Tous les ingrédients
sont désormais réunis pour un retour à
la case départ dans la résolution de la crise
ivoirienne. Positions tranchées, discours
musclés, reprise des activités des mouvements de
soutien, médiation, déclarations de la
communauté internationale, les signes parlent
d'eux-mêmes, et le schéma d'un retour, huit ans en
arrière, se dessine à petits pas. Tout semble en
effet dire que l'accord politique de Ouagadougou, qui avait pourtant
suscité tous les espoirs pour un retour à la paix
en Côte d’ Ivoire, n'aura été
que le fruit d'une vaine discussion et une perte de temps. Les efforts
déployés, les sacrifices consentis et leurs
acquis, sont en train de fondre comme du beurre au soleil dans le bras
de fer que se livrent M. Gbagbo et M. Ouattara, depuis l'annonce des
résultats du second tour de l'élection
présidentielle. Les deux leaders se réclament en
effet vainqueur du scrutin, et affichent de part et d'autre une
détermination sans pareille, à demeurer dans
cette posture. Aucune des deux personnalités n'entend
lâcher du lest. A preuve, les Ivoiriens ont eu droit
à deux résultats avec deux présidents,
l'un retranché à l'hôtel Golf de Cocody
Riviera, et l'autre assis au palais du Plateau. Il y a eu aussi deux
prestations de serment, la nomination de Premier ministre de chaque
côté et donc de deux gouvernements, et il ne
faudrait pas s'étonner d'avoir bientôt deux
armées qui se regardent en chiens de faïence.
Exactement comme au début de la crise. Autre fait
remarquable, qui rappelle la période de 2002, c'est le repli
sur soi dans les deux camps. En tout cas, au niveau militaire,
l'embryon de l'armée nouvelle
réunifiée de la Côte d'Ivoire, la force
mixte chargée de la sécurisation des
élections, à savoir le Centre de Commandement
Intégré (CCI), n'existe plus que de nom. Les
Forces de défense et de sécurité qui
avaient été déployées dans
les zones centre, nord et ouest, ont été
rappelés par leur hiérarchie, le lendemain des
élections. Idem pour les Forces armées des Forces
nouvelles (Fafn), dont les hommes, déployés dans
les zones sud, ont également été
priés de regagner leur base. D'autres sources militaires
indiquent que les forces ex-belligérantes ont
commencé à reprendre les positions qu'elles
avaient sur les lignes de front, avant l'avènement de
l'accord politique de Ouagadougou. Les discours ont changé,
les positions aussi. Le Premier ministre Guillaume Soro, chef de
l'ex-rébellion, a repris sa lutte là
où il l'avait suspendue. Il veut désormais le
départ de Laurent Gbagbo du pouvoir, après
l'avoir fait accepter de ses camarades de lutte au nord. Le
président Gbagbo, accompagné de l'ex-chef
rebelle, avait parcouru la quasi-totalité des
régions du nord. Il n'est pas sûr qu'aujourd'hui,
le père de la refondation bénéficie du
même accueil dans le Soroland que ce fut le cas pendant les
visites d'Etat. Le Premier ministre Guillaume Soro qui en retour avait
pu compter sur l'estime, sinon une trêve dans son conflit
avec le pouvoir Gbagbo, sait désormais que son ralliement
à Alassane Ouattara, remet tout en cause. Cette situation ne
manquera pas d'exacerber les positions au niveau des militants des deux
camps, et de réveiller les vieux démons. Les
discours haineux, les manifestations de protestations qui ont longtemps
entretenu cette guerre, pourraient reprendre, faisant ainsi voler en
éclats, si ce n'est déjà fait, les
amitiés créées ou recollées
à la faveur de l'accord de Ouagadougou et du partage du
pouvoir. Des couleuvres ont été
avalées, au nom de la paix, mais elles ne semblent pas
mortes. Et depuis le vendredi 03 décembre dernier, date de
la proclamation, par le Conseil constitutionnel, des
résultats définitifs du second tour de
l'élection présidentielle ivoirienne, donnant le
candidat Laurent Gbagbo vainqueur, la Côte d'Ivoire semble
sur le chemin du retour à la case départ.
Hamadou ZIAO