* Leurs stratégies pour
piller les caisses
En témoigne la grève de 72h
décrétée récemment par les
cadres
supérieurs de la santé pour protester contre le
non-respect de la
décision de revalorisation de leur salaire, pourtant
prévue au budget
2008. En témoigne également la mesure prise par
le ministère de
l’Economie et des Finances de réduire de 10 % les
budgets de
fonctionnement affectés cette année aux
institutions et structures
étatiques, dans le cadre de la correction du budget 2009,
telle que
préconisée par les bailleurs de fonds.
L’Etat est donc financièrement
en panne. Selon une source bien introduite auprès du
ministère du Plan
et du développement , cette raréfaction des
ressources n’a pas mis fin
à certaines pratiques des hauts cadres de l’Etat,
et plus généralement
d’une frange de fonctionnaires, consistant à
détourner, par des
stratagèmes, d’importantes ressources mises
à leur disposition par les
pouvoirs publics. Au nombre des stratagèmes mis au point
pour pomper
l’argent de l’Etat, révèle
notre informateur, figurent en bonne place
les séminaires, ateliers, états
généraux, colloques etc. Pour lui, ce
type de rencontre ne vise qu’à justifier des
sorties d’argent d’où
puisent les initiateurs de ces cérémonies et une
catégorie de
participants. " Pour s’en mettre plein les poches, les
ministres, les
directeurs organisent des ateliers, des séminaires, qui ne
sont que des
moyens pour certains agents de l’Etat de combler les
disparités
salariales dont ils sont victimes. Ces activités sont des
occasions de
gonfler les chiffres pour faire sortir d’importantes sommes
d’argent
qui atterrissent dans les poches des organisateurs de ces
événements.
Les fournitures didactiques nécessaires à la
tenue des ateliers, les
indemnités ou perdiems des participants, tout est
prétexte à des
sorties d’argent. La preuve, plus de 75 % du budget de
fonctionnement
d’une direction d’un ministère de
l’Etat est consacré à
l’organisation
d’ateliers. ", a confié notre interlocuteur qui a
ajouté que c’est le
même souci de se remplir les poches qui explique les visites
qu’effectue chaque nouveau responsable d’un
département ministériel
dans les structures et institutions qui sont sous sa tutelle. Ces
visites sont des prétextes à des sorties
d’argent pour le carburant et
parfois la location de véhicules pour le
déplacement. " Sinon, comment
expliquez-vous qu’au lieu d’exploiter le
résultat de l’état des lieux
fait par son prédécesseur après une
visite des structures sous sa
tutelle ou les actes d’un séminaire ou des
états généraux organisés
par
celui-ci, son successeur choisisse de reprendre tout à
zéro ? C’est en
réalité une stratégie pour " manger "
subtilement ", a souligné notre
source. Selon elle, certains hauts fonctionnaires n’ont
d’autre choix
que d’agir ainsi pour rattraper ce qu’ils perdent
du fait de certaines
disparités salariales favorisées par les
revalorisations à la tête du
client auxquelles procède le gouvernement ces
dernières années. Des
agents d’une même catégorie sociale sont
frustrés de percevoir un
salaire de loin plus bas que celui de leurs homologues de
même
catégorie. " Chaque fois qu’une corporation fait
pression sur le
gouvernement, elle bénéficie d’une
revalorisation salariale, au mépris
des dispositions de la loi du travail régissant la Fonction
publique.
Une situation qui crée des disparités salariales
que certains essaient
de compenser par ces pratiques. C’est tout cela qui explique
les
dépassements budgétaires dont parlent les
bailleurs de fonds ",
a-t-elle expliqué, citant l’exemple des
décisions d’augmentation de
salaire des médecins, magistrats, agents des Eaux et
forêts et de la
Police maritime. Selon notre interlocuteur, ces mêmes
pratiques
menacent les ressources dont le pays pourrait
bénéficier au cas où la
Côte d’Ivoire serait élue à
l’initiative PPTE (pays pauvre très
endetté). " L’argent qu’on attend de
l’allègement de la dette avec
l’initiative PPTE risque de ne pas servir au
développement du pays
puisque dans le document élaboré par la
Côte d’Ivoire, une bonne partie
de cet argent est destinée à
l’organisation de séminaires, ateliers,
colloques... ", avertit ce cadre du ministère du Plan et du
développement.
par
Assane NIADA