Trente containers en provenance du
Tchad et suspectés de contenir des armes ont
été saisis, le vendredi 4 mars 2011, à
Garoua-Boulai, bourgade du département du Lom et Djerem, par
la brigade de gendarmerie locale. Il s’agirait
vraisemblablement de containers d’armes de l’Onuci
à destination de la Côte d’Ivoire. Le
chef de l’Etat a été saisi du dossier.
Selon des sources sécuritaires, proches de la
légion de gendarmerie de l’Est à
Bertoua, c’est le vendredi 4 mars 2011 que la brigade de
gendarmerie de Garoua Boulai, a interpellé un convoi de 15
camions semi- remorques portant chacun deux containers.
L’important convoi qui venait du Tchad, est arrivé
au poste de contrôle frontalier de la gendarmerie nationale
de Garoua-Boulaï la nuit tombante. Les gendarmes ont alors
stoppé le convoi pour identification d’usage des
conducteurs, et c’est là qu’ils ont
découvert sur le pot aux roses. Un
élément de la gendarmerie en poste à
Garoua-Boulai, joint hier au téléphone par Le
Messager explique sous anonymat :
« Après avoir identifié les chauffeurs,
nos éléments ont demandé à
connaître ce qu’ils transportaient dans les
containers. Tous ont déclaré qu’il
s’agissait des vêtements et du coton
qu’ils sont en train de convoyer vers le port de Douala. Ce
qui a attiré l’attention des gendarmes est le fait
qu’il y avait sur chaque container la mention “
Onuci Bouaké Côte d’Ivoire ”.
Il se trouve qu’un convoi des Nations unies ne peut pas venir
d’un pays voisin, et traverser ainsi tout le pays sans que
les autorités militaires et de
sécurité du pays concerné
n’aient été informées.
C’est pour cette raison que nos
éléments ont tenu à
vérifier ce qui se trouvait effectivement dans ces
containers ».
Notre source indique alors que les chauffeurs se seraient
d’abord opposé à la fouille des
containers. Mais face à la détermination des
gendarmes de Garoua-Boulaï, ils ont fini par
obtempérer. C’est alors que, selon toujours notre
source, les gendarmes auraient découvert dans deux des
premiers containers contrôlés, des armes de guerre
du genre Kalachnikov, Fusils d’assaut léger (Fal)
et des grenades. Immédiatement, face à
l’incapacité des chauffeurs des camions
transportant ces colis de s’expliquer, les gendarmes ont
donné l’alerte.
Informé, le commandant de la légion de
gendarmerie de l’Est va ainsi envoyer sur place des renforts
pour convoyer tous les camions sur Bertoua. Le convoi arrive dans la
capitale régionale du Soleil Levant au petit matin de samedi
5 mars 2011. La première exploitation des chauffeurs permet
aux gendarmes de la légion de l’Est, de savoir que
le cortège se rendait à Douala, où il
était attendu au port de la capitale économique,
pour embarquement des containers à direction de la
Côte d’Ivoire, et précisément
du Port de San Pedro.
Pour en savoir plus, nous avons contacté le cabinet du
secrétaire d’Etat à la
Défense où une source officieuse a
confirmé l’immobilisation de ce convoi de 15
camions à Bertoua par la gendarmerie. « Pour
l’instant, a-t-elle indiqué, il est difficile de
dire avec le maximum de précision ce que contiennent ces
containers. La haute hiérarchie a été
informée de l’immobilisation des camions et des
premiers éléments de
l’enquête. Il s’agit d’un
convoi des Nations unies. Nous ne pouvons pas l’ouvrir sans
l’autorisation du chef de l’Etat .
A la représentation des Nations unies à
Yaoundé, on n’a pas semblé au courant
de cette expédition. Voici ce que nous a répondu
une voie autorisée : « Ce qu’il faut
savoir, c’est que ce n’est pas nouveau que des
convois des Nations unies partent du Tchad pour Douala, et vice versa.
Le Pam, par exemple travaille beaucoup avec le Tchad. Mais pour ce qui
est d’un convoi de containers des Nations unies
interpellé à Bertoua, je ne suis pas au courant
».
Pour sa part, joint au téléphone hier,
l’ambassadeur de Côte d’Ivoire au
Cameroun est formel : « J’ai
été mis au courant par un appel
téléphonique d’un individu disant vivre
à Bertoua qui m’a informé de cette
situation. Je suis en train de vérifier auprès
des autorités camerounaises. En tout cas, pour ce qui nous
concerne, l’ambassade n’a pas
été saisie du passage d’un convoi des
Nations unies venant du Tchad, à destination de la
Côte d’Ivoire ».
Au moment où nous mettions sous presse, dans la nuit de
dimanche, les camions étaient toujours parqués
à la légion de gendarmerie de l’Est,
attendant sans doute que les forces de sécurité
reçoivent de la présidence de la
République des indications sur la conduite à
tenir. Car, s’il était établi
qu’il s’agit effectivement des containers
d’armes, traversant le Cameroun pour aller sur un
théâtre de guerre civile, dans un pays africain
frère, le problème serait forcément
diplomatique, et ne pourrait se traiter qu’au niveau du chef
de l’Etat. Lequel voudrait bien, et devrait avoir la primeur
des réponses aux questions de savoir si l’Onuci a
opté définitivement pour une solution
armée en Côte d’Ivoire, ou si des
trafiquants d’armes ont usurpé le sigle des
Nations unies pour tromper la vigilance de la douane et de la
sécurité du territoire camerounais.
Une chose est sûre : pour confirmer ou infirmer que les 30
containers ne contiennent que des armes, et en savoir plus sur
l’expéditeur de la cargaison, les
éléments de la gendarmerie ne peuvent les ouvrir
au-delà du contrôle de routine qui les a conduits
à la découverte, sans instructions du chef de
l’Etat, si nous en croyons un haut responsable du Sed.
C’est donc une affaire à suivre.