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mardi 03 mars 2009 - Par lepatriote.net |
Affaire
Soumah Aïta
Un jour d’octobre 2008. L’affaire Soumah
Aïta, a porté les projecteurs sur le tribunal
militaire. La tournure
que prennent les évènements, la
présumée victime, Soumah Aïta, la doit
à son oncle, le général Affro,
Commandant en second de la Gendarmerie
nationale. Il lui a fallu secouer le cocotier pour que les langues se
délient. Et le Commissaire Ouattara Stevens, substitut du
Commissaire
du gouvernement, Ange Kessi est accusé d’avoir
«escroqué la somme de 2
millions 220.000 F CFA» à cette dame. Dont le
rêve était de se rendre
en Italie. Contre 2.220.000 F CFA, à en croire sa plainte,
dame Soumah,
anciennement comptable au Centre hospitalier et universitaire de
Yopougon devrait bénéficier d’un
passeport de service ou, à défaut,
d’un visa. Les plaintes s’accumulent. Cette affaire
révèle au grand
jour les pratiques en cours au sein de cette Institution militaire,
chargée d’assainir les Forces de
défense et de sécurité. «
L’arroseur
arrosé », fredonnent les mauvaises langues.
Accusation et contre
accusation entre Ange Kessi et son adjoint.
«Je n’ai rien à avoir
dans cette affaire. Le jour qu’on m’a
appelé pour me dire que le
général Affro a menacé
d’arrêter mon substitut, parce qu’il est
impliqué dans une affaire d’escroquerie
où sa fille a porté plainte,
c’est ce jour-là que j’ai connu cette
fille-là. Et je me suis engagé de
régler ce problème pour éviter que mon
substitut aille en prison. Et je
me suis dit : comme celui qui se noie veut enfoncer le sauveur, alors
je me retire. Je voulais le sauver en demandant à la fille
de laisser
tomber les 2 millions et à mon général
de ne plus poursuivre mon ami,
je vais régler ça. Il veut se retourner contre
moi, donc moi aussi je
le lâche. Je ne me reproche rien du tout. Un
général a été
outragé par
l’un de mes magistrats et comme ce dernier a
été menacé d’être
jeté en
prison, je suis intervenu personnellement. C’est
tout», se défend Ange
Kessi, dans le Nouveau Réveil (du 20 octobre 2008).
Réponse du berger à
la bergère, le conseil du Commissaire Ouattara Stevens
réagi
promptement dans les mêmes colonnes.
«(..) Il faut qu’on
s’interroge. Il (Ange Kessi, Ndlr) est le procureur militaire
qui est
saisi d`une plainte. Qui prétend que l’un de ses
substituts a escroqué.
Ce sont des faits extrêmement graves.
La personne mise en cause
est d’une certaine qualité. C’est en
plus votre proche collaborateur.
Au lieu de les confronter afin que la vérité
éclate, vous préférez dire
à cette personne, laissez tomber, voici comment on obtient
un visa et
allez-y. Pourtant, la personne qui a été mise en
cause est l’un de vos
plus proches collaborateurs. Sa qualité fait qu’il
y avait lieu de
savoir si cette accusation est vraie ou fausse. Parce que
n’importe qui
ne peut pas se lever et porter plainte contre un magistrat,
c’est assez
grave. Alors on ne peut pas accepter une telle plainte et laisser
tranquillement la personne partir. Et estimer que ce qu`elle dit est
vrai. Je me dis que si le procureur militaire a laissé
partir cette
personne sans rechercher la vérité, sans faire la
confrontation, alors,
il y a quelque chose que lui-même cache », charge
le collectif
d’avocats.
Comment la présumée victime a-t-elle pu sortir du
pays
pour se rendre en Italie? Avec quel document administratif ? Des
questions encore sans réponses. Les arguments des uns et des
autres
laissent perplexe. Il y’a quelque chose qu’on cache
aux ivoiriens. Même
le limogeage du Commissaire Ouattara Stevens du tribunal militaire ne
rapproche pas de la vérité.
« Le ministre m’a demandé de ne plus
en parler. Ce n’est pas bon pour l’image de
l’Institution », nous
confiait le Commissaire du gouvernement. Cette affaire rappelle encore
celle du sergent Zié Guillaume.
La fabuleuse histoire du sergent Zié Guillaume
Digne
d’un film à suspense à la
hollywoodienne. L’histoire du sergent Zié
Guillaume a fait couler beaucoup d’encre et de salive
à Abidjan. Mais,
l’issue est encore entourée de certaines zones
d’ombre. Arrêté le 10
août 2006 et écroué à la
Maison d’arrêt militaire d’Abidjan (MAMA)
pour
avoir tenté de corrompre le ministre de
l’intérieur Joseph Dja Blé, ce
sergent de police antérieurement en poste au district
d’Abobo a attiré
le feu des projecteurs. Le sergent Zié Guillaume a
été déféré
devant le
parquet militaire d’Abidjan. Il est alors poursuivi selon les
termes du
patron de l’Inspection des services de police
d’alors, le Contrôleur
général, Babi Adolphe, pour «des faits
d’escroquerie au concours et
sera poursuivi, au plan disciplinaire, pour faute contre
l’honneur et
la probité conformément au règlement
de discipline générale de la
Police nationale»
Le deal? Le flic a voulu s’assurer à coup de 110
millions de FCFA la réussite de 312 candidats
recalés au concours
d’entrée à la Police. Au lieu de
trouver une oreille attentive à sa
requête, le sergent se verra délivrer un billet
pour la MAMA. Ecroué
entre quatre murs, il tentera de corrompre cette fois-ci le commissaire
du gouvernement Ange Kessi pour obtenir sa liberté
provisoire. Après
lui avoir proposé la somme de 3 millions de francs et un don
en sac de
ciment d’une valeur de 800.000 FCFA,
l’indélicat policier
s’étendra
dans la presse écrite où il accusera Ange Kessi
d’avoir accepté des
pots de vins de sa part. Réplique de ce dernier qui nie les
faits. Mais
reconnaît, la main sur le cœur, avoir
empoché les 3 millions FCFA pour
servir de pièce à conviction pour la suite de la
procédure judicaire.
S’ensuit alors une série d’accusations
réciproques par organes de
presse entreposés. Contre toute attente, Zié fut
libéré pour délit non
constitué. Coup de théâtre, le tribunal
siège et libère le sergent de
Police pour dit-on mauvaise conduite du dossier dans la
procédure. La
pièce à conviction, les 110 millions FCFA,
n’ayant pas été mise sous
séquestre et les «
irrégularités » constatées
dans le premier
procès-verbal d’audition, étaient
à l’avantage du sergent Zié
Guillaume. Qu’est devenue la prétendue tentative
de corruption ?
Mystère ! «(..)Le Commissaire vu son calendrier
chargé a refusé de
recevoir Zié Guillaume. Lorsque j’ai
informé Zié de la situation, il
m’a remis une enveloppe pour le Commissaire pour
l’achat de son
carburant. J’ai pris l’enveloppe et l’ai
acheminée au destinataire. Dès
qu’il l’a ouverte, il a dit que ce
détenu voulait lui faire le même
coup qu’au ministre de la sécurité
», témoigne Mdl Kamgouté Youssouf
dans une interview à notre confrère «
L’Inter » (samedi 14 octobre
2006).
Zié Guillaume a été
libéré et une décision de justice a
même contraint le Trésor à lui remettre
son pactole.
Mais
comme le dit le Ahmadou Kourouma, « le molosse ne change
jamais sa
déhontée façon de s’asseoir
», sergent Zié Guillaume qui est en service
au district d’Abobo, est de nouveau tombée dans
les filets des services
de l’Inspection de Police. Il y a quelques semaines, une dame
a porté
plainte contre lui pour une affaire de 2 millions FCFA, que ce dernier
lui a soutirés pour les candidats à
l’entrée à l’Ecole nationale
de
Police. L’affaire suit son cours. « Zié
Guillaume sait qu’il sera radié
des effectifs de la Police. En attendant les assises du conseil
d’enquête, il a décidé de se
mettre plein les poches », soutient une
source proche de ce service. Récidiviste notoire ! On dit de
lui qu’il
ne craint personne et qu’il ne recule devant rien.
Corruption, pots de vin, laissez-passer
Tout
y passe. Comme dans les tribunaux civils, la justice militaire a aussi
ses margouillats. A la différence qu’ils
n’arpentent pas, eux, les
couloirs du 17 ème étage de la tour A. Ils vont
à la rencontre des
familles ou des prévenus pour proposer leurs services.
Cependant, ils
ne sont pas des personnes extérieures au tribunal militaire.
« Mon
collègue, un officier avait soutiré 3 millions
FCFA à une dame qui
vendait de la drogue. Après, grâce à
une connaissance, la dealer est
allée porter plainte à l’inspection de
Police. Une fois au tribunal,
des agents du tribunal qui ont servi
d’intermédiaires nous ont dit que
le tribunal militaire réclamait 1 million de FCFA. Lorsque
l’argent a
été remis, mon collègue a
recouvré la liberté »,
témoigne un officier
de Police. Ce dernier affirme lui aussi avoir
déboursé la somme de
50.000 F CFA avec trois autres collègues pour se tirer
d’affaires dans
un dossier avec un civil.
« Je me rappelle très bien d’un sous
officier qui est au commissariat du Port et qui devrait
comparaître
devant le tribunal. Il a appelé pour dire que le Tribunal
voulait de
l’argent. C`est après que le sous-officier est
venu me rapporter cela
quand il a été condamné. Il
m’a dit : « monsieur le commissaire, je
vous ai donné 400.000 francs et je suis condamné
". Je lui ai rétorqué
: à moi ? Il dit non, je les ai remis au commissaire
Stevens. Donc
parole d`un sous-officier et d`un magistrat, j’ai
laissé tomber. Le
fait même qu’il soit un commissaire, on ne va pas
le confronter avec un
sous-officier. Je lui ai dit que je n’ai rien pris avec lui,
c’est pour
cela que tu es en prison. Peut-être qu’il y a
certains cas », indique
le Commissaire du gouvernement dans le même entretien
accordé à notre
confrère cité plus haut.
Le Commissaire du gouvernement est
ouvertement accusé de vendre des
«laissez-passer» aux opérateurs
économiques. Une source crédible nous a remis
cette réquisition du
Commissaire du gouvernement, délivré en juin
2007, à un conducteur de
transport de sacs de charbon.
« Réquisitionné pour les besoins
d’une procédure d’enquête
judiciaire », indique le document, en se
référent au véhicule
immatriculé 9801 EF01. Ce à quoi, les agents en
service, ont dit pas ne pas croire. « C’est un
juteux commerce. En plus
des laissez-passer du DG de la Police, de la Gendarmerie et
même du
chef de l’état-major des Armées, les
opérateurs économiques en zone
industrielle de Yopougon, ont tous des laissez-passer du Commissaire du
gouvernement. Il est difficile de faire un contrôle dans
cette zone »,
fulmine un gendarme.
Coulibaly Brahima
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