
Avec la nouvelle
composition, depuis le jeudi 25 février 2010, de la
Commission électorale indépendante (Cei)
désormais présidée par l’ex
chef de la diplomatie ivoirienne, Youssouf Bakakoyo, on pourrait
affirmer que Laurent Gbagbo a su retourner la situation en sa faveur.
Dans son dernier discours à la nation, le
président de la République a
affiché sa réelle détermination
à totalement
‘’refonder’’
l’institution. Bien que rappelé à
l’ordre par Blaise Compaoré, Laurent
Gbagbo a toutefois su tirer profit de la situation. Contraint de tenir
compte des accords politiques de Ouagadougou (Apo), après le
passage
éclair à Abidjan du facilitateur dans la crise
inter-ivoirienne,
Laurent Gbagbo a néanmoins obtenu, au grand
désarroi de l’opposition,
le départ de Beugré Mambé, pour avoir
‘’mené une opération
illégale,
visant à obtenir l’inscription frauduleuse de 429
030 personnes sur la
liste électorale’’. Sortant, du coup,
victorieux du bras de fer qui
l’opposait, sur la question, au Rhdp (Rassemblement des
houphouëtiste
pour la démocratie et la paix) qui avait fait du maintien de
ce dernier
à la tête de la Cei, un préalable
à toutes discussions. En plus de
Beugré Mambé, le vent de changement, qui a
soufflé sur la structure
nationale chargée de l’organisation des
élections, a également emporté
quatre de ses vice-présidents. Youssouf Bakayoko le nouveau
président
de la Cei est une personnalité qui a le profil qui sied,
à tous points
de vue, à la vision du Chef de l’Etat. Car, bien
qu’élu sous la
bannière du Pdci (Parti démocratique de
Côte d’Ivoire), cet homme qui a
représenté la Côte d’Ivoire
en qualité d’ambassadeur en France, en
Allemagne, en Suisse…est un ‘grand serviteur de
l’Etat’’, comme
l’indiquent diverses sources. Puisqu’au cours de
son allocution à la
nation du vendredi 12 février 2010, Laurent Gbagbo avait
regretté que
certains membres du gouvernement et de la Cei, à
l’instar de Beugré
Mambé, faisait prévaloir des
intérêts partisans, au détriment de
l’intérêt républicain.
‘’Au moment où nous pensions
être au bout de nos
efforts pour avoir des élections propres, nous constatons
qu’en réalité
le processus de paix que nous avons patiemment
élaboré est pris en
otage par des partis politiques à travers leurs
représentants au sein
des institutions chargées de le mettre en œuvre.
Le président de la
Commission Electorale Indépendante (Beugré
Mambé : Ndlr) n’a pas agi
conformément à ce que la nation était
en droit d’attendre de lui ; à
savoir, demeurer rigoureux, neutre et impartial’’
avait déclaré le
président Laurent Gbagbo. Pratiquement
plébiscité lors de son élection
jeudi dernier à la tête de la Cei par 19 voix sur
20, l’ancien ministre
des Affaires étrangères qui a reçu
l’appui de Laurent Gbagbo et de son
parti d’origine le Fpi, est considéré
comme un bon travailleur de
l’Etat. On dit de lui qu’il a un profond respect
pour le chef de l’Etat
qu’il a d’ailleurs accompagné dans ses
différentes visites officielles
à l’extérieur. Ce qui
n’aurait pas plu, par moment, à son parti
politique, qui le suspectait de rouler pour Laurent Gbagbo. Sans jamais
confirmer ou infirmer auprès de l’instance
suprême de son parti ses
accointances supposées avec le chef de la
Présidence de la République,
l’ancien directeur de la Caisse de stabilisation et de
soutien des prix
des productions agricoles en France a pris ses distances avec le Pdci.
Un avantage psychologue que Laurent Gbagbo, candidat à sa
propre
succession et son staff de campagne pourraient mettre à
profit pour la
victoire finale à l’élection
présidentielle annoncée pour fin avril et
début mai 2010.
Claude Dassé