Ivoiriennes,
Ivoiriens,
Mes chers compatriotes,
Chers amis de la Côte d’Ivoire.
Le vendredi 3 décembre 2010, le Conseil constitutionnel de
la République de Côte d’Ivoire a
proclamé les résultats définitifs de
l’élection présidentielle du 28
novembre 2010. Ces résultats sont connus de tous,
à l’intérieur comme à
l’extérieur du pays.
J’ai remporté le scrutin, avec 51, 45 % des
suffrages. Je suis le Président de la République
de Côte d’Ivoire.
Je remercie les Ivoiriens de m’avoir renouvelé
leur confiance.
Conformément à l’article 39 de la
Constitution, j’ai prêté serment, devant
le Conseil constitutionnel réuni en audience solennelle au
Palais de la Présidence de la République, le
samedi 4 décembre 2010.
Le lundi 6 décembre, j’ai nommé un
premier ministre et le premier conseil des ministres du nouveau mandat
s’est tenu au Palais présidentiel le mardi 7
décembre 2010.
Le pays s’est aussitôt remis
complètement au travail. Les mesures de
sécurité, en vigueur durant le scrutin, sont
levées ou allégées, dès le
lundi. Les frontières sont rouvertes et les horaires du
couvre-feu aménagés. L’Etat fonctionne.
L’économie est en route.
Durant tout ce processus, je m’en suis tenu, scrupuleusement,
aux règles établies par notre Constitution. Et
les Ivoiriens, dans leur immense majorité, ont choisi de
suivre la voie de la légalité
républicaine qui garantit le fonctionnement
démocratique des Institutions.
Je remercie les Ivoiriens pour leur attachement à notre
patrie et aux Institutions de la République.
Les troubles que l’on observe aujourd’hui, en
Côte d’Ivoire sont nés du refus de mon
adversaire de se soumettre aux lois, règlements et
procédures en vigueur dans notre pays.
Je tiens donc pour responsables des tueries, des incendies et des
pillages, perpétrés au cours de la marche
insurrectionnelle du Rhdp le 16 décembre 2010, ceux qui,
à l’intérieur comme à
l’extérieur, ont décidé
d’agir contre les lois ivoiriennes. Ils nous font la guerre,
non pas parce que nous aurions empêché
l’expression démocratique des Ivoiriens, mais
parce qu’ils renient au peuple ivoirien son droit souverain
de choisir lui-même ses dirigeants, de respecter les
Institutions qu’il s’est donné et de
vivre dans un pays libre.
Selon les lois ivoiriennes, en effet, la Commission
électorale indépendante (Cei), organise les
élections et en proclame les résultats
provisoires. Il revient au Conseil constitutionnel, et à lui
seul, de proclamer les résultats définitifs.
L’article 59 alinéa 2 du code électoral
stipule que la Commission électorale indépendante
« procède aux opérations de collecte et
à la proclamation des résultats provisoires, au
niveau national et en présence des représentants
des candidats».
Dans une note circulaire en date du 13 novembre 2010, la Cei
elle-même, a indiqué que cette
«proclamation des résultats globaux par le
Président de la Cei se fait en séance publique en
présence des Commissaires centraux».
Au lieu de cela, à quoi avons-nous assisté ? Le
jeudi 2 décembre 2010, Monsieur Youssouf Bakayoko,
président de la Cei, se retrouve, contre toute attente,
à l’Hôtel du Golf, Quartier
général de campagne de mon adversaire.
Là-bas, seul, sans les commissaires centraux ni les
représentants des candidats, il a proclamé des
résultats de l’élection
présidentielle en violation de toutes les dispositions
légales et réglementaires régissant la
Cei.
Il est évident que ces résultats sont nuls et de
nul effet. Et c’est en se fondant sur ces
résultats que la communauté internationale
déclare la guerre à la Côte
d’Ivoire. Cela n’est pas acceptable et cela ne sera
pas accepté.
La vérité, c’est
qu’à la fin du deuxième tour de
l’élection présidentielle, la Cei
n’a pas été capable de proclamer les
résultats provisoires dans les délais prescrits
par la loi, soit 72 heures après la clôture du
scrutin. Elle a plutôt donné au monde entier, le
spectacle affligeant d’une Institution bloquée par
ses contradictions internes, étant composée de
représentants des partis politiques et de la
rébellion armée.
La Cei a failli. Il revenait au Conseil constitutionnel de se saisir du
dossier. Ce qu’il a fait.
Je rappelle que la Commission électorale
indépendante (Cei) est une autorité
administrative tandis que le Conseil constitutionnel est la plus haute
juridiction de la Côte d’Ivoire. Les deux
Institutions ne sont pas comparables et il est illégitime de
les comparer. Leurs décisions sont de natures
différentes. Elles n’ont pas les mêmes
fondements, ni la même portée.
Aux termes de l’article 2 du code électoral, les
missions de la Cei sont d’assurer notamment :
La garantie sur toute l’étendue du territoire
national et à tous les électeurs, du droit et de
la liberté de vote;
Le contrôle de la régularité du
déroulement des opérations de vote, de
dépouillement des bulletins de vote et de recensement des
suffrages;
La collecte des Procès-verbaux des opérations de
vote et la centralisation des résultats ;
La proclamation provisoire ou définitive des
résultats de toutes les élections à
l’exception de l’élection
présidentielle et du referendum pour lesquels la
proclamation définitive des résultats
relève de la compétence exclusive du Conseil
constitutionnel.
Mes chers compatriotes,
Chers amis de la Côte d’Ivoire.
L’élection du 28 novembre 2010 est bien une
élection présidentielle. Il fallait attendre la
décision du Conseil constitutionnel pour connaître
les résultats définitifs et le nom du vainqueur.
J’ai attendu que le droit soit dit.
Les troubles qui endeuillent aujourd’hui mon pays font suite
aux déclarations tendant à faire croire que la
qualité de Président de la République
de Côte d’Ivoire peut échoir
à une personne autre que celle qui est proclamée
élue par le conseil constitutionnel.
Le bilan de ces troubles est lourd: Pour la seule journée du
jeudi 16 décembre 2010, nous avons enregistré 20
morts dont 10 membres des forces de l’ordre, tués
par balles.
Je salue la mémoire de nos hommes, nos Forces de
Défense et de Sécurité,
tombés au champ d’honneur. Je salue la
mémoire de toutes les personnes mortes au cours de ces
journées de folie. Elles sont nos martyrs, les martyrs de la
République. Elles sont mortes pour défendre la
Constitution ivoirienne et les institutions qui l’incarnent.
Je souhaite prompt rétablissement à tous ceux et
à toutes celles qui sont blessés. Je souhaite du
courage à ceux, et ils sont nombreux, qui ont vu leurs
maisons pillées et incendiées.
On veut nous terroriser mais il ne faut pas croire que les
légalistes vont le céder à ceux qui
ont pris la voie de l’illégalité. Ceux
qui respectent la constitution et donnent leur vie pour la
défendre ne vont pas le céder à ceux
qui veulent saper les fondements de la République et de la
démocratie.
Mes positions sur la conquête et l’exercice du
pouvoir sont connues. Pour moi, il ne faut pas vouloir le pouvoir pour
le pouvoir. On veut le pouvoir pour servir le peuple. Le pouvoir ne
peut pas servir de moyen pour faire souffrir le peuple. Je ne veux plus
que le sang soit versé. Je ne veux plus de guerre. Je ne
veux pas que le sang d’un seul ivoirien soit
versé. Je ne veux pas d’une guerre en
Côte d’Ivoire qui peut
s’étendre aux pays voisins ou les affaiblir.
Je suis donc prêt, dans le respect de la constitution, des
lois ivoiriennes et des procédures que nous nous sommes
librement données, à accueillir un
comité d’évaluation sur la crise post-
électorale en Côte d’ivoire. Ce
Comité, dirigé par un représentant de
l’Union Africaine, et comprenant des représentants
de la Cedeao, de l’Uemoa, de la Ligue Arabe, des Nations
Unies, des Etats-Unis, de l’Union Européenne, de
la Russie et de la Chine, aura pour mission d‘analyser
objectivement les faits et le processus électoral, pour un
règlement pacifique de la crise.
Ce Comité devra également comprendre des
Ivoiriens de bonne volonté.
Je lance un appel à toutes les personnalités qui
se trouvent encore à l’hôtel du Golf de
regagner leurs domiciles. Personne ne les a contraints à se
réfugier dans cet hôtel. Personne ne les
empêchera d’en sortir. Elles sont libres de leurs
mouvements.
J’appelle les Ivoiriens à la retenue. Nous avons
demandé le départ de
l’Opération des Nations Unies en Côte
d’Ivoire (Onuci) et des forces françaises qui la
soutiennent. Notre démarche s’est faite par la
voie diplomatique. C’est par la voie diplomatique que nous
entendons obtenir satisfaction sur cette exigence capitale, pour notre
souveraineté.
Je demande aux jeunes de rester calmes. L’Onuci et les Forces
françaises partiront de Côte d’Ivoire
mais nous ne voulons pas de morts inutiles. Nous avons encore tous en
mémoire les douloureux souvenirs des
événements de novembre 2004.
Aujourd’hui en 2010, comme hier en 2002, 2003, 2004, 2007, je
tends la main du dialogue. Je tends la main à
l’opposition, à Monsieur Ouattara, comme
à la rébellion armée qui le soutient.
J’ai confiance en notre capacité à
construire une nation dans la paix, la démocratie et la
prospérité. Quittons le chemin de la guerre.
Reprenons notre marche vers le progrès dans la paix.
Que Dieu bénisse la Côte d’Ivoire!
Que Dieu bénisse les Ivoiriens !
Que Dieu bénisse l’Afrique !
Je vous remercie.