Soir Info-3/7/2007
Il a
été
procédé
à plusieurs arrestations suite à
l’attaque contre
l’avion du Premier ministre ivoirien Guillaume Soro,
à l’aéroport de
Bouaké. Les premières enquêtes qui ont
été menées sur les lieux du
crime ont permis de découvrir trois sites où les
tueurs étaient
embusqués, ainsi que du matériel de guerre. Selon
une source au sein
des Forces nouvelles, que nous avons interrogée, les
assaillants
étaient non loin de la piste d’atterrissage. Mais
jusqu’à samedi, les
enquêteurs, rapporte notre source,
n’étaient pas en mesure de prouver
que les personnes arrêtées avaient un lien
avéré et établi avec cet
attentat. Le mystère est d’autant plus grand que
même l’identité des
assaillants est encore une boule de gomme. Si pour l’instant,
les
enquêtes ont du mal à avancer, les
soupçons, toujours selon notre
interlocuteur, sont dirigés vers des personnes au sein des
Forces
nouvelles qui, en réalité, n’ont jamais
admis que leur leader Soro
Guillaume ait accepté de signer un accord de paix avec
Laurent Gbagbo.
Ils accuseraient le Premier ministre de trahison. A ce sujet
d’ailleurs, Konaté Sidiki, actuel ministre du
Tourisme et homme de main
du Premier ministre, a laissé entendre, le vendredi dernier,
à Bouaké,
que “ quand on parle de trahison, c’est
qu’il y a eu échange. Or depuis
deux mois, avons nous donné ou reçu quelque chose
? ” En tous cas, pour
l’instant, les supputations vont bon train sur les auteurs et
autres
commanditaires de cette attaque qui donne une douche froide au
processus de paix. Toutefois, la direction des Forces nouvelles
n’entend pas classer cette affaire d’attentat sans
suite. Le Premier
ministre Soro, qui tient absolument à ce que la
vérité éclate, n’exclut
aucune piste pouvant conduire aux malfaiteurs. “ La seule
chose que je
demande, c’est que je veux que la
vérité éclate. Je veux savoir ce qui
s’est passé, qui l’a fait et pour quelle
raison cela a été fait ”, a
indiqué le Premier ministre, avant-hier dimanche 1 juillet,
à Bouaké.
Pour traquer donc les auteurs et autres commanditaires de cet attentat,
Soro Guillaume a déjà concocté un
premier plan qu’il entend justement
mettre en œuvre. Il l’a d’ailleurs
dévoilé au cours des échanges
qu’il
a eus avec une délégation du Rassemblement des
républicains (Rdr) ce
même dimanche. Il s’agit, en effet, de miser sur
les recherches
balistiques. C’est à dire, étudier le
type d’arme utilisé par les
terroristes, le mouvements des projectiles vers l’avion et
surtout
connaître leur provenance. A ce sujet, Soro a
laissé entendre que “ la
chance qu’on a, c’est que même
d’une roquette, vous pouvez remonter au
stock et à qui l’a vendu. Donc, on peut savoir
tout cela. Ce n’est donc
pas compliqué. ” Le Premier ministre a fait
également savoir qu’il
dispose d’un certain nombre d’informations
qu’il compte également
exploiter. Il a souligné, notamment, qu’
“on m’a montré une cassette
où
des gens ont filmé. Mais, ce sont des gens qui ont quasiment
passé
toute la nuit là bas, puisqu’il y avait des
boîtes de sardine, du pain.
Ils ont dormi pour attendre. Ce qu’ils ont fait m’a
l’air d’être très
professionnel, surtout qu’ils étaient
embusqués. Il y avait même
au-delà un endroit pour leur repli. Donc c’est
quelque chose qui a
certainement été étudié
pendant longtemps ”. Sachant donc tout cela,
Soro a confié, à son entourage, qu’il
sollicitera des experts qui
mèneront à l’aéroport de
Bouaké, lieu du crime, une étude approfondie
des sites où les agresseurs avaient pris position. Il sera
question à
ce niveau de déceler les mouvements de ces derniers et
suivre leurs
traces. Une autre stratégie consistera à
renforcer la surveillance des
frontières, de sorte que les assaillants ne puissent pas
quitter la
ville. Il faut rappeler que l’avion du Premier ministre, un
Fokker 100,
a été atteint par des rafales de kalachnikov et
des tirs de roquettes
qui ont troué sa carlingue sur le flanc droit,
détruisant une partie de
ses cabines arrosées de sang. 4 personnes de la
délégation de Soro
Guillaume ont été tuées et une dizaine
d’autres blessées. Le Premier
ministre, qui se rendait à Bouaké pour
présider l’installation des
magistrats dans le cadre des audiences foraines, a
été épargné. La
ville de Bouaké s’est remise du choc
qu’elle a ressenti du fait de
cette attaque. Le jour de l’attentat, dès que la
nouvelle s’est
répandue dans la ville, les transporteurs ont
rangé leurs véhicules,
les commerçants ont fermé boutiques et magasins.
Les rues ont été
immédiatement désertées. Mais quelques
heures après, les mouvements de
jeunes des Forces nouvelles (FN) ont organisé un meeting au
centre
ville, dans la perspective de faire baisser la tension. Les
opérations
de ratissage, à travers la ville, menées par des
éléments des Forces
nouvelles ont quelque peu rassuré les populations
apeurées. Dans
l’après-midi de vendredi, les activités
ont repris et les populations
ont vaqué à leurs occupations. Le lendemain
samedi, la vie a repris son
cours normal à Bouaké pendant que les
véhicules surmontés d’armes
automatiques et autres roquettes sillonnaient discrètement
la ville,
assurant ainsi la sécurité des populations et de
leurs biens. Cet
attentat, qui restera gravé pendant longtemps dans la
mémoire des
populations de Bouaké en particulier et dans celle
des
Ivoiriens en
général, est au centre de toutes les
conversations.
Alain BOUABRE









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