Le Parti Ecologique Ivoirien



LE TCHAD OU L’OUBLI DE LA QUESTION ENVIRONNEMENTALE


mercredi 30 juillet 2008 - Par UET/ les Verts - Tchad
 


BADONO DAIGOU

Tout d’abord je tiens à informer que je ne ferais pas un diagnostic profond mais un constat de l’état des lieux.

A l’instar de la planète entière, les problèmes environnementaux se posent au Tchad avec particularité ; vu sa position géographique qui fait de lui, un écosystème intermédiaire entre le désert du Sahara et le bassin forestier du Congo.

L’instabilité politique et la mal gouvernance des différents régimes qui se sont succédés n’ont pas permis de mettre en place une politique environnementale digne de ce nom.

Le gouvernement qui doit être l’éclaireur de la politique environnementale du pays ne fait qu’étaler son inefficacité depuis quelques décennies. Dans le budget de l’état, la part allouée au ministère de l’Environnement chaque année est dérisoire face aux énormes besoins environnementaux.

 Le Ministère de l’Environnement  qui exécute des politiques environnementales souvent à moyens ou à longs termes mais toujours interrompues à cause de la mauvaise gestion des projets. Les Ministres nommés à la tête de ce ministère ignorent tout de la socio-ecologie et ceux qui ont l’ambition d’exécuter les projets de leurs directions techniques ne durent pas à ce poste.

            Les changements climatiques et surtout l’une de leurs composantes ; le réchauffement climatique s’observent depuis quelques années par l’augmentation moyenne des températures qui fait du Tchad l’un des pays les plus chauds au monde et entraîne une dérégulation des saisons qui a pour conséquences la baisse de la productivité agricole et la sécheresse des sols. L’exode rural massif vers les zones urbaines a déculpé les besoins des populations en énergies domestiques (charbon, bois de chauffe). Comme le gouvernement n’a pas introduit pour la population une politique de substitution en matière de consommation d’énergie domestique, la coupe du bois (surtout celle du bois vivant) s’est intensifiée dans tout le pays entraînant ainsi une déforestation ajoutée à celle causée  par l’avancée du désert et  celle des défriches.

A propos de la coupe du bois, il faut noter une participation passive de l’état dans ce phénomène. Le Ministère de l’Environnement, au lieu de jouer, à travers ses agents forestiers, son rôle d’éducateur environnemental, joue plutôt un rôle répressif en s’attelant avec fougue a percevoir des taxes sur le charbon et le bois coupé ; il devient un service de recettes (ce qui est faux) oubliant sa mission première qui est d’éduquer les populations à vivre en harmonie avec leur environnement.

            L’élevage qui est l’une des ressources principales du Tchad est devenue une source de déséquilibre de l’Environnement. Les couloirs de pâturage ne sont plus a l’ordre du jour, nous nous retrouvons avec un problème de gestion des pâturages : depuis quelques décennies, les chameaux qui vivaient exclusivement dans les zones désertiques du pays, descendent paîtrent jusque vers le sud. Les chameliers qui souvent ne sont pas propriétaires de ces bêtes, coupent pour la nourriture des chameaux les plantes en pousse, les arbustes, les branches et les feuilles des arbres entraînant ainsi un autre type de déforestation et de dégradation des sols. Ceci est l’une des causes des conflits agriculteurs- éleveurs.

            Les semaines de l’arbre qui devaient être des journées d’éducation et de conscientisation des populations ne sont en fait qu’un folklore au cours duquel le gouvernement, une fois de plus dupe le peuple. Les reboisements de l’arbre ne prennent pas en compte la dimension " participation des populations autochtones". Ces semaines, si elles étaient suivies d’effets, donneraient par exemple une ceinture verte tout autour de la ville de NDjamena.

La gestion environnementale des villes est au Tchad catastrophique. Aucune politique de santé environnementale n’est appliquée dans les villes. N’Djamena qui est la capitale du pays est l’une des villes les plus sales du monde : des caniveaux à ciel ouvert, le ramassage des ordures ménagères est quasi inexistant, pas de stations d’épuration des eaux usées, pour un pays sahélien aucune politique de récupération des eaux de ruissellement, l’absence des espaces verts, le reboisement des villes n’est pas pour le moment une priorité des mairies qui sont plus des services de recettes que d’action environnementale.

Les ressources halieutiques qui étaient un don du ciel pour ces populations pauvres, ne sont aujourd’hui que des souvenirs d’antan. Le Lac Tchad, qui a donne son nom au pays, naguère fierté nationale et objet d’intégration sous-régionale entre les pays riverains est entrain de dépérir à vue d’œil : d’une superficie de 25000km² dans les années 60, il n’a aujourd’hui qu’une superficie qui est aux environs de 5000km². Ses affluents ; le Chari et le Logone sont aujourd’hui menacés de devenir des cours d’eau temporaires. Vu le rétrécissement de ces cours d’eau et la rareté des poissons, on assiste depuis un certain temps à une sur-peche et une pêche ne respectant pas les lois élémentaires d’équilibre d’écosystème.

          La plupart des parcs nationaux sont à l’abandon, sauf celui de Zakouma  et même ce dernier est victime d’une mauvaise gestion et du braconnage. Aujourd’hui, il est avéré qu’une espèce animale comme celle des éléphants quitte massivement le parc de Zakouma du fait des bruits des armes et du braconnage.

Les réserves de faunes et de flores tendent à disparaître. Le cas le plus illustratif est celui de Mandelia. La réserve de Mandelia est totalement délabrée à cause de la coupe abusive des arbres (charbon et bois de chauffe). Les sols y sont quasi dégradés pour causes d’absence du couvert végétal et d’élevage de transhumance très mal organisé. Que nous reste-il encore de ce milieu qui était, il y a une vingtaine d’année, une zone de transition entre les climats Sahélien et Soudanien ?

         La découverte du pétrole et son exploitation n’ont fait que laisser primer l’économique sur l’environnemental. Les populations de ces zones découvrent aujourd’hui la rupture qui existe dans leur équilibre environnemental : nouvelles maladies, chaleur intensive, sécheresse… Maintenant rien n’est fait pour protéger l’environnement  et rendre la vie agréable à ces populations qui avaient cru en cette manne pétrolière.

            Aujourd’hui, la guerre à l’est du Tchad a un impact considérable sur le milieu naturel ; c’est un constat visible : deplacement des populations, des animaux, dégagement des gaz à effets de serre sous les effets des armes de tout calibre utilisées.

          Ce tableau sombre est éclairci par des travaux non négligeables qu’entreprennent certaines ONG, quelques associations (AGS, ACRA, INADES-Formation, ASTAT,…) et des chercheurs. Mais toujours est-il que ces organisations rencontrent des difficultés de tout genre : insécurité, mauvaise gestion,…

Face à ces multiples problèmes environnementaux, force est de constater qu’il existe aujourd’hui un mutisme, un attentisme et un fatalisme observés dans la classe politique et le milieu intellectuel Tchadiens: absence de colloques, de séminaires, de sensibilisations de proximité…

           Vu sa position d’écosystème tampon entre le désert du Sahara et la forêt équatoriale,le Tchad doit faire l’objet d’une redynamisation de sa politique environnementale qui doit intégrer toute la sous- région, (en tant que zone de transition entre le Sahara et le Bassin du Congo), et la communauté internationale.

 Faut-il le dire, la plus grande bataille que l’humanité aura à livrer dans ce troisième millenaire sera la lutte pour restaurer l’environnement, donc pour la vie.  Le Tchad  pourra-il se substituer à ce défit mondial ?

 

     " Etre vert c’est être responsable dans son Environnement"  

 

 

 

                    BADONO DAIGOU

               Secrétaire général de l’UET/ les Verts      


Source : ’UET/ les Verts  

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