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Il est toujours étonnant pour des militants qui rejoignent Les
Verts venant d'organisation de la gauche classique ou
radicale de voir
combien il y a peu de références
idéologiques communes,
peu d'auteurs de références qui font l'objet de
formation
ou de débat. Le livre de Jean Jacob a ce premier
intérêt
de rappeler avec pédagogie quelques unes des
réferences de
base de l'écologie politique. Jean Jacob ("Histoire de
l'écologie
politique") nous rappelle opportunément que même
si le parti
écologiste est le fruit d'une rencontre entre
différents
mouvements issus des années 70 (régionalistes,
féministes,
autogestionnaires etc.), c'est d'abord la question du rapport de
l'humanité
à la nature qui fait l'originalité de
l'écologie politique.
Il montre que se limiter à la simple question de la
"protection
de l'environnement" ne permet pas de comprendre la pensée
écologiste
et ses différents courants. La première
"école" évoquée
par l'auteur est le "naturalisme subversif",
théorisé au
début des années 70 par le psychosociologue Serge
Moscovici
et dont Jean Jacob estime que la traduction politique en fut les "Les
amis
de la terre" puis, paradoxalement, "Génération
Ecologie".
Serge Moscovici critique d'abord la société
"contre nature"
qui, en tentant de s'émanciper de la "nature" pour trouver
la liberté
et le confort, est arrivé à un stade
où ce refus du
"sauvage" se retourne contre-elle même. Car refuser la
nature, c'est
créer une coupure artificielle : la nature est en nous et,
inversement,
la nature a toujours été
façonnée par l'homme.
Rejetant les carcans partidaires, cette écologie urbaine
revendique
une politique de proximité, une alliance des
minorités actives
et subversives. Qualifiée aussi d'"écologie
libertaire" par
Jean Jacob, elle se traduit pour lui aujourd'hui dans la
sensibilité
d'un Daniel Cohn-Bendit, malgré le recentrage de l'ancien
leader
de mai 68. On peut réellement remercier Jean Jacob de
remettre en
évidence la pensée de Serge Moscovici, quasiment
oublié
des militants verts actuels (un ouvrage que prépare le
psychosociologue
avec l'ethnologue Pascal Dibie permettra peut-être un retour
de cette
pensée riche dans la sphére
écologiste).
La deuxième famille verte évoquée par Jean Jacob est celle du "naturalisme conservateur" du Suisse Robert Hainard (né en 1906) dont l'auteur estime qu'il s'est incarné politiquement dans la création des Verts et la figure d'Antoine Waechter. Cette pensée, précurseur de l'écologie profonde, critique la société moderne au nom de la défense d'une nature "vierge", éternelle, qui se ressent ("le sentiment de nature") plus qu'elle ne se pense. Intéressante par la radicalité de la coupure posée, par la mise en avant d'une altérité considérée comme insaisissable par la raison, cette réflexion est aussi porteuse de nombreux dangers par son anti-humanisme, sa tendance à utiliser les mêmes grilles pour les sociétés humaines et la nature. Robert Hainard n'évitera pas les propos eugénistes, anti-minorités, les appréciation ambiguës sur Mussolini ou Hitler qui lui vaudront la rupture avec certaines personnalités pionnières de l'écologie politique comme Solange Fernex. Dans la deuxième partie de l'ouvrage, qui nous amène des "avertissements du Club de Rome" sur les limites de la croissance à la personnalité de Daniel Cohn-Bendit, en passant par René Dumont, Jean Jacob se demande si l'écologie politique ne devient pas une forme de socialisme. Pour Jean Jacob, les écologistes en adoptant la notion de "développement soutenable" ont troqué leurs interrogations sur la nature contre une vision plus économique, et donc plus classique, du monde. Il montre là aussi les ambiguïtés, les impasses mais aussi l'élargissement que permet cette évolution en intégrant les questions du social et de la démocratie. Pour Jean Jacob, qui semble le regretter, l'écologie a ainsi perdu en originalité mais gagné en lisibilité.
Si l'ouvrage de Jean Jacob reste une référence incontournable, certains de ses choix de départs sont contestables et réduisent la portée de l'ouvrage. A un moment où l'écologie semble avoir oublié la question philosophique du rapport à la nature, cette étude était bienvenue pour rappeler combien cette question avait façonné la pensée verte. Pourtant, en n'analysant que des auteurs traitant du rapport à la nature, il omet (ou ne fait que survoler) des auteurs essentiels à la pensée écologiste comme André Gorz, Ivan Illich ou Murray Bookchin, des références libertaires qui ont préparé l'écologie politique (Elisée Reclus, Kropotkine, etc.), ou des réflexions moins académiques qui ont pourtant marqué une pensée commune ("L'an 01" de Gébé, les BDs de Reiser, etc.). Ainsi, à la différence de ce qu'il avait fait dans un des ses précédents ouvrages ("Les sources de l'écologie", Panoramiques, Arléa 1995) il créé une coupure artificielle au sein de la pensée écolo et on peut se demander s'il ne va pas à l'encontre de l'objectif que semble afficher le livre : montrer l'existence d'un corpus idéologique écolo qu'il serait nécessaire de rendre visible, étudié, discuté.
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