
Photo : Frat-Mat El Hadj
Bèma Fofana
| Le responsable
de l’Association des musulmans de Côte
d’Ivoire (FIRDAOUSS) dénonce
l’organisation. Il se montre très sceptique.
Vous
vous élevez contre le coût du Hadj fixé
comme l’année dernière à 1
695 000 F. Pourquoi ?
Le prix est élevé.
L’année dernière
déjà, j’avais
démontré qu’avec 1,5
million, on peut faire le hadj et des bénéfices.
Cette année, le même
coût a été reconduit après
l’échec du Hadj 2006 bis. La direction des
Cultes fait savoir que le coût réel
était de 1,9 million, mais que
compte tenu de l’intervention de l’Etat, il est
revenu à ce prix. Juste
à côté de nous, au Ghana, ils sont
à 1 260 000 F. Je ne m’explique pas
pourquoi on continue d’exiger 1,7 million tout en sachant que
la Côte
d’Ivoire sort à peine de la guerre et que les gens
n’ont pas d’argent.
Le pèlerinage de cette année correspond
à un pèlerinage de luxe qu’on
veut imposer à la masse. Et je
m’élève contre cela.
Vous
avez d’autres griefs contre les organisateurs. Au niveau de
l’hébergement notamment, vous estimez aussi que le
coût peut être
réduit…
Un hôtel de cinq étoiles, nous dit-on,
a été réservé pour les
pèlerins
ivoiriens. J’estime honnêtement que le
pèlerin ivoirien aujourd’hui n’a
pas besoin d’un hôtel de cinq étoiles.
Le coût total est autour de 4000
rials. Habituellement, nous logeons les pèlerins
(à Médine et à La
Mecque) entre 1000 et 1500 rials. Les pèlerins qui vont
à La Mecque
sont des citoyens ordinaires qui vivent à Sicobois ou dans
nos
villages. J’estime par ailleurs que quand on va à
La Mecque, ce n’est
pas pour faire étalage de sa richesse. Dieu nous
connaît mieux que
quiconque. On va vers Dieu. On craint d’ailleurs la rencontre
avec Dieu
parce qu’on a commis tellement de
péchés qu’on va humblement demander
pardon à Dieu. Ce n’est pas à ce
moment-là qu’il faut demander aux gens
d’être dans un hôtel de cinq
étoiles…
Vous
affirmez que vous-même, cadre moyen, vous ne pourrez pas
effectuer le voyage. Ne pouvez-vous pas choisir en toute
liberté de
partir selon les moyens qui vous semblent bons ?
Malheureusement, on impose à tout le monde de
partir par leur créneau.
Nous sommes dans un pays libéral et le hadj est une
activité privée.
Dans les pays limitrophes, les prix sont plus compétitifs,
je ne
comprends pas pourquoi on nous empêche d’emprunter
ces voies-là.
Pour le transport, on nous impose Air Ivoire. Je suis de ceux qui ont
toujours pensé que la compagnie nationale devait entrer dans
le
circuit. Mais je n’ai jamais pensé
qu’Air Ivoire serait allé au-delà de
700 000 F. Aujourd’hui, Air Ivoire est à 975 000
F, soit un million de
francs pratiquement. De mémoire d’organisateur du
hadj, on n’a jamais
payé un million de francs en Côte
d’Ivoire pour le transport… Or, nous
avons des compagnies traditionnelles sur la place qui sont
prêtes à
nous prendre pour moins de 700 000 F.
Vous
n’avez de cesse de dénoncer. Et puis
après ?
Hélas rien. Chaque année, je me suis
battu. On m’a promis l’agrément
qu’on ne m’a jamais donné. Et cette
année, on avait dit qu’on donnerait
l’agrément à personne. Mais je
m’étonne que sur les 4000 pèlerins qui
sont retenus pour la Côte d’Ivoire, on accorde 500
à une association
libanaise. Je n’ai rien contre les Libanais, ce sont des
musulmans
comme nous ; ils font partie de la Oummat islamique. Mais je trouve
injuste qu’on accorde l’agrément
à une association et qu’on la refuse
aux autres…
Autour
du Hadj, c’est, chaque année, les mêmes
problèmes. Quand est-ce que la
sérénité sera-t-elle de mise ?
Je ne saurais le dire. Chaque année, je fais des
propositions. Et je
pense que la meilleure des propositions, c’est la
libéralisation de la
filière. Il faut libéraliser la
filière transport, la filière
hébergement, la filière banque et ensuite
créer un office qui aura tout
cela à charge. Depuis l’échec du Hadj
2006, au mois de décembre, si le
souci des gens était vraiment de mettre de l’ordre
dans ce milieu, on
aurait mis une structure en place qui aurait eu
l’adhésion de tout le
monde et le système serait huilé
aujourd’hui. Mais non, on attend
toujours la dernière minute pour imposer des choses et
après, quand ça
ne marche pas, on rejette la responsabilité sur la
communauté
musulmane. L’échec de l’année
dernière est imputable au ministère de
l’Intérieur. Si cette année encore, il
y a un autre échec, dans les
mêmes conditions, qu’on ne cherche plus de bouc
émissaire.
L’Etat
a fini par s’impliquer dans l’organisation du Hadj
justement parce qu’il y a avait une certaine anarchie dans le
secteur.
Peut-on raisonnablement demander à cet Etat
aujourd’hui de se retirer
et regarder faire ?
On avait voulu plutôt faire croire que cette
anarchie était le fait de
la communauté musulmane… Pour le cas
spécifique du Hadj de l’année
dernière, c’est le ministère qui a
imposé les charters en interdisant
aux compagnies traditionnelles de prendre des gens. Les associations
musulmanes se sont acquittées de tous leurs droits. Donc,
rien ne leur
incombe dans cette affaire. Si le voyage n’a pas eu lieu,
c’est parce
que l’avion n’est pas venu et
çà, c’est le fait de
l’administration.
C’est la même chose que nous risquons de vivre
encore cette année.
Où
en est-on avec la dette du hadj 2004 ?
Je voudrais encore faire appel au Chef de l’Etat
pour lui demander de
se pencher sur la situation des 263 candidats malheureux de 2004. Nous
avons un manque à gagner de 78 millions de francs qui
n’est pas de
notre fait. L’Etat avait déjà
décidé, en conseil des ministres, avec
l’appui du Chef de l’Etat, de prendre en charge la
dette du hadj
2004-2005, et c’est express qu’on nous a exclus.
Mais nous avons eu le
mérite, nous, de faire partir nos pèlerins.
Aujourd’hui, l’argent a été
remboursé en totalité, mais il y a un manque
à gagner parce que la
banque qu’on nous avait imposée nous avait pris un
rial pour 200 F CFA
à l’époque. Aujourd’hui, elle
nous rembourse un rial pour 120 F CFA. Il
y a un manque à gagner. Nous avons demandé au
Chef de l’Etat de bien
vouloir nous couvrir de cette différence pour pouvoir nous
soulager des
différents pèlerins.
Interview
réalisée par
Elvis Kodjo
Source
: fratmat.info
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