Pour être
essentiel et franc je réponds non. Témoin aussi
le gazouillis
révélateur qui trahit l'incohérence
langagière de la hiérarchie
ex-rebelle sur le départ de ces com-zones qui refusent
d'être des
«ex-»
alors que dans le même temps, les zones
assiégées par eux sont devenues
des «ex-zones assiégées»,
leurs troupes devenues des «ex-rebelles»
après démobilisation. Il ne manque plus qu'eux
à l'appel du préfixe
«ex» qui les attend avec impatience pour boucler
son programme de
restauration de l'autorité de l'Etat. Mais avec ce que
j'entends ici et
là, il semble que ce n'est pas pour demain. Si pour le
politiquement
correct, «les com-zones» disparaîtront
progressivement (dixit Méïté
Sindou, porte-parole du Premier ministre Soro Guillaume), pour le
militaire qui ne fait pas dans la langue de bois et qui
connaît l'état
d'esprit de ses hommes, «les com-zones ne s'effaceront
pas» (dixit le
général Soumaïla Bakayoko, Chef d'Etat-
Major des Fafn, cf. Frat-Mat du
02/03/09).
Lecteurs miens, il n'y a pas de hasard, et tout finit un
jour par se savoir. L'emploi des deux verbes
(disparaître/s'effacer)
renvoie à deux représentations
différentes touchant le futur
problématique des com-zones. Ce qui, du reste, n'est pas
signe de
cohérence du groupe. On le sait, un homme qui s'efface est
un homme qui
disparaît plus ou moins. Mais un homme effacé
n'est guère un homme
disparu. Le premier est en retrait, ne se fait pas voir, reste dans
l'ombre, est discret. Quant au second, c'est-à-dire l'homme
disparu, il
a cessé d'être visible ou cesse d'exister. Il a
pour synonyme «mort».
La guerre étant finie, les zones
assiégées étant désormais
des ex-zones
assiégées, les rebelles devenus des ex-rebelles,
la logique impose la
disparition des com-zones. Or les com-zones n'entendent pas et n'ont
jamais entendu les choses de cette façon. Ainsi la phrase du
général
Soumaïla Bakayoko s'oppose à la logique
sus-mentionnée. Non seulement
les com-zones ne disparaîtront pas, mieux ils ne s'effaceront
pas,
c'est-à-dire qu'ils ne resteront ni discrets ni à
l'ombre de qui que ce
soit. Le message est clair. Et pour nous qui observons attentivement
l'actualité de notre pays mené à
l'évidence par l'absurde, pays où
l'informel devient formel, le provisoire devient le
définitif,
l'anormal devient normal… il y a de fortes chances que le
général
Soumaïla ait raison. Ce qui ne me surprendra pas, car depuis
le
folklorique et indécent Accord de Linas-Marcoussis, c'est la
volonté
des rebelles qui s'impose à la République et non
l'inverse. Dans le
langage des gens fatigués (cf. le slogan «on est
fatigués ! ») on
appelle cela «sacrifices pour aller à la
paix». Or les rebelles même
devenus ex-rebelles nous rappellent quand ils veulent et avec
mépris,
qu'ils ne sont pas demandeurs de paix… Il semble, selon leur
secrétaire
général, Soro Guillaume, que les com-zones sont
de «vrais
administrateurs» (cf. Le Temps du Vendredi 27/02/09).
Autrement dit
«ses» administrateurs formés sur le tas
seraient aussi vrais que les
administrateurs formés par l'Etat de droit
(préfets, sous-préfets…).
Qui va se négliger ? En avant donc pour les calculs !
Quand je
regarde après cette interrogation le paradigme des
promotions de la
hiérarchie politico-militaire des rebelles qui acceptent de
rentrer
dans la République, je me dis qu'il n'est pas juste
d'écrire par
exemple que sur le départ des com-zones, Soro joue
à cache-cache avec
les ivoiriens (cf. l'article de Délon's Zadé, in
Notre Voie n° 3219 DU
28/02/09. Ainsi dans ledit paradigme l'on voit que Soro, pour son
premier métier est Premier ministre, que Siriki
Konaté porte-parole des
FN est aussi ministre, que l'ex-officier des FANCI, Soumaïla
Bakayoko
est aujourd'hui avec l'APO, Chef d'Etat-Major des Armées au
même rang
que le CEMA des FDS-CI, Mangou Philipe, nommé par le Chef de
l'Etat…
donc des gens désormais convertis et à l'abri.
Pourquoi les com-zones
dont le futur se joue dans ce paradigme ne pourraient-ils pas
être des
administrateurs au même titre que ceux sortis de l'ENA ?
Ainsi la
bouche des placements des hommes sera bouclée. Je me
souviens qu'une
fois revenu de Ouaga après la signature de l'APO, Soro avait
dit avec
assurance à ses hommes et principalement à ses
com-zones «je ne vous
trahirai pas !». Il est donc dans la logique de cet
engagement qui,
bien compris, n'envisage pas le départ des com-zones mais
leur
cohabitation active avec les préfets, signe de leur
intégration
imminente dans la haute administration. Ce qui ne serait pas nouveau,
les militaires le font déjà avec le
CCI…
Enfin avec la phrase
«les com-zones ne s'effaceront pas», il faut
comprendre une bonne fois
pour toutes que les com-zones seront à la restauration de
l'autorité de
l'Etat ce qu'est déjà le désarmement
aux élections et à la sortie de
crise. Il faut faire avec et on n'en parle plus. Ainsi va la vie quand
le mal penètre le bien et s'impose à lui. Allah
yé dêmê (Que Dieu nous
aide !).
Au total, ce n'est donc pas Soro qui joue à cache-cache
avec les ivoiriens ou les feinte, car il sait froidement où
il va et ce
qu'il veut. Il me semble que ce sont les ivoiriens qui,
fatigués ou
devenus frigides, acceptent tout désormais y compris le
mélange des
serviettes et des torchons. Ce qui ne peut guère
être à leur avantage…
Réveillons-nous !
Koné Dramane direbien@live.fr