Le Parti Ecologique Ivoirien



Déguerpissement à l’horizon : LA MER MENACE 3 MILLIONS D’IVOIRIENS


 Jeudi 13 mars 2008 - Par Fraternité Matin
 


Le réchauffement qu’il subit, d’année en année, contraint de plus en plus de populations à travers le monde à des changements de site et de pays. 


Réfugiés climatiques: voilà une terminologie à laquelle il va bien falloir s’habituer. Sans être encore officiellement prise en compte par le droit international, elle désigne toutes ces personnes qui ont été contraintes par les conséquences du réchauffement climatique, à quitter leurs lieux de résidence habituelle, pour aller vivre ailleurs. Encore appelés réfugiés écologiques, l’Organisation des Nations unies (ONU), évalue à 50 millions d’âmes le nombre de personnes susceptibles de porter ce titre à travers le monde d’ici à  2010, du fait des effets néfastes des changements climatiques. Ces effets sont essentiellement, la montée du niveau de la mer qui suscite des inondations, l’aridité excessive des sols imputable à l’absence de végétation consécutive elle-même, à la sécheresse, l’assèchement des cours d’eau,  etc.


Aucune région du monde n’est en réalité épargnée par ce nouveau phénomène dont les premières victimes ont déjà été identifiées en Asie, singulièrement au Bangladesh. Là, en plus des affres déjà enregistrées, il  est annoncé l’exil de dizaines de millions de personnes à la suite de l’immersion des terres par les eaux. En Océanie, les 11000 habitants de l’archipel de Tuvalu s’organisent du mieux qu’ils peuvent, depuis maintenant sept ans de cela, à quitter leurs terres du fait de l’élévation du niveau de l’océan qui a  englouti une partie des îles. La Nouvelle Zélande est à cet effet perçue comme le pays susceptible de les accueillir.


L’Afrique non plus n’est pas épargnée. Nombre de ses populations sont déjà victimes du réchauffement climatique. Au Tchad notamment, l’assèchement du quatrième grand fleuve africain que représente le Lac Tchad, imputable à un ensoleillement intensif de même qu’à une raréfaction des pluies a entraîné l’immigration de plusieurs paysans riverains de ce cours d’eau. C’est que la pratique de la pêche ainsi que les activités agricoles ne sont plus rentables en ces lieux. Au Niger et dans l’ensemble des pays du Sahel, les régimes pluviométriques ont enregistré des modifications notables, caractérisées pour l’essentiel par la raréfaction des pluies et leurs faibles quantités. Il s’en est suivi  des déplacements par vagues successives des communautés paysannes en direction des zones qualifiées d’humides. Mais plus graves auront été en 2007, les inondations ayant frappé une vingtaine de pays africains, particulièrement dans la partie australe du continent, contraignant d’importantes franges de leurs populations à aller refaire leur vie dans d’autres contrées du pays ou  dans les Etats voisins. Des habitations ont été détruites par les eaux de pluie qui ont également emporté des cultures et des récoltes.


En Côte d’Ivoire, on ne peut pour l’heure parler véritablement de réfugiés climatiques, avec la même verve que dans les autres localités du monde. Cependant, il ne faut point se leurrer: les menaces d’existence de ce type de réfugiés dans le pays sont bel et bien réelles. Plus graves, elles persistent,  ainsi que le démontrent les inondations vécues par les populations de Gagnoa et d’Agboville, considérées comme une grande première et  les dégâts causés par l’avancée de la mer à Grand- Lahou, Port-Bouët de même qu’à Assinie Mafia, où ce fait a causé la destruction d’habitations dans le bidonville d’Adjouffou l’année dernière. A ce jour, l’ancienne route de Grand Bassam est sous la mer. L’ex-village de Jacqueville a également disparu sous la mer. Du côté de San- Pedro, des restaurateurs longtemps installés sur le front maritime, ont constaté qu’ils mettent désormais beaucoup moins de temps à faire reculer leurs installations, pour échapper à l’érosion marine, que par le passé. Il y a aussi la réduction continue des quantités de pluie tombées, l’augmentation des températures et des superficies de terre désormais inappropriées à la culture du café et du cacao.  En réalité,  c’est toute la zone littorale ivoirienne qui est menacée par les affres des changements climatiques. Autrement dit, les premiers réfugiés climatiques ivoiriens pourraient provenir des communautés installées le long des 500 km constituant le littoral ivoirien.


 


Repères 


DESERT. Le désert non plus n’arrête pas d’avancer, au fil des ans. Au cours des années 1983-1984, les éleveurs peuls du Mali et du Burkina Faso ont été contraints par l’avancée du désert et de la sécheresse de se réfugier au Ghana. Il en a été de même, durant les années qui suivirent. En 1992 et 1993, des agriculteurs mozambicains ont également fuient pour les mêmes raisons vers la Zambie. 


HOLLANDE. Les Néerlan-dais en Europe sont fortement menacés par les conséquences du réchauffement climatique. Récemment, certains ont investi dans des technologies leur permettant de rendre flottantes leurs habitations, en vue d’éviter de figurer parmi les réfugiés climatiques. 


RECONNAISSANCE. L’Organisation des Nations unies appelle à la reconnaissance d’un statut juridique, pareil à celui des réfugiés politiques. Elle estime par ailleurs que d’ici à la fin du siècle, le nombre de réfugiés climatiques pourrait atteindre 150 millions d’individus à travers le monde. 


FORET. L’Organisation  des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) évalue à 13 millions d’hectares, les superficies de forêt qui disparaissent chaque année dans le monde. La déforestation que cela représente est à 20% responsable des émissions de gaz à effet de serre, phénomène qui cause à ce jour le réchauffement climatique.


 


Option : Agir vite et bien Moussa Touré 


Peut-on encore trouver des gouvernants africains  qui nourrissent des sentiments de scepticisme, quant à la véracité du phénomène que représentent les effets néfastes des changements climatiques imputables à l’activité humaine? L’on est tenté de répondre par l’affirmative, au regard de l’attention que certains d’entre eux continuent de vouer à cette préoccupation revêtant désormais une dimension  planétaire. En tout état de cause, il convient de noter et cela, beaucoup plus pour le compte des pays africains côtiers que pour tous les autres, l’absolue nécessité de prendre d’ores et déjà à bras-le-corps, les menaces grandissantes dudit phénomène. C’est que les mers et océans, à travers l’augmentation de leur niveau, apparaissent comme de grands supports à sa manifestation.


En Côte d’Ivoire, les études de vulnérabilité et les stratégies d’adaptation initiées par le ministère de l’Environnement des Eaux et Forêts, en application de l’accord cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques 2000, font état des catastrophes auxquelles les populations des 500 km de côtes ivoiriennes pourraient être confrontées, dans les années à venir. Catastrophes que causeraient les changements climatiques. A côté de ce travail scientifique éclairant, il y a eu aussi ce livre blanc élaboré par le même ministère par l’entremise d’un autre projet et qui fait l’état des lieux  de la zone littorale, en mettant en exergue sa grande fragilité et la destruction déjà subie par ces écosystèmes. Ce, du fait des activités de production halieutiques et agricoles de ses populations notamment, ainsi que des habitudes de vie développées par celles-ci. Ce travail de mise en garde auquel ont été associées les populations concernées est également accompagné de propositions d’actions concrètes à mener pour protéger et consolider le fragile équilibre des écosystèmes en ces lieux. On ne peut donc pas prétendre que pour ce qui la concerne, la Côte d’Ivoire en soit encore à s’interroger sur ce qui pourrait advenir de ses côtes si le niveau de la mer montait d’un mètre seulement  à Abidjan. Ou encore, sur ce que représente le degré de destruction actuelle de l’environnement sur ses 500 km de côtes. Donc, il ne lui reste plus qu’à agir et agir bien, en prenant en compte les recommandations faites dans le livre blanc quant aux actions à mener. En élaborant les stratégies idoines pour une adaptation convenable des populations du littoral aux effets des changements climatiques, leur évitant par ce fait même, d’être des déplacés écologiques. Ce sont là des précautions indispensables qui exigent de la part des pouvoirs publics, une inscription du sujet au nombre de leurs priorités nationales. Ce qui n’est malheureusement pas encore le cas, environ cinq ans après ces différentes études susmentionnées. En cela réside, pensons-nous, l’une des raisons majeures de la tenue du colloque  relatif aux grands problèmes environnementaux ivoiriens; annoncé à l’ouverture de la quinzaine nationale de l’environnement en novembre dernier, par le Chef de l’Etat, pour le premier trimestre de cette année. Un colloque  vivement  attendu par tous les environnementalistes.


 


Émission des GES : Des réductions encore insignifiantes 


Au sommet mondial de la terre tenu en 1992 à  Rio au Brésil, l’Organisation des Nations Unies (ONU), a fait ratifier par188 pays membres, la Convention Cadre sur les changements climatiques qui porte son nom. Engageant par ce fait même ceux-ci, à ne pas entreprendre d’actions qui entraîneraient une vulgarisation des concentrations des gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère. Mieux, pour donner plus d’allant à l’engagement des uns et des autres, un protocole sera adopté cinq ans plus tard, soit en 1997 à Kyoto au Japon. Il aura cette particularité d’amener les pays industrialisés à décider de réduire, par sa ratification, leurs émissions de gaz à effet de serre, d’ici à 2012 d’environ 5%. Cet autre engagement porte notamment sur les six gaz réputés plus dangereux pour la couche d’ozone. Ce sont notamment le dioxyde de carbone (CO²), le méthane (CH4), l’oxyde nitreux (N²O), les hydrofluorocarbones (HFC), les hydrocarbures perfluorés (PFC), l’hexafluorure de soufre (SF). Les pays industrialisés, premiers concernés par cet accord, du fait de l’importance de leurs émissions de GES, ont eu 8ans pour se préparer à réussir les actions permettant cette réduction. Il n’est donc entré en vigueur que le 16 février 2005. Mais jusqu’à maintenant, il a été ratifié par 156 pays dont 22 pays développés sur les 192 nations appelées à le faire. Pour leur part, 121 pays en développement se sont acquittés de cette tâche.


Mais, une chose est de prendre l’engagement de réduire ses émissions de GES et une autre de le respecter effectivement. Le constat qui s’impose est qu’à quatre ans de 2012, les réductions des émissions de gaz à effet de serre restent insignifiantes dans la plupart des pays industrialisés. D’où l’intérêt de la 13e conférence des parties de la Convention Cadre des Nations unies sur les changements climatiques qui s’est tenue à Bali en Indonésie du 3 au 15 décembre dernier. Cette conférence  devait conduire à l’élaboration d’un nouvel accord mondial relatif à la réduction des GES, avec pour objectif de réussir l’implication effective des gros pollueurs de la planète que sont notamment les Etats-Unis, la Chine, l’Australie et l’Inde, dans les nouvelles négociations prévues pour deux ans. Ensuite, elle devrait pouvoir préparer une feuille de route conduisant à un nouvel accord sur le climat fin 2009. Cela est d’autant plus nécessaire que la communauté internationale voulait éviter qu’un vide ne s’installât après l’expiration de la première phase du protocole de Kyoto. Car, il est apparu évident qu’il va falloir attendre de nombreuses années, pour aboutir à la ratification de l’acte définitif dudit protocole.


Malheureusement, au sortir de douze jours de discussions houleuses, les résultats de la conférence de Bali ne sont pas tant que ça à la mesure des espoirs placés en elle. En effet, s’il est indéniable que la porte reste grande ouverte sur la possibilité de réunir dans deux ans encore, les nations  industrialisées pour parler toujours de la réduction des émissions de gaz à effet de serre, il demeure tout aussi vrai que l’on n’a jusqu’ici pas réussi à faire efficacement fléchir tous les gros pollueurs. Avec en prime les Etats-Unis dont on estime à 25%, la part dans les gaz à effet de serre émis actuellement dans l’atmosphère. Et des pays émergents comme l’Inde et la Chine, (désormais perçue comme le plus gros émetteur mondial de gaz carbonique ou CO²) en passe de se hisser au rang des plus gros pollueurs, ne se sont guère sentis intéressés par des objectifs chiffrés qui n’ont, du reste, pu être obtenus. Au motif plutôt qu’ils n’étaient pas prêts à admettre des mesures qui gêneraient l’élan amorcé par leur expansion économique actuelle. Et même si les Etats-Unis ont, après plusieurs jours d’intransigeance, accepté de s’inscrire dans le processus de réduction des GES, ils continuent de croire que les restrictions faites par l’accord de Kyoto aux nations industrialisées restent injustes. D’autant plus qu’elles devraient dorénavant s’appliquer aux deux pays émergents susmentionnés.


Le fait le plus préoccupant et paradoxal pour l’Afrique est sans aucun doute, les conséquences aux proportions continuellement inquiétantes de cette destruction continue de la planète, que ses populations n’arrêtent pas de subir, bien que n’en étant nullement les premières  responsables. En témoignent, ces déplacements que commencent à leur imposer les multiples modifications du climat, altérant ou compromettant totalement leurs conditions naturelles de productions économiques et singulièrement agricoles. Et si l’on s’en tient aux prévisions de l’organisation humanitaire britannique Christian Aid, “ce sont 250 millions de personnes issues des pays pauvres qui devront d’ici à 2050, changer de cadre de vie du fait des inondations, sécheresses et des famines qui se produiront comme conséquences des changements climatiques. Ces vastes déplacements de populations vont alimenter les conflits existants et en générer de nouveaux dans des régions du monde les plus pauvres où les ressources sont les plus rares.”


Avec des bases économiques déjà suffisamment fragiles, la feuille de route de la conférence de Bali stipule que “l’ensemble des pays en développement prendra des engagements ou actions appropriées au niveau national; actions qui seront mesurables et vérifiables, notamment une limitation des émissions de gaz à effet de serre et des objectifs de réduction   quantifiée desdits GES. Et cela, tout en garantissant la comparabilité des efforts entre eux, en tenant compte des différences dues à leur situation nationale”. Par ailleurs, il leur est  aussi conseillé de se rabattre sur l’utilisation à grande échelle des énergies renouvelables, évitant ainsi d’en rajouter avec leur différents moyens de production et de développement énergétiques, à la pollution atmosphérique dont sont déjà trop responsables, les systèmes industriels des pays riches. Un fait auquel s’essaye, pour l’heure, une minorité d’entre eux.


 


Focus : Plus de 3 millions d’Ivoiriens devront se déplacer si rien n’est fait 


Des études effectuées par le ministère de l’Environne-ment,  des Eaux et Forêts en 2001 sur les impacts des changements climatiques au niveau économique en Côte d’Ivoire, sont assez expressives à travers leurs résultats, de l’ampleur  que pourraient connaître les conséquences du phénomène, si rien n’était fait dans l’immédiat.


Au niveau des ressources côtières précisément, il y a urgence du fait des proportions inquiétantes prises  par l’érosion sur la côte. Il y a certes des facteurs naturels qui  en étaient déjà responsables. Cependant, aujourd’hui  les activités humaines comme l’implantation de structures sur les berges qui doivent plutôt demeurées dépourvues de toutes installations, l’extraction de sable dans la zone, la réalisation de barrages sur les rivières, compromettant par ce fait même, l’approvisionnement sédimentaire du littoral; la destruction des mangroves par leur prélèvement en vue de servir de bois de chauffe, de même que l’extraction désordonnée de fluides dans les gisements et les réservoirs côtiers, sont autant d’actes  qui sont venus aggraver l’érosion de la côte. Faisant d’elle, une zone assez névralgique  subissant de plus en plus aussi les conséquences de l’élévation du niveau de la mer, due aux changements climatiques.


Au plan écologique, cette élévation continue du niveau de la mer, amplifiant déjà l’érosion en question, va entraîner une multiplication des inondations sur la côte ivoirienne, qui vont envahir exagérément les mangroves, les marécages ainsi que toutes les terres arables de la zone. Cette élévation provoquera aussi un changement des régimes hydrologiques des fleuves et un accroissement du transit sédimentaire,  etc.


Entre autres conséquences à enregistrer, il est à retenir une modification quasi radicale du plan d’eau lagunaire, aussi bien dans sa morphologie que du point de vue physico-chimique… Les canaux d’Assinie et de Vridi vont se retrouver sous le niveau de la mer… Les estuaires des différents fleuves de la zone, ainsi que des lagunes verront leur régime hydrologique modifié, ce qui  compromettra l’aquaculture, du fait de la réduction des plans d’eau. Cette conséquence sera aussi perceptible au niveau des étangs piscicoles dont la qualité de l’eau s’en trouverait affectée. La production de poissons à travers la pêche lagunaire actuellement évaluée à plus de 12000 tonnes de poissons baissera considérablement.


Et si l’on tient compte du fait que l’élévation du niveau de la mer sera d’un mètre, ce sont 54km² de terre  qui seront inondées. Mettant du coup en péril les 4 millions de personnes vivant sur le littoral ivoirien, tout comme les infrastructures économiques qui s’y trouvent. “Ce sont environ 3,5 millions de personnes qu’il faudra déplacer, abandonnant d’importants investissements que sont les usines, les habitations, les infrastructures touristiques, les plantations, les bâtiments administratifs et autres, qu’il va falloir reconstituer. Ce qui nécessitera  d’énormes moyens financiers aux pouvoirs publics”,    révèle M. Djaha Lucien coordonnateur national du projet des inventaires des gaz à effet de serre (GES). Une grande partie des plantations de palmier à huile, d’hévéas, d’ananas, de banane plantain, de cocotiers sera emportée par les eaux. Surtout les vastes exploitations de palmier à huile produisant 580.000 tonnes et de coco dont on peut tirer 37000 tonnes dans les régions d’Abidjan. Les voies de communication ne seront pas à l’abri de ces effets pervers des changements climatiques: on estime à 1000 km, l’ensemble des routes bitumées, de pistes et de ponts dans la région d’Abidjan qui disparaîtront, avec une élévation de 0,5 m du niveau de la mer. Tout le secteur touristique du littoral sera littéralement affecté par cette élévation du niveau de la mer. Au total, le Bureau national d’études techniques et de développement, évalue à 2. 355 milliards de Fcfa, l’ensemble des pertes qu’occasionneront les conséquences des changements climatiques sur le littoral ivoirien.


Moussa Touré




Source : fratmat.info

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