Le
professeur Alphonse Djédjé Mady,
secrétaire général du Parti
démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci-rda)
et président du directoire du Rassemblement des
républicains pour la démocratie et la paix (Rhdp)
devrait être entendu par le tribunal militaire
d’Abidjan (17ème étage Tour A), le 14
Avril prochain, à la convocation du commissaire du
gouvernement, Ange-Bernard Kessy Kouamé. Cette citation
à comparaitre adressée à
Djédjé Mady ( qui n’est pas militaire)
s’inscrit dans le cadre d’une procédure
judiciaire ouverte par le procureur militaire, relativement aux
évènements sanglants qui ont secoué le
pays, suite au mot d’ordre lancé par le directoire
du Rhdp, consécutivement à la double dissolution,
par le chef de l’Etat, Laurent Gbagbo, de la CEI ( commission
électorale indépendante) et du gouvernement le 12
février 2010. « Djédjé Mady
doit s’expliquer sur le mot d’ordre qu’il
a lancé et dont la mise en œuvre par ses militants
a fait des morts, des blessés et provoqué la
destruction des biens publics et privés » nous a
confié hier mercredi 31 mars 2010, le procureur militaire,
Ange Kessy Kouamé, que nous avons joint au
téléphone. « J’ai fait
convoquer tout le monde, y compris les officiers chargés du
maintien d’ordre à Gagnoa, le directeur de
l’hôpital de cette ville, parce que je cherche ceux
ou celui qui a tué à Gagnoa le 16
février 2010 » a précisé le
procureur militaire. « Djédjé Mady a
été convoqué parce que c’est
lui qui a lancé le mot d’ordre. Il doit dire ce
qu’il recherchait à travers ce mot
d’ordre et surtout s’il était
présent au moment des manifestations qui ont
dégénéré en
émeutes », a insisté le colonel Kessy.
La convocation, si l’on en croit le commissaire du
gouvernement, devrait être portée hier mercredi 31
mars 2010, dans la matinée au président du
directoire du Rhdp. « Il a deux semaines pour se
présenter devant le Tribunal militaire » a-t-il
ajouté. M. Alphonse Djédjé Mady
comparaitra « non pas en tant qu’accusé,
mais en tant que témoin » dans cette
enquête ouverte contre « inconnu » a
toutefois souligné le procureur militaire. Qui est
resté muet sur le délit et sur les
éventuelles peines qu’encourt l’ancien
ministre de la Santé publique
d’Houphouët-Boigny. Au nom du directoire du Rhdp
(coalition des principaux partis d’opposition) regroupant le
Pdci, le Rdr, le Mfa et l’Udpci, Alphonse
Djédjé Mady avait lancé, le 13
février 2010, un mot d’ordre décisif.
Toutes les composantes de ce groupement, avec l’appui du Pit
de Francis Wodié, avaient entièrement
assumé la responsabilité politique,
organisationnelle et opérationnelle de ce mot
d’ordre qui visait au rétablissement de la CEI et
du gouvernement. Le Rhdp avait, en effet, demandé dans un
communiqué en date du 13 février 2010 «
la démission de M. Laurent Gbagbo de ses fonctions de chef
de l’Etat de Côte d’Ivoire » et
affirmé que ses décisions « ne
l’engagent plus ». Alphonse
Djédjé Mady, président de cette
coalition avait estimé que le chef de l’Etat
s’était rendu coupable d’un «
coup d’Etat » et que par conséquent, le
Rhdp ne le reconnaissait plus comme « chef de
l’Etat de Côte d’Ivoire »
appelant ses militants « à se mobiliser et
à s’opposer par tous les moyens à la
dictature de M. Gbagbo ». Un mot d’ordre,
reçu cinq sur cinq par les militants et qui a tout de suite
enflammé le pays, avec à la clé, 7
morts dont 5 à Gagnoa, ville d’origine de Laurent
Gbagbo. De fait, la marche organisée le vendredi 19
février 2010, dans cette ville, par la coordination des
jeunes houphouetistes a été violement
réprimée dans le sang, faisant cinq (5) morts et
17 blessés dont 9 cas graves. Les manifestants ont
été réprimés au motif
qu’ils, « n’auraient pas obtenu, au
préalable, une autorisation préfectorale
». Les choses ont rapidement
dégénéré quand les
manifestants, dispersés à coup de grenade
lacrymogène ont riposté par des jets de pierres.
Les FDS ont sorti le grand jeu militaire, « ouvrant le feu
à volonté » sur eux. C’est
ainsi que “la police et la gendarmerie ont chargé
les manifestants en tirant à balles
réelles”, avait déclaré
Gildas Konan, coordinateur local du mouvement de jeunesse du Parti
démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI). Du
côté des Forces de défense et de
sécurité, un capitaine du sous-groupement 3,
détaché, notamment, à Mama, village
natal du chef de l’Etat, avait été
« grièvement blessé ». A
Vavoua, la sous-préfecture a été
incendié, tandis qu’à Divo et Man les
tribunaux ont été saccagés et
pillés. Alphonse Djédjé Mady devrait
donc s’expliquer sur toutes ses questions…
Armand B. DEPEYLA