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P.E.I
Ensemble par l'Ecologie,
Apportons à notre pays
Un édifice imposant
Pièces
d'identités,
permis de conduire, passeports… Voici
où trouver les objets volés à Abidjan| |
jeudi 19 mars 2009 - Par nordsud.htm |
«Bonjour, j'ai
perdu ma pièce d'identité. On m'a dit que je
pouvais la trouver ici », lance un homme arrivé
sur les lieux. Derrière
son pousse-pousse, un adulte, la
cinquantaine, à la gare d'Abobo, devant la pharmacie
«La Mé», observe d'abord
l'homme qui s'adresse à lui avant de lui montrer le contenu
du tombereau en
bois. Cet objet, qui sert d'ordinaire à transporter les
bagages, contient des
centaines de documents administratifs empilés et
rangés selon leur nature. Ce
sont des cartes d'identité, des cartes professionnelles, des
cartes de bus, des
attestations, des permis de conduire
et
même des passeports. Dans le pousse-pousse, il y a un papier
indicatif portant
la mention suivante : «Carte d'identité : fouille,
100 Fcfa et retrait
1.000 Fcfa ; carte professionnelle,
carte de bus, attestation : fouille, 100 Fcfa et retrait, 500 Fcfa;
permis de
conduire, passeport : fouille, 200 Fcfa et retrait 5.000
Fcfa». L'homme à la
recherche de sa pièce d'identité demande d'autres
renseignements, mais son
interlocuteur se contente d'indiquer de la main les informations
inscrites sur
le papier dans le pousse-pousse. C'est un sourd-muet. Il n'entend rien
et ne
dit rien. Cela parait curieux, quand on sait que ce genre de travail
exige des
échanges. Le client se contente de lire la note dans le
pousse-pousse. Il paye
100 Fcfa avant de commencer à fouiller. D'autres personnes
le rejoignent. Elles
sont-là pour chercher soit
un permis de
conduire soit une pièce d'identité, perdus ou
volés. Ici, ce sont uniquement
les documents plastifiés. Un papier non plastifié
égaré à peu de chance d'être
retrouvé en bon état.
La joie de la
pièce retrouvée
Les clients qui fouillent
dans le pousse-pousse en sont
conscients. En se rendant compte qu'ils ont un sourd-muet en face
d'eux, les
personnes à la recherche de leurs papiers lisent la
tarification. Pendant ce
temps, une petite scène se passe près du
tombereau. Le sourd-muet que nous
désigneront par M.K., fait signe à un homme qui
s'approche discrètement il se
nomme Ibrahim, la trentaine. Ibrahim vient rarement voir M.K. Et quand
il est
là, c'est pour quelques minutes. Contrairement à
M.K, il parle et écrit le
français. Après des gestes avec M.K., Ibrahim
aide quelques personnes à
fouiller dans le pousse-pousse. Cela peut prendre une demi-heure quand
il
s'agit d'une carte d'identité. Ces documents sont les plus
nombreux. Une
centaine. Pour faciliter les recherches, les cartes
d'identités hommes sont
séparées de celles des dames
et les
cartes d'identité nationale des pièces
étrangères. Après ce lot, ce sont les
attestations d'identité qui abondent dans le pousse-pousse.
Puis, viennent les
cartes de bus, les cartes professionnelles et les permis de conduire.
Bien que
rares, on y retrouve souvent, selon Ibrahim, des passeports. Depuis
1999, MK
fait ce métier. Il sort tous les matins à partir
de 8 heures et rentre à 16
heures quand les vendeurs de nuit,
devant cette pharmacie, s'installent. Le sourd-muet y tire
des revenus.
« Les recettes journalière varient. Nous pouvons
avoir 15.000 Fcfa dans la
journée ou même 1.000 FCfa », indique
Ibrahim. Il y a, selon lui, des clients
qui trouvent leurs pièces d'identité mais qui
n'ont pas d'argent pour les
retirer. « Souvent, à cause de 1.000 Fcfa, ils
abandonnent leur document ici.
Ils nous disent le plus souvent qu'ils reviendront les chercher, mais
on ne les
voit plus », explique Ibrahim. Ce
désœuvré, qui vit de
petits travaux quotidiens, dit avoir fait la
connaissance du sourd-muet il y a près de 5 ans. Malgré
l'ingratitude decette activité, M.K,
arrive à nourrir sa famille.
Une affaire de sourd-muet.
Dans la fouille, un client
retrouve sa pièce d'identité.
Tout heureux, il comble Ibrahim et M.K de remerciements. «
Cela fait deux
semaines que je l'ai égarée. C'était
inespéré. Voilà la preuve que Dieu
existe
», lance-t-il, tout heureux. Il se nomme Jean-Louis. Il a
été la victime d'un
pick-pocket à
Abobo BC, lors d'un show.
Le voleur lui a pris son portefeuille contenant de l'argent et sa
pièce
d'identité. « L'argent, ce n'est pas grave. Ce
sont les pièces qui m'inquiétaient»,
indique-t-il.
Jean-Louis paye 1.000 Fcfa
à M.K, la somme de retrait de la
pièce et repart tout joyeux. Tous les clients n'ont pas la
chance de
Jean-Louis. Amidou, chauffeur, est venu chercher son permis de
conduire. Il se
redresse au bout d'un moment. Contrairement à Jean-Louis, il
dit avoir égaré
son document. « Y a-t-il un autre endroit où je
peux trouver mon permis de
conduire ?», demande-t-il,
désespéré, à Ibrahim. Il
explique l'avoir égaré à
Adjamé « en bas du pont ». Ibrahim lui
indique un lieu à Adjamé, « devant
l'agence citelcom, non loin de la mosquée ».
A Adjamé, en effet, près de l'agence
Citelcom, se trouve un autre homme
qui expose les documents volés ou perdus. C'est un
sourd-muet, comme M.K.
Coïncidence ou un genre d'association ?
Difficile de le savoir. Toujours est-il qu'il est
sourd-muet. Il expose
dans un pousse-pousse les cartes d'identité, les cartes
professionnelles, les
cartes de bus, les attestations et les permis de conduire. Ce sont les mêmes
tarifications : 200 Fcfa la fouille,
pour le permis de conduire et 100 Fcfa pour les autres documents. 5.000
Fcfa,
pour le retrait du permis et 1.000 Fcfa pour les autres
pièces. Des clients
autour du sourd-muet fouillent dans le pousse-pousse. «J'ai
été braqué et le
voleur s'est enfui avec mon sac à main. J'avais à
l'intérieur mon téléphone, de
l'argent, mon
attestation d'identité, ma
carte professionnelle et mon permis de conduire», raconte
Elyse K., une jeune
femme. Mais sa fouille ne donnera rien. Plus heureux que Elyse, deux
hommes
retrouvent leurs documents respectifs. Un permis de conduire et une
carte
d'identité. Ils payent et repartent, satisfaits. Par contre,
déçu après une
fouille infructueuse, un jeune homme à la recherche de sa
carte d'identité se
demande : «Comment font-ils pour
récupérer tous ces documents volés ou
perdus
?» Ils
doivent être de mèche avec les
voleurs, rechignent d'autres qui ont eux-aussi
arrêté de fouiller. Le
sourd-muet se tient près d'eux. Il
n'y
prête pas attention. Son état semble lui
éviter de répondre à ce genre de
question.
De mèche avec
les voleurs ?
Sur ce sujet, Ibrahim
à Abobo, l'un des rares porte-parole
des ces commerçants singuliers, précise qu'ils
n'ont aucun lien avec les
voleurs des victimes qui viennent chercher leurs documents. «
Nous achetons ces
documents avec des personnes qui nous connaissent et qui viennent nous
les
vendre. Un document s'achète entre 100
et 300 Fcfa», révèle-t-il.
Ces jeunes en question récupèrent
les documents à plusieurs endroits
de la ville où ils sont susceptibles d'avoir
été jetés ou perdus. Ce sont les
gares, les quartiers précaires, dans les rues, les caniveaux
et même les
poubelles. Le récupérateur peut être
n'importe qui. Un citoyen honnête qui veut
juste rendre service à celui qui a perdu ses documents.
Ibrahim raconte que très
souvent des gens viennent leur donner des documents administratifs
perdus sans
rien exiger. En revanche, il
existe des
désœuvrés qui font de la recherche de
ces
papiers leur gagne pain. Ces personnes vendent les pièces
retrouvées. « Nous
achetons le plus souvent ces documents à perte. Parce qu'il
y a des pièces qui
sont-là depuis 2000 et
qui n'ont pas
encore de propriétaire », indique Ibrahim. En
plus, les citoyens qui retrouvent
les objets volés ou perdus ne se sentent pas
obligés de chercher le propriétaire,
s'ils n'ont pas d'indication. « Le plus souvent, les gens
abandonnent ces
documents. Beaucoup ignorent notre
existence et ils ont peur d'aller au commissariat parce qu'on leur pose
trop de
questions là-bas», note Ibrahim. C'est
déjà un miracle de retrouver un document
perdu sur leurs stands. Tout comme lui, le sourd-muet
d'Adjamé, selon les
quelques vendeurs qui l'assistent, achète en leur
présence des pièces avec de
jeunes. Nous avons eu la chance d'assister à un achat de
document
administratif. Un garçon dans la dizaine, sale et
accompagné de quelques
camarades du même âge, arrive devant le tombereau.
Il a une carte nationale
d'identité (Cni) en main. Sans parler, le garçon,
qui semble un habitué de cet
endroit, tend la pièce au sourd-muet. Celui-ci l'examine et
donne une pièce de
100 Fcfa au gamin qui repart aussitôt avec ses camarades.
Nous tentons de leur
arracher quelques mots sur la provenance de la pièce qu'ils
ont “vendue”. Mais
ils s'enfuient sans répondre.
Plus
de 30.000
documents dans les rues d'Abidjan
Il existe aussi un autre commerçant de pièces d'identité, non loin des rails, à Adjamé. Mais, il manque encore une organisation dans ce secteur. L'Ong « Sauvez vos papiers», située à Adjamé près de la Grande mosquée, montre une meilleure organisation de ce métier qui a tout son intérêt. Logés dans une pièce fade meublée d'un bureau et d'un placard, les responsables de cette structure se plaignent cependant leur situation. « Nous existons depuis 2000. Depuis lors nous avons contacté les autorités compétentes, notamment le ministère de l'Intérieur pour nous soutenir, en vain», indique Diomandé Mamadou, qui se présente comme «le responsable des opérations» de l'Ong. Créée avec le récépissé n° 635/MEMID/DGAT/ SDVAC, l'Ong «Sauvez vos papiers», selon ses responsables, est la seule structure agréée dans le secteur. La structure a collecté à ce jour 6.000 documents. Pour donner plus d'impact à leur action, le Pca de l'Ong, Yapi Seka, avait mis en place un “journal hebdomadaire” qui publiait les documents perdus disponibles chez eux. Mais depuis quelques mois, faute de moyens, l'Ong a dû interrompre la parution du journal. «Nous n'exigeons pas d'argent aux personnes quand elles viennent chercher leurs pièces ici parce que nous avons le souci de faire du social », ajoute Diomandé. Et pour mieux organiser le travail, ce sont eux-mêmes qui vont sur le terrain pour récupérer les documents perdus. En attendant une quelconque action de l'Etat en faveur de ce réseau, ce sont plus 30.000 documents qui sont dispersés à travers la seule ville d'Abidjan, selon l'Ong. Les documents retrouvés et exposés à Abobo, Adjamé ou ailleurs, le sont très souvent sans que leurs propriétaires n'aient l'information.
Raphaël Tanoh
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