
Les
Ivoiriens ne sont pas au bout de leurs peines.
Alors que le scandale des déchets toxiques
déversés en Côte d’Ivoire
continue de battre son plein, plusieurs autres menaces de produits
toxiques sont décelées çà
et là. Le dernier cas en date est celui des
produits d’une société de la place, qui
sans subir de traitement au
préalable, devaient être
déversés au centre de recueillement des eaux
usées, à la descente du pont De Gaule. La
vigilance des populations du
quartier Biafra a permis de saisir les camions chargés de
produits.
Depuis hier, vendredi 31 juillet 2009, c’est une autre menace
de
produits toxiques qui est suspectée au port de
pêche de Vridi. Alertés
par une source proche de la zone portuaire d’Abidjan, nous
nous sommes
rendue sur les lieux. Sur place, nous avons approché les
gendarmes en
service au PC 4 (Poste de contrôle), à qui nous
avons décliné notre
identité et expliqué l’objet de notre
présence en ces lieux. L’attitude
d’abord méfiante, ces gendarmes nous ont
répondu qu’ils n’étaient pas
informés de cette situation. Puis de rajouter que pour
accéder à
l’enceinte du port, il fallait obtenir une autorisation de la
direction
générale du Port. Quelques minutes
après, une autre personne, en tenue
civile, entre en scène. Ce dernier est
présenté par les agents de
service comme étant leur chef. Très en branle, le
nouveau venu fait
observer que la situation est très tendue dans
l’enceinte du port et
que toutes les entrées doivent être
filtrées. Des propos qui viennent
ainsi confirmer nos soupçons. Comme pour se donner bonne
conscience, il
nous demande de patienter, le temps pour lui de s’informer.
Aussitôt
après, revirement de situation, comme les autres, il nous
ramène à la
direction générale du port. Dans cette impasse,
nous avons joint le
service des relations avec la presse, qui n’était
pas aussi mieux
informé que nous. Espérant obtenir une
autorisation avec le chef du
service communication du directeur général, nous
avons été également
très vite désillusionnés à
ce niveau. Sa ligne directe nous balançait
sur le fax et son téléphone portable sonnait
normalement sans que ce
dernier ne décroche. Même le SMS que nous lui
avons fait parvenir est
resté sans suite. Toutes ces intrigues nous ont
poussée à vouloir
percer ce mystère. C’est ainsi que nous nous
sommes rendues au PC 5 où
nous avons négocié notre entrée dans
l’enceinte du port, cette fois-ci,
sans nous faire remarquer comme journaliste. Direction, le poste de
police du port. Et là, ce qui au départ
était considéré comme une
rumeur, devenait désormais la vérité.
Le bateau suspecté était devant
nous. Juste à côté de ce bateau, un
camion citerne, de couleur rouge,
prêt à embarquer des produits. Notre attention a
été attirée par un
groupe de personnes qui échangeaient à quelques
mètres de ce navire,
ainsi que des véhicules qui venaient et allaient. Au poste
de police,
c’est le commissaire Touré qui nous a
reçue. Très avare en causerie,
elle a indiqué qu’ils étaient encore
à la phase du constat et qu’il
était impossible de dire quoi que ce soit sur la nature des
produits
transportés par le navire dénommé,
SEVASTOPOLSKAYA BUKHTA PANAMA. Elle
nous a invitée tout de même à attendre,
le temps d’en savoir plus avant
de livrer une quelconque information. L’attente fut longue
(de 10
heures à 12 heures), mais pas très fructueuse.
Durant ces deux heures
d’attente, c’est à travers des bribes de
causerie que nous avons pu
reconstituer les faits. Selon ces échanges, le bateau aurait
accosté à
23 heures et aurait signalé le déchargement de
poissons et non de
produits. D’où vient-il qu’un camion
citerne privé se retrouve à
côté
de ce navire ? Comment ce camion a pu échapper
à la vigilance des
gendarmes postés à différents postes
de contrôle pour se retrouver dans
l’enceinte du port ? Pour raison
d’enquête, les occupants de ce
véhicule ont été
écroués à la prison du poste de police
du port.
Derrière les barreaux, le commissaire posait des questions
pour savoir
comment ce camion a pu échapper à la vigilance
des agents de service.
Nous avons beau tendre l’oreille, il était
impossible d’entendre
exactement ce qui se disait dans ces échanges. Selon une
source
policière, le camion citerne serait venu du quai 17, poste
gardé par la
gendarmerie du côté du PC 6. Les occupants du
camion auraient brandit
un document délivré par le CIAPOL pour pouvoir
accéder à l’enceinte du
port. Le hic, c’est que là, notre source fait
remarquer qu’il y a eu
une légèreté de la part des gendarmes
de service, puisque,
explique-t-il, pour rentrer dans le port, il faut, en plus du
laissez-passer, un macaron pour les véhicules. Ce camion
n’a pas de
macaron. La police maritime qui a à charge de
vérifier les montées et
les descentes de produits, toujours selon notre source, a aussi failli
à sa mission. C’est un policier, très
attentif à ce qui se passait à
quelques mètres de lui, qui a découvert le pot
aux roses. En effet,
dans le déchargement des produits, cet agent a
constaté que chaque fois
que du produit était déversé sur le
sol, très rapidement, l’on
essuyait. L’élément du CIAPOL mis en
cause, un adjudant à la retraite a
été entendu sur la question et mis aussi aux
arrêts. Son arrestation
s’est même passée en notre
présence. Nous avons pris congé du
commissaire de police après avoir
échangé les contacts
téléphoniques
afin d’avoir dans les heures à venir, les
résultats des analyses du
CIAPOL sur la nature des produits suspectés. Jointe au
téléphone à 15
heures 57 mn, le commissaire nous a fait remarquer que les
résultats
n’étaient pas encore disponibles.
par
Irène
Bath