
"Nous sommes livrés à
nous-mêmes": les pensionnaires de Marchoux (près
d'Abidjan), derniers "survivants" du premier village de
lépreux en Côte
d'Ivoire crient à l'abandon, oubliés selon eux,
par leurs familles et
les autorités publiques.
"Nous sommes les derniers survivants, livrés à
nous-mêmes, les
familles nous ayant abandonnés", explique Dosso, 69 ans,
l'un des vingt
lépreux vivant encore à "Gnankanassi"-Marchoux
("Dieu merci" en langue
locale Ebrié).
"C'est tout récemment que j'ai reçu la visite de
mes parents",
raconte avec amertume cet homme qui a passé 38 ans dans ce
site
construit en 1950 au bout d'une route cahoteuse, en bord de lagune.
Le village tire son nom d'Emile Marchoux (1862-1943), un
médecin-chercheur français,
spécialiste de la lèpre, connu pour son
combat en faveur d'un traitement plus humain des lépreux qui
devait
passer, selon lui, par l'aménagement de villages
spéciaux où les
malades pouvaient vivre selon leurs coutumes.
Il y a dix ans, le village abritait encore une centaine de malades,
dont certains originaires du Mali, du Burkina, du Niger et du
Bénin, se
souvient un habitant qui attribue les nombreux
décès à la "solitude,
l'isolement et la pauvreté".
Les "survivants" de Marchoux sont certes guéris
grâce au traitement
à base d'antibiotiques qui, depuis 1981, permet de
détruire le bacille
responsable de la maladie. Mais ils gardent tous de graves
séquelles
avec des pieds et des mains blessés, voire
amputés, ou le visage
déformé.
Handicapés et dépourvus d'allocations, ces
malades dépendent
entièrement des quelque 500 habitants du village, quasiment
tous des
descendants d'ex-pensionnaires.
Electrifié et doté d'adduction d'eau potable,
mais aussi d'une
école et d'un dispensaire, Marchoux était
à sa création un village
modèle. Il est aujourd'hui victime d'une
"paupérisation grandissante"
en raison de l'absence d'activités commerciales, expliquent
ses
habitants.
"Avant, nos femmes vendaient le produit de notre pêche", une
activité maintenant sinistrée avec la
raréfaction des poissons dans la
lagune, explique Ernest, 55 ans, les yeux cachés par de
larges lunettes
noires, admis dans le village en 1967.
Refusant le rôle de "mendiants toujours prêts
à tendre la main",
les "survivants" de Marchoux espèrent créer des
projets agricoles, des
"élevages de porcs ou de volailles", pour éviter
la disparition du
village.
"Nous sommes les derniers et notre rêve serait de laisser un
village avec des hommes valides en activité pour
perpétuer la mémoire
des centaines de malades qui y ont séjourné",
plaide Dosso.
Outre le village de Marchoux, la Côte d'Ivoire dispose de
trois
centres de traitement de malades de la lèpre, dont le plus
important
est l'Institut Raoul Follereau d'Adzopé (est).
En janvier, le ministre ivoirien de la Santé,
Rémi Alla Kouadio, a
indiqué que 1.156 nouveaux cas avaient
été dépistés en 2007 en
Côte
d'Ivoire et que 1.367 malades recevaient un traitement.
"Depuis 2001, la lèpre n'est plus un problème de
santé publique en
Côte d'Ivoire où, sur 10.000 personnes, moins
d'une personne est
lépreuse", a-t-il souligné.
"Néanmoins, notre pays figure parmi les pays d'Afrique dont
le
dépistage annuel reste encore élevé",
a déploré M. Alla, notant la
"persistance de foyers ou de zones
d'hyper-endémicité à l'Ouest et au
Nord".
"Nous sommes livrés à nous-mêmes": les
pensionnaires de Marchoux
(près d'Abidjan), derniers "survivants" du premier village
de lépreux
en Côte d'Ivoire crient à l'abandon,
oubliés selon eux, par leurs
familles et les autorités publiques.