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P.E.I
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Gaz domestique : Les vraies raisons de la pénurie
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Fratmat-6/5/2008 |
La rareté du gaz butane
sur le marché est devenue
récurrente ces
dernières années. Et c’est
même très souvent qu’on observe une
pénurie
sur deux, trois, voire quatre semaines. Qu’est-ce qui peut
expliquer ce
phénomène qui crée des
désagréments aux ménages? Dans
l’interview
ci-contre, le commissaire Boiky Ernest, chargé de la lutte
contre la
fraude pétrolière au ministère des
Mines et de l’Energie, donne les
raisons, et présente des moyens utilisés pour
assurer
l’approvisionnement régulier des consommateurs
à court et moyen termes.
Cependant, il importe de noter que la demande de gaz croît
sans cesse.
Avec un volume de 22.000 tonnes au début des
années 1990, la
consommation nationale de gaz butane a atteint 90.000 tonnes en 2005
(source Petroci). Ce qui a amené le gouvernement,
à travers la PETROCI,
à se lancer dans une politique de vulgarisation du gaz
butane en 1993
au détriment du charbon de bois ou du bois de chauffe qui
contribue à
la déforestation. Paradoxalement, la consommation du gaz
butane que
l’on veut développer se trouve chaque fois
contrariée par des pénuries
liées à la fois aux problèmes
d’ordre structurel, conjoncturel,
spéculatif mais également à la
faiblesse de l’Etat à se faire respecter
par l’application stricte de ses propres lois par les
citoyens. Dans un
dossier publié sur la question au 2ème semestre
2007 par la Petroci,
dans son bulletin d’informations, l’on
relève que les pénuries sont
dues à la faible capacité de stockage existant.
En effet, entre 1993 et
2005, les capacités de stockage du gaz butane en
Côte d’Ivoire n’ont
pas pu s’adapter à la demande croissante. Celles
de la SIR (Société
ivoirienne de raffinage) et de Lion sont restées 2740
tonnes et le
stockage stratégique de la GESTOCI, à 2000
tonnes. Pour ce qui est du
stockage opérationnel, celui des opérateurs ou
distributeurs du gaz, il
n’a augmenté que de 300 tonnes, passant donc de
950 à 1250 tonnes. On
le voit, le déficit des infrastructures de stockage est
considérable
par rapport à l’évolution de la demande
du marché. Certes, des
investissements réalisés par la PETROCI en
matière du centre
d’emplissage, et ceux de Petro Ivoire en cours apparaissent
comme des
efforts notables, mais pour l’instant, ces infrastructures
restent
limitées. Les spécialistes de la question font
savoir que le stockage
stratégique doit représenter 60 jours de
consommation de gaz, soit
15.000 tonnes (calcul fait sur la base des données de 2005).
De même,
le stockage opérationnel est supposé pouvoir
répondre aux besoins de 15
jours de consommation nationale, soit 4000 tonnes. Au regard de ce qui
précède, les stockages stratégiques et
opérationnels sont largement
déficitaires, respectivement, de 13.000 et 3000 tonnes.
Du point de vue de l’offre en gaz butane, seule la SIR en
avait
l’exclusivité au début des
années 1990 (ce gaz provient de la
production du bloc sédimentaire ivoirien Lion). Mais face
à la poussée
de la demande, l’usine de GPL (gaz butane extrait du gaz
naturel) va
être construite et l’importation du gaz par la SIR
va être autorisée.
Jusqu’en 2004, chacune des trois entités (SIR,
GPL, Importation)
satisfaisait le 1/3 de la consommation. Mais très
rapidement, le pays
va dépendre pour plus de 50% de l’importation.
Mais ces importations de
butanier s’avèrent bien souvent insuffisantes pour
couvrir durablement
la demande locale. Malgré des investissements de 6,5
milliards de FCFA
réalisés au cours de ces dernières
années par la Petroci pour
construire deux autres sphères de stockage de 1000 tonnes
chacune, et
de bien d’autres investissements, la pénurie
demeure. Parce que
entre-temps, d’autres phénomènes se
développent, dont notamment les gaz
stations et le nombre de véhicules utilisant du gaz
à des fins
énergétiques. Selon des statistiques à
peaufiner, entre 200.000 et
300.000 véhicules roulent actuellement au gaz butane en
Côte d’Ivoire.
Au grand dam des ménages. Or, ce gaz est
subventionné par l’Etat, pour
permettre aux ménages de s’approvisionner
à moindre coût. Hélas, non
seulement les prix homologués ne sont pas
respectés par les revendeurs,
mais également, les utilisateurs de véhicules
à gaz détournent ce
produit de sa destination finale. Sans oublier ce
phénomène à fort taux
de risque que la pénurie du gaz est en train de
développer : le
transvasement par des non professionnels d’un butane
à un autre, sans
véritable norme de sécurité requise.
Avec le risque d’un éventuel
embrasement, d’un incendie aux conséquences
inqualifiables.
Qu’attendent les autorités pour traquer de telles
pratiques illicites
qui se développent au vu et au su de tout le monde ? Dans un
rapport de
mission fait par le service de contrôle des produits
pétroliers et
miniers que dirige le Commissaire Bouaky Ernest, au ministre de
tutelle, il ressort que “malgré les
différentes missions de fermeture,
de démantèlement de pistolets et de pompes des
stations auto gaz, le
transvasement et l’utilisation du gaz butane comme carburant
a continué
de plus belle”. Ce service a décidé
d’agir avec fermeté désormais.
Ainsi, du 20 au 24 novembre 2007, une dizaine de stations auto gaz
répertoriées, et opérant comme de
véritables stations- service et
offrant des services allant jusqu’au conditionnement de
diverses
bouteilles sans autorisation préalable du
ministère des Mines et de
l’Energie ont fait l’objet de visite des agents du
service sus indiqué,
accompagnés de huissier de justice.
Gooré Bi Hué
Difficile vulgarisation
La vulgarisation de l’utilisation du gaz butane répondait à un souci majeur : freiner la déforestation du pays. Pour ce faire, la Côte d’Ivoire a décidé de subventionner le prix du gaz afin d’attirer plus de consommateurs. Une politique qui coûte à l’Etat au bas mot six milliards de francs par an. Malheureusement, force est de constater que la Côte d`Ivoire, qui comptait 16 millions d`hectares de forêts à l’indépendance, n`en compte plus que deux millions aujourd’hui. Des résultats qui attestent, que pour diverses raisons, l’objectif principal de la subvention n’est pas atteint. Par ailleurs, des sources proches de la Société nationale d’opérations pétrolières de Côte d’Ivoire (Petroci) indiquent même que « plus de 80% des utilisateurs du gaz butane sont localisés à Abidjan ». Donc la zone forestière n’est pratiquement pas concernée. On peut affirmer sans risque de se tromper avec la combinaison des deux données que la politique de vulgarisation du gaz domestique a connu des limites. Dans son élaboration et suivi.
Aujourd’hui, tout le monde a le regard tourné vers la Petroci quand il y a pénurie de gaz. Or, cette société exerce sur un marché concurrentiel avec d’autres opérateurs privés traités à égalité par le fournisseur commun qu’est la Société ivoirienne de raffinage (Sir).
D’ailleurs, avec l’envolée historique du cours du pétrole, la Sir est aussi en difficulté. Elle attend que l’Etat lui apporte un soutien financier pour combler le manque à gagner qu’engendre le non alignement systématique du prix à la pompe par rapport au coût international du brut. Ce même Etat doit continuer de subventionner le gaz domestique. Même si 300 mille hectares de forêts disparaissent chaque année. Il va certainement arriver un moment où des décisions impopulaires vont se prendre. Soit au niveau du gaz butane ou du carburant. Une piste existe tout de même pour éviter un nouveau clash social lié à la flambée des prix qui pointe à l’horizon. Explorer les organisations internationales écologiques, notamment du côté du système des Nations unies, pour une vulgarisation réelle du butane. Qui respectera les normes de sauvegarde des forêts. Ce n’est pas l’affaire de la Petroci toute seule. Cela concerne tout le gouvernement.
Doua Gouly
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