Christophe Le Bec est
journaliste à Jeune Afrique depuis Septembre 2009. Il
travaille essentiellement sur les sujets économiques et les
questions de société en Afrique subsaharienne.
Du 14 au 20 décembre, je couvrais la « caravane de
l'export marocain »,
une centaine d'exportateurs et chefs d'entreprise du royaume
chérifien
lancés dans une offensive économique sur
l'Afrique de l'Ouest à travers
trois pays, le Sénégal, le Mali et la
Côte d'Ivoire. Objectif : faire
décoller les exportations marocaines à
destination de l'Afrique
subsaharienne.
La dernière étape de cette « caravane
» était Abidjan. Mes compagnons
de voyage, qui avaient gardé en tête les images de
guerre civile,
s'inquiétaient de l'accueil qu'ils allaient recevoir. Nous
avions alors
visité le Sénégal et le Mali, pays
plus proches – géographiquement et
religieusement - du Maroc. Mais la Côte d'Ivoire,
c'était vraiment la
terra incognita pour ces exportateurs.
Sachant que j'étais déjà
allé à plusieurs reprises dans le pays de
Laurent Gbagbo, certains venaient me voir, angoissés.
« Et la situation
sécuritaire ? », « Est-ce qu'on pourra
sortir de l'hôtel ? », « Et la
guerre, est-ce vraiment fini ? », « Serons-nous
escortés pour nos
déplacements ? ». J'ai tenté de les
rassurer en leur disant que la
situation s'était bien améliorée, mais
ils restaient dubitatifs.
Le soir où nous sommes arrivés dans dans la
capitale économique
ivoirienne, ils n'en croyaient pas leurs yeux. Du haut de notre avion,
la grande métropole lagunaire toute illuminée ne
ressemblait en rien à
leur cauchemar. Les jours suivants ont achevé de les
séduire : aéroport
remarquable, électricité partout, bon
réseau routier urbain,
opportunités de business alléchantes. Alors que
nous nous promenions
dans le fameux quartier des affaires du Plateau, une consœur
de la
presse marocaine m'a même demandé de la prendre en
photo devant les
gratte-ciels pour prouver à ses amis « qu'ici,
c'est vraiment développé
».
Un exportateur marocain de tubes métalliques,
déçu par les étapes des
peu industrielles Dakar et Bamako, m'a confié que ses
affaires
pourraient prospérer à Abidjan. « On
sent l'argent ici », m'a-t-il dit.
Après les rencontres, les chefs d'entreprises me confiaient
leur
satisfaction : « Les Ivoiriens sont organisés. Ils
veulent de la
qualité. » Quand à la
sécurité, si des hommes en armes
étaient bien
visibles, nous n'avons eu à traverser aucun barrage au
Plateau, à
Treichville ou Cocody.
Un autre point a séduit mes compagnons de voyages : une
communauté
marocaine de plus de mille personnes vit à Abidjan et s'y
est épanouie,
malgré les vicissitudes de ces dernières
années. Les chefs d'entreprise
ont donc succombé aux charmes de la ville... et de ses nuits
! En
s'attardant dans les maquis et les boîtes de nuit.
« C'est comme à
Casablanca, la moiteur en plus » s'exclamait un entrepreneur,
bien
décidé à organiser de nouveaux voyages
sur les bords de la lagune. A
quand la médina marocaine d'Abidjan ?
L'attiéké vaut bien le couscous !
Par
Christophe Le Bec