
La fête a
tourné court. Dimanche, le second tour de la
présidentielle qui doit départager le
président sortant, Laurent Gbagbo, et son rival, Alassane
Ouattara, s'est déroulé dans un climat
d'inquiétude et de méfiance. Les embrassades qui
avaient conclu la première partie du scrutin semblent loin.
Au cours des derniers jours de la campagne électorale, les
petites phrases assassines se sont multipliées, exacerbant
la tension.
L'issue du duel opposant Laurent Gbagbo à Alassane Ouattara
s'annonce plus incertaine que prévu. «On se
méfie, on se demande ce qui va se passer»,
déclarait dimanche Eugénie à la sortie
d'un bureau de vote à Blockhaus, un quartier d'Abidjan.
L'annonce, samedi matin, de l'instauration immédiate d'un
couvre-feu dans tout le pays jusqu'à mercredi a
semé le trouble. Les Ivoiriens se sont aussitôt
rués dans les boutiques pour faire des provisions. Dans le
centre-ville, la vie s'est brusquement ralentie.
La décision abrupte de Laurent Gbagbo de montrer
à ses adversaires qu'il détient toujours toutes
les clés du pouvoir a surpris jusqu'à ses propres
troupes au sein de la majorité présidentielle
(LMP). Les partisans d'Alassane Ouattara y ont vu une
volonté de «frauder les
résultats» du scrutin.
Manœuvres d'intimidation
Dimanche, le calme régnait cependant à Abidjan.
Seule la mort de trois hommes tués par la police au cours
d'une manifestation, samedi à Abobo, un fief de Ouattara
dans la banlieue d'Abidjan, et celle d'un supporteur du
président sortant dans l'ouest du pays, ont
entaché le déroulement du scrutin. Selon un
diplomate qui s'avouait «perplexe», l'instauration
d'un couvre-feu «n'est en rien justifiée
».
Samedi, les discussions menées sous l'égide du
président burkinabé, Blaise Compaoré,
médiateur dans la crise ivoirienne, avaient permis d'obtenir
la promesse d'une levée du couvre-feu. Alassane Ouattara
avait même annoncé hier que c'était
chose faite. Mais peu après, Laurent Gbagbo indiquait que le
couvre-feu en vigueur depuis samedi soir serait
«maintenu» et tout au plus
«aménagé ».
Dimanche, à Yopougon, une commune
périphérique d'Abidjan, les électeurs
se pressaient devant les bureaux de vote, mais sans s'attarder plus que
nécessaire. Tout comme à Port-Bouët,
quartier du sud de la ville, où les Patriotes, des
étudiants proches de Laurent Gbagbo, avaient fait leur
réapparition, s'installant aux abords des centres
électoraux. «L'atmosphère est un peu
crispée, mais à Abidjan, le scrutin se
déroule normalement », constatait un observateur
international. En revanche, dans des régions
supposées peu enclines à soutenir le
président sortant, des rapports, pas encore
confirmés, faisaient état de manœuvres
d'intimidations auprès des électeurs.
Les interrogations se concentraient surtout autour de la Commission
électorale indépendante (CEI). Lors du premier
tour, cet organisme, chargé d'organiser le scrutin, avait
montré d'inquiétants signes de
désorganisation. Les observateurs de l'Union
européenne n'ont pas été
autorisés à assister aux opérations de
dépouillement. Un officiel étranger en poste en
Côte d'Ivoire confiait «se faire un peu de souci
pour le dépouillement des bulletins de vote, la phase la
plus importante. Elle doit absolument être transparente pour
éviter les contestations ». Les premiers
résultats sont attendus ce matin.