je n’ose pas envisager. Ce que je peux dire par contre,
c’est que rien de
sérieux et qu’aucune personne de bonne foi
n’empêche la tenue des élections le
31 octobre prochain.
LP: Gbagbo se
présente comme le
candidat qui veut donner la liberté aux Ivoiriens contre
l’asservissement. Le
pensez-vous ainsi?
Dr A. A. Jr: La
première liberté
que les Ivoiriens cherchent, c’est le respect de la
souveraineté
constitutionnelle du peuple, notamment son droit de voter tous les cinq
ans.
Gbagbo nage encore dans le passé avec des slogans de
dignité en laissant croire
que les Blancs détestent les Noirs et que les dirigeants
Noirs aiment les
Noirs, même en les traitant comme des esclaves.
J’ai parfois l’impression que
Gbagbo ignore la couleur de peau de ceux qui achètent notre
cacao et café et
qui bouclent notre budget annuel. Il suffit que Jose Manuel Barroso,
président
de la Commission européenne, lève le petit doigt
contre la qualité de nos
produits agricoles d’exportation pour que la Côte
d’Ivoire tombe en faillite.
Si
la population ivoirienne
savait dans quelle condition humiliante Gbagbo a signé les
Accords de Kléber,
elle saurait que son Président parle beaucoup mais
n’a pas de colonne
vertébrale quand il le faut.
Si
Gbagbo pense que la Côte
d’Ivoire est asservie, qu’il nous explique par qui
et comment. Et quels moyens,
il compte utiliser pour nous libérer sans qu’on
meure de faim, de manque de
soins, d’analphabétisme, d’asphyxie aux
ordures ménagères.
LP: Que
préparent les États-Unis
contre le maintien de Gbagbo sans élections? La
désignation d’un nouvel
ambassadeur est-elle un signe du changement de politique
vis-à-vis du pays?
Dr A. A. Jr: Lors du
meeting que
le Président Obama a tenu récemment à
Washington avec 120 jeunes africains,
dont trois Ivoiriens, il a clairement précisé que
les États-Unis veulent être
des partenaires sur le plan économique, mais
également sur la lutte des droits
civiques. Il s’est même adressé
directement à la population africaine en la
rassurant de se tenir à ses côtés
contre ses dirigeants, dans sa quête de
démocratie, de justice, des droits de l’homme et
de la dignité féminine.
L’intérêt de Barack Obama pour la
dictature provient sans doute du fait que sa
moitié génétique est kenyane. Il a une
connaissance plus que livresque des
entorses aux Droits de l’Homme en Afrique. Ceci dit,
même si j’avais des informations
privilégiées sur la position du gouvernement
américain face à Laurent Gbagbo,
ce ne serait pas intelligent de ma part d’en parler. Par
contre, je peux vous
révéler que Georges W. Bush a toujours
refusé les demandes d’audience de Gbagbo
en évoquant dans son entourage qu’il n’a
pas envie de rencontrer quelqu’un qui
ne sait pas ce qu’il veut et qui change
d’idée constamment. Je ne vous
apprendrais rien de nouveau si je vous disais qu’à
la Maison blanche, il y a
une continuité très stricte des Affaires
d’État. Obama sait tout de Gbagbo.
Interview réalisée par Charles Sanga et Diawara Samou

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