
J’ai
particulièrement apprécié la
profession de foi écologique de notre
président bien-aimé, surtout en ce moment
où on ne parle que du sommet
de Copenhague. Notre bon chef a parlé de
l’érosion de la côte, de
l’avancée du désert, de la
déforestation, du reboisement, autant de
sujets qui nous interpellent tous. Il a notamment dit, entre autres
choses très intéressantes,
« j’avais demandé
qu’on ne monte pas
au-dessus du 8ème parallèle pour couper du bois,
mais on me signale
qu’il y a des camions qui sont passés outre pour
en couper dans la
région du Denguélé, etc. Ce sont des
criminels... Si on les arrête, il
faut les mettre en prison. » (Fraternité
Matin du Jeudi 17 décembre
2009.) Ce qui me plaît chez notre pouvoir, c’est
qu’il nous donne
souvent le sentiment qu’il ne sait pas ce que c’est
que d’être au
pouvoir, d’avoir le pouvoir, d’être le
pouvoir. Notre président dit
« si on les arrête, il faut les mettre en
prison. » Il émet juste un
vœu pieux. Il ne dit pas, « je donne des
instructions fermes pour qu’on
les arrête et qu’on les mette en
prison. » Et pourtant, il a le pouvoir
de le faire. C’est même son devoir de le faire,
surtout si lui-même
reconnaît que ce sont des criminels. Et il oublie que
s’il touche son
faramineux salaire et ses non moins faramineux fonds de
souveraineté,
c’est aussi pour cela. Cela me rappelle ce qu’avait
dit Affi N’guessan,
l’ancien Premier ministre et toujours président du
FPI, le parti de
Gbagbo, lorsque l’on parlait de la cherté de la
vie. Il avait dit que
la faute en incombait au PDCI qui avait dirigé le pays sans
mettre
l’accent sur les cultures vivrières. Lorsque
l’on avait parlé du prix
du riz qui augmentait, c’est encore lui, à moins
que ce ne soit son
chef, qui avait dit que c’étaient les enfants de
Bédié qui vendaient du
riz. Et qui étaient donc responsables de la hausse du prix
du riz. Le
brave Affi N’guessan avait certainement oublié
qu’il était au pouvoir,
et que son devoir était justement de corriger ce que le
pouvoir PDCI, à
qui son parti reprochait de ne rien faire, n’avait pas fait,
si tant
est qu’il en avait les compétences. Ce qui
visiblement ne semble pas
être le cas. Lui et son président avaient
certainement aussi oublié que
Bédié n’était plus au
pouvoir, que ses fils n’avaient plus rien à voir
avec le commerce du riz, et que faire baisser les prix des
denrées
alimentaires était de leur seul ressort, et non du pouvoir
passé. Notre
bon et écologique président a dit qu’il
a demandé « qu’on ne monte pas
au-dessus du 8ème parallèle pour couper du
bois. » Rappelons quand même
que cette décision avait déjà
été prise par ses
prédécesseurs, ce qui
n’enlève rien à son mérite
de vouloir l’appliquer. Mais il ne sait sans
doute pas que la plupart des camions qui chargent notre bois dans cette
zone viennent le décharger à Abidjan, au port que
dirige son ami
Gossio. Il oublie aussi qu’au nord, là
où son autorité s’arrête,
commence celle de son Premier ministre, à qui il a
d’ailleurs rendu un
hommage au cours de cet entretien qu’il a eu avec la presse.
L’a-t-il
sensibilisé sur la nécessité de mettre
ses chefs de guerre au pas, afin
qu’ils préservent ce qui reste de notre
forêt ? Le chef de l’Etat a
rappelé que les tecks plantés à
Bouaké ont été coupés et
vendus.
Qu’a-t-il fait devant ce fait, lui, le chef qui pense au
bien-être de
son peuple ? Tiens, sans aller jusqu’au
8ème parallèle, notre chef
était-il absent du pays lorsque l’on a
détruit la partie de la forêt du
Banco qui se trouve à gauche de la route qui part
à Adzopé, après la
MACA, ici, à Abidjan, cette forêt qui nous permet
de respirer un peu
dans cette ville si polluée ? Sait-il
qu’un député de son parti a
commencé à couper du bois dans la forêt
du Banco et qu’il a même failli
en venir aux mains avec le ministre en charge des forêts qui
tentait de
l’en empêcher ? Le sait-il ? Bien
sûr qu’il le sait, puisque tous les
journaux en ont parlé. Mais qu’a-t-il
fait ? Rien bien entendu. Il a
aussi dit à Fraternité Matin :
« j’ai salué, il y a quelques
années, la
mesure prise par mes prédécesseurs
d’empêcher l’exportation du bois
brut. Mais il faudrait certainement arrêter
d’exploiter le bois en Côte
d’Ivoire. » Eh bien,
qu’attend-il pour prendre une telle
décision ? Il
a probablement oublié que c’est à lui
de la prendre, et non les
présidents qui l’ont
précédé. Ali Bongo vient de prendre
une telle
décision dans son pays. Lui, dont le pays dispose
d’encore plus de
forêts que nous. Qu’est-ce qui empêche
donc notre chef de prendre cette
décision, lui qui a pourtant reconnu que nous avions 16
millions
d’hectares de forêts en 1960, et qu’il ne
nous en reste plus que deux
millions ? Changeons de sujet sans en changer. J’ai
entendu à la radio
le président Idriss Déby raconter que le lac
Tchad est en train de
disparaître, et demander de l’aide à la
communauté internationale. Dans
quelques années, c’est la même
complainte que nous irons chanter devant
la même communauté, à propos de notre
lagune Ebrié, à Abidjan. Elle est
en train de se fermer sous nos yeux, certainement pour le plus grand
bonheur de ceux qui ont déjà commencé
à y installer des maquis. Les
maquis ne sont-ils pas les plus belles réalisations des
Refondateurs ?
Il y a quelques années, on avait annoncé
à grands coups de tam-tams
l’arrivée d’un bateau chargé
de dépolluer la lagune. Où est-il donc
passé ? Aujourd’hui, nous pouvons encore
faire quelque chose pour
sauver notre lagune. Mais évidemment, nous ne ferons rien.
On n’est pas
nègres pour rien. Nous attendrons donc que les
dégâts soient devenus
irréversibles pour aller pleurer devant les Occidentaux afin
qu’ils
viennent nous aider. Tout en les accusant bien entendu de
néocolonialisme.
Venance Konan
email : venancekonan@yahoo.fr