Qui se cache derrière
cette nébuleuse, baptisée « commando
invisible » qui sévit depuis quelque temps
à Abobo, commune réputée fief
d’Alassane Ouattara, président
déclaré élu par la Commission
électorale indépendante ( Cei) ? Cette question
taraude aujourd’hui l’esprit de la
quasi-totalité des Ivoiriens. Des soldats de
l’Ecomog sont soupçonnés
d’être derrière ce commando invisible.
Abobo est depuis des semaines le théâtre de
combats à l’arme lourde entre forces loyales
à Laurent Gbagbo et ces combattants. Les Fds tentent, non
sans peine, de traiter « ce kyste militaire » dont
les tentacules touchent presque toute la commune du maire Rdr et par
extension, la commune d’Anyama. Cet état de fait
est intimement lié à l’appel
à la révolution générale
lancé par le Premier ministre Soro Guillaume, qui
n’a plus foi en une solution diplomatique de l’UA,
qui vient d’ailleurs de renvoyer à fin mars, les
décisions « contraignantes » attendues.
« Ces rebelles » sont dotés
d’armes de guerre et d’armes lourdes »,
avait fait remarquer le colonel-major Babli Gohourou, porte-parole des
Fds, au plus fort des combats. Quel est donc ce « commando
invisible », aux méthodes militaires
très raffinées et qui disposent d’armes
de guerre sophistiquées et d’armes lourdes ? Si
l’on en croit des sources militaires, il y a un axe direct
entre ce « commando invisible » et
l’Ecomog, la force de la Cedeao, dont les soldats
constitueraient l’ossature. Ce « commando invisible
» serait en fait, selon nos sources, les phalanges des
soldats de l’Ecomog, dont la présence en
Côte d’Ivoire avait été
signalée à Bouaké par la presse au
mois de janvier dernier. Ce serait une force composée,
notamment de militaires burkinabè, togolais,
nigérians et sénégalais dont Soro
Guillaume aurait obtenu récemment la mise sur pied lors de
ses tournées dans les capitales de ces pays. Les trois
derniers pays auraient puisé dans le lot des anciens soldats
de l’Onuci en Côte d’Ivoire tandis que le
Burkina-Faso, lui, aurait déversé, directement
ses hommes à Bouaké. Le journal
français « France-Soir » avait
récemment vendu la mèche, indiquant que les
Forces armées des Forces nouvelles ( Fafn)
s’apprêtaient à passer à
l’offensive, avec l’appui logistique, notamment
« des forces militaires basées en Côte
d’Ivoire ».
Pour l’heure, il est impossible de déterminer le
nombre d’hommes qui opèrent, selon nos sources,
sous le commandement d’un certain « Oulata Gaoudi
», un colonel des Fds admis à faire valoir ses
droits à la retraite, directeur de campagne locale
d’Alassane Ouattara à
Duékoué. Ahoua Don Melo, porte-parole du
gouvernement Aké N’Gbo, évalue ce
commando entre 300 et 500. Pour lui, ce sont des "rebelles"
très "mobiles", "camouflés en civils" et
dotés "d`armes lourdes, de lance-roquettes et de
kalachnikov". Leur parfaite maîtrise de l’outil
militaire, leur tactique de guérilla urbaine qui consiste
à tendre des embuscades mortels aux Fds, convainc
l’état-major des Fds de ce qu’ils ont
affaire à des « soldats de métier,
voire des combattants aguerris et bien entrainés
».
Ce commando serait donc la tête de pont de
l’Ecomog, dont le déploiement des
éléments se fait silencieusement, dans la
discrétion la plus totale, en Côte
d’Ivoire, pour ne pas exposer les ressortissants des pays
membres à des représailles des pro-Gbagbo.
L’Ecomog s’infiltre donc progressivement dans les
quartiers fortement pro-Ouattara depuis un certain temps, pour passer
à l’attaque le moment idéal. Les
combats actuels visent un seul objectif. Fragiliser les Fds, saper le
moral des troupes en vue de faire le maximum de ralliement dans leurs
rangs. D’où les incessants appels
lancés par le capitaine Alla Kouadio Léon
« à ses frères d’armes
». A Anyama, commune déjà
tombée entre leurs mains, le portrait que l’on
fait de ces soldats donne froid dans le dos. « Ils sont
gaillards, robustes, encagoulés, tout de noir
vêtu, portent des fusils d’assaut et disposent de
lunettes infra rouges », soutient un habitant de cette
commune. L’un des 12 soldats de ce commando,
arrêtés vendredi dernier à
Anyama-Adjamé, un village d’Anyama, aurait en sa
possession « une carte d’identité
d’un pays de la sous-région ouest africaine
», soutient la même source. « Ayant
découvert le vrai visage de ce commando invisible, les Fds
ont choisi de déployer des commandos
d’élite de l’armée ivoirienne
», nous a confié une source proche de
l’état-major.
Les prochains jours seront déterminants pour la suite des
événements.
Armand B. DEPEYLA