

Le
Président Gbagbo, hier, à la 62e session
ordinaire de l’assemblée
générale de l’ONU.
| Message
très attendu que celui délivré hier
après-midi en une quinzaine de
minutes par le Président ivoirien face à la
communauté internationale.
Mesdames et
Messieurs les Chefs d'Etat et de Gouvernement,
Monsieur le Secrétaire Général,
Monsieur le Président de l'Assemblée
Générale,
Excellences, Mesdames et Messieurs,
Permettez-moi, tout d'abord, de saluer notre
Secrétaire général, M. Ban
Ki-moon, pour la qualité du travail abattu en si peu de
temps, à la
tête de l'Organisation des Nations unies. Je voudrais
sincèrement le
féliciter et l'encourager pour sa bonne lecture des
problèmes actuels
du monde.
C'est la première fois que je prends part à
l'Assemblée générale des
Nations unies, depuis sept ans que je suis à la
tête de la Côte
d'Ivoire. Comme vous le savez, je me suis pleinement
consacré au
règlement de la crise qui secoue mon pays et qui a tant
mobilisé la
communauté internationale ces cinq dernières
années. Ma présence,
aujourd'hui à New York, à cette tribune, est la
meilleure illustration
du climat d'apaisement qui règne aujourd'hui en
Côte d'Ivoire, après la
signature de l'Accord politique de Ouagadougou issu du dialogue direct
entre l'État et l'ex-rébellion.
Cet Accord a été entériné
par le Conseil de sécurité des Nations unies
qui a adopté, à l'unanimité de ses
membres, la Résolution 1765.
Je voudrais saluer et remercier, au nom du peuple de Côte
d'Ivoire, tous ceux qui ont aidé à cette
évolution positive :
- Les pays membres du Conseil de sécurité des
Nations unies ;
- Les pays membres du Conseil de paix et sécurité
de l'Union africaine;
- Tous les pays de l'Union africaine;
- Les pays membres de la Communauté Economique des Etats de
l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO)
Je remercie particulièrement les chefs d'Etat dont
l'implication
personnelle a été décisive dans le
règlement de la crise ivoirienne.
- Le président Thabo Mbeki, médiateur dans la
crise ivoirienne, désigné par l'Union africaine ;
- Le président Blaise Compaoré, facilitateur du
dialogue direct
inter-ivoirien, en sa qualité de président en
exercice de la CEDEAO.
Nous avons constaté que malgré les efforts
déployés durant quatre
années par la communauté internationale, le
processus de paix était
bloqué et le pays se trouvait dans l'impasse. C'est
pourquoi, le 19
décembre 2006, j'ai proposé à mes
compatriotes un plan de sortie de
crise articulé autour de cinq points :
- L'instauration d'un dialogue direct avec la rébellion en
vue du désarmement et de la réunification du pays
;
- La suppression de la zone de confiance ;
- La création d'un service civique national ;
- L'amnistie générale ;
- La mise en place d'un programme d'aide au retour des
déplacés de guerre.
Ce plan était fondé sur l'expérience
des solutions envisagées jusque là
et partait d'une approche différente, en vue d'obtenir
l'appropriation
complète du processus de paix par les Ivoiriens
eux-mêmes.
J'ai donc engagé le dialogue direct avec la
rébellion. Nos discussions,
placées sous la facilitation du président Blaise
Compaoré, se sont
déroulées au Burkina Faso, le pays voisin ; le
pays d'Afrique de
l'Ouest qui a les liens les plus forts du point de vue de l'histoire et
de la sociologie avec la Côte d'Ivoire. Elles ont abouti
à la
signature, le 04 mars 2007, de l'Accord politique de Ouagadougou.
Conformément à cet Accord, un nouveau
gouvernement a été formé. Il est
dirigé par le chef de l'ex-rébellion, M.
Guillaume Soro.
Avec ce gouvernement, nous avons enregistré d'importants
progrès en peu de temps :
- Un Centre de commandement intégré (CCI),
regroupant des militaires
des Forces armées nationales et ceux de
l'ex-rébellion, a été
créé le
16 mars 2007. Il a pour mission de mettre en place une force mixte
chargée d'assurer la sécurité et la
libre circulation des personnes et
des biens sur tout le territoire national ;
- Une ordonnance d'amnistie générale a
été prise le 11 avril 2007 ;
- Le désarmement a effectivement commencé avec le
Bûcher de la paix organisé le 30 juillet 2007
à Bouaké ;
- Le redéploiement de l'administration et la
réinstallation des magistrats sur l'ensemble du territoire
sont effectifs ;
- Un plan de retour des déplacés de guerre est
mis en place ;
- Les audiences foraines, en vue de l'identification des populations et
de la mise à jour des listes électorales ont
démarré hier mardi 25
septembre 2007.
Ainsi donc, nous faisons de grands pas sur la voie de la paix depuis
l'Accord de Ouagadougou.
La leçon que je tire de cette expérience du "
Dialogue direct " entre
les autorités étatiques et la
rébellion, m'amène à inviter la
Communauté internationale à
privilégier les solutions de terrain dans
le règlement des conflits ; l'ONU, à New York,
devant s'organiser pour
veiller à l'application des solutions retenues par les
parties en
conflit.
Excellences, Mesdames
et Messieurs,
La Côte d'Ivoire va sortir de la crise, la Côte
d'Ivoire sort de la
crise. Elle a besoin, aujourd'hui plus que jamais, du soutien de la
communauté internationale pour construire la paix et la
stabilité à
l'intérieur de ses frontières et dans la sous
région ouest-africaine.
Dans ce contexte, compte tenu du climat d'apaisement qui
règne dans le
pays, je souhaite que les Nations unies revoient à la baisse
l'indice
de sécurité ; la phase 3 ne correspondant plus
à la réalité.
Dans le même esprit, avec la mise en
œuvre de l'Accord de Ouagadougou,
la Côte d'Ivoire est aujourd'hui
réunifiée et il appartient donc à
l'Etat d'assurer l'ordre et la sécurité publique
sur toute l'étendue du
territoire national. L'Accord prévoit explicitement que dans
le cadre
du redéploiement de l'Administration, les forces de l'ordre
accompagnent le processus en sécurisant les personnels
administratifs
ainsi que les populations d'accueil.
Je voudrais donc plaider ici solennellement la levée
partielle de
l'embargo sur les armes afin de permettre à l'Etat ivoirien
de remplir
sa mission de protection des personnes et des biens.
Par ailleurs, et toujours dans le contexte actuel de
réconciliation
nationale, les Ivoiriens demeurent préoccupés par
le maintien des
sanctions individuelles infligées à certains de
nos compatriotes.
Depuis l'Accord politique de Ouagadougou, ces jeunes gens s'impliquent
corps et âme dans la recherche de la paix. C'est pourquoi, je
demande
formellement à l'ONU, et cela dans l'esprit et la lettre de
l'Accord
politique de Ouagadougou, entériné par la
Résolution 1765, la levée des
sanctions infligées à Blé
Goudé Charles, Djué Eugène et
Fofié Kouakou.
Excellences, Mesdames
et Messieurs,
La Côte d'Ivoire est certainement un pays solide et notre
gestion des
finances publiques a permis de faire fonctionner l'Etat ivoirien et
d'assurer le minimum de bien-être aux populations ; mais la
persistance
de la crise a fini par réduire les ressources
financières de l'État et
par mettre à mal son équilibre financier.
Je demande de l'aide aujourd'hui pour me permettre de financer les
actions liées directement au règlement de la
crise :
- Le service civique ;
- Les audiences foraines ;
- Les élections générales ;
- Le retour des déplacés de guerre ;
- Et, de façon générale, la
consolidation de la paix.
Mais, au-delà de ces actions à court et
à moyen terme, la Côte d'Ivoire
a besoin de l'aide internationale pour renforcer les bases d'une
reprise économique plus vigoureuse sur le long terme. Nous
avons à
réhabiliter et à renforcer nos infrastructures
communautaires. Nos
écoles, nos centres de santé ont subi les
dégâts de la guerre. Nous
devons réhabiliter et renforcer nos infrastructures
économiques : les
routes, les voies ferrées, les installations
électriques et d'adduction
d'eau durement éprouvées par la crise.
Excellences Mesdames
et Messieurs,
Tous les observateurs et tous les acteurs de la crise ivoirienne
s'accordent à dire que les élections constituent
la finalité du
processus de sortie de crise en Côte d'Ivoire.
La tenue d'élections transparentes, libres et ouvertes
à tous est non
seulement une exigence de ma culture politique, mais aussi et surtout
une nécessité démocratique :
- Les élections sont un moyen de bonne gouvernance.
J'ambitionne de
faire de mon pays, la Côte d'Ivoire, un Etat moderne, c'est
à dire un
Etat dans lequel le peuple désigne ses dirigeants au moyen
d'élections
justes et transparentes. Des élections
démocratiques constituent donc,
pour nous, une nécessité pour la modernisation de
la vie politique de
notre pays ;
- Les élections constituent aussi une
nécessité pour la relance de
notre économie. Nous devons absolument organiser les
élections
prochaines en Côte d'Ivoire et les réussir pour
redonner confiance aux
opérateurs économiques du pays et d'ailleurs ;
- Les élections constituent encore une exigence pour la
stabilité de
notre pays et de la sous-région. Il convient d'organiser
rapidement des
élections pour conférer la
légitimité politique permettant à ceux
qui
exerceront le pouvoir d'Etat de stabiliser le corps social en
Côte
d'Ivoire et de garantir la relance économique en Afrique de
l'Ouest;
- Les élections constituent enfin un impératif
constitutionnel. Selon
notre Constitution, lorsque des circonstances exceptionnelles rendent
impossible l'organisation des élections, comme
c'était le cas avant la
réunification du pays, toutes les institutions de la
République ne
fonctionnent plus qu'en vue des élections. C'est pourquoi il
nous faut
rapidement organiser les élections pour sortir d'une
situation certes
constitutionnelle mais exceptionnelle.
Pour toutes ces raisons, j'invite cette tribune des Nations unies, tous
nos amis à travers le monde, mais aussi et surtout, les
hommes et les
femmes politiques de mon pays, les Ivoiriens et toutes les populations
vivant en Côte d'Ivoire à s'engager dans le
processus de paix.
Je les invite à s'investir entièrement dans le
processus électoral en
cours, à contribuer, chacun à son niveau,
à la réconciliation nationale
et à la consolidation de la paix.
Que Dieu nous bénisse.
Je vous remercie.
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Rencontre
Gbagbo-Sarkozy: pour un nouveau
départ!
La rumeur a couru toute la matinée au sein de la
délégation ivoirienne:
une brève mais historique entrevue était
envisagée entre les Présidents
français et ivoirien. Une source proche du cabinet
présidentiel a mis
les journalistes en alerte maximum. Après
l’ouverture officielle de la
62è session de l’Assemblée
générale de l’ONU, le
Président Laurent
Gbagbo a rencontré son homologue rwandais, Paul
Kagamé, dans une salle
attenante. La presse ivoirienne, non accréditée
en permanence auprès de
l’ONU, n’ayant pas accès à la
salle de l’Assemblée
générale, n’a pu
couvrir cette rencontre.
La rencontre Sarkozy-Gbagbo s’est
déroulée dans les mêmes conditions,
l’après-midi. Juste avant l’ouverture de
la session du conseil de
Sécurité consacrée à la
paix et à la sécurité en Afrique,
présidée
justement par le Président français. Le protocole
et la sécurité
étaient tellement stricts que même
l’aide de camp, le médecin privé, la
directrice de cabinet adjointe et les deux gardes du corps du
Président
Gbagbo n’ont pas pu l’accompagner à
cette séance de travail. Au sortir
de ce long marathon marqué par une quinzaine
d’interventions de Chefs
d’Etat ou de chefs de délégation, notre
équipe de reportage a obtenu
une interview exclusive du président de la Commission de
l’Union
africaine, M Alpha Oumar Konaré. C’est plus tard
que nous avons été
informés de la rencontre Sarkozy-Gbagbo, juste avant
l’ouverture de
ladite session. Selon le témoignage de notre source, la
rencontre a été
constructive car, un peu contre l’avis de certains membres de
son
entourage, le Président Sarkozy est venu vers son homologue
ivoirien
pour une entrevue détendue de quelques minutes. Flash-back
sur deux
hommes de rupture
«La France a également
intérêt à garder une politique
africaine… Notre
politique africaine doit être repensée dans son
ton, son style, ses
méthodes. La meilleure façon d’y
parvenir serait de nous mettre à
l’écoute des Africains et qu’une
commission bipartite leur demande ce
qu’ils attendent aujourd’hui de la France et de
l’Europe, et de
reformuler ensuite clairement avec eux nos objectifs, notre
stratégie,
notre politique.» Ces idées sont de M. Hubert
Védrine, ancien ministre
des Affaires étrangères français,
mittérandien convaincu, à qui le
nouveau président français, François
Sarkozy, a demandé de lui préparer
un rapport sur la mondialisation : ce qu’il a fait le 5
septembre
dernier. Cet extrait ressemble trait pour trait au plaidoyer du
Président Laurent Gbagbo en faveur d’une relecture
et d’une
redéfinition des relations entre la France et la
Côte d’Ivoire,
l’Europe et l’Afrique de manière
générale.
M. Sarkozy a montré, depuis son élection comme
Président, son respect
de la grandeur de la France et sa volonté de
fédérer au service de la
patrie tous ses fils porteurs de compétence. C’est
ce qu’il démontre en
confiant à Hubert Védrine, un socialiste, le soin
de lui proposer, es
qualité, une étude prospective sur la place de la
France dans la
mondialisation. C’est au nom de ces mêmes
convictions qu’il s’est
attaché les services de nombreux cadres de gauche, dans le
cadre de sa
politique d’ouverture. C’est enfin au nom de ces
mêmes principes qu’il
a proposé Dominique Strauss Kahn,
éléphant parmi les
éléphants
socialistes, comme candidat au FMI.
En Côte d’Ivoire, le Président Laurent
Gbagbo s’est très tôt inscrit
dans cette politique d’ouverture en confiant à de
hauts cadres
ivoiriens issus d’autres partis politiques que le sien, le
FPI, de
hautes charges: ministérielles, dans son cabinet,
à la tête des régies
financières…Pour la grandeur de la Côte
d’Ivoire, il a soutenu
franchement la candidature de M. Essy Amara, cadre du PDCI,
à l’Union
africaine.
Ces deux dirigeants sont deux hommes de rupture; ils bousculent les
convenances établies, le conservatisme sclérosant
pour impulser le
changement, par l’ouverture, par l’action. Ils
aiment oser, déranger
les conformismes et utilisent une liberté de ton et de
parole qui en a
scandalisé plus d’un. Ils ont tous deux
l’occasion de refonder les
relations bilatérales franco-ivoiriennes d’une
part et
franco-africaines d’autre part. Les hommes les regardent,
l’histoire
leur tend la main. A chacun de savoir faire preuve
d’ouverture, de
dépassement et de grandeur. La rencontre de New York, en
territoire
neutre, est déjà un bon signe. Il convient
désormais de savoir rendre
le processus de dégel des relations irréversible.
Jean-Baptiste Akrou,
Envoyé spécial à New York
Source
: fratmat.info
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