Le parti Ecologique Ivoirien



Burkina Faso : Natacha Zongo, fondatrice du journal « Star hebdo » : « Je me suis retrouvée dans la rue en voulant aider                                                mon pays »
samedi 22 septembre 2007.
 
Natacha Zongo
Natacha Zongo
      Natacha Zongo, autrefois employée par une compagnie aérienne en           France, résume sa mésaventure. Elle a été licenciée en prévenant             seulement les autorités de son pays, le Burkina Faso, des risques qui           planent sur une société nationale. Loin d’en vouloir à ses compatriotes       qui l’ont trahie, elle s’investit actuellement, dit-elle, dans « La                   promotion de la culture burkinabè » à travers le journal « Star hebdo »       qu’elle a créé en janvier 2007.

   Sidwaya (S). : Qu’est-ce qui explique votre retour au pays alors que              vous étiez employée par une compagnie aérienne en France ?

Natacha Zongo (N. Z.) : Après des études en tourisme et hôtellerie à Ouagadougou, j’ai travaillé en effet dans une compagnie aérienne en France. J’étais responsable de la destination Burkina Faso. Dans sa politique de développement, ladite compagnie a entrepris de s’implanter dans la sous-région ouest africaine. J’ai tout de suite compris que des compagnies comme Air Burkina qui constitue une fierté nationale allaient souffrir d’une telle concurrence. Ainsi, j’ai adressé un courrier aux plus hautes autorités du pays pour les informer de la menace qui plane sur la compagnie nationale. J’ai fait observer dans mon courrier qu’une faillite d’Air Burkina pourrait signifier des tensions au plan social et un manque à gagner pour l’Etat en termes de taxes et de fiscalité.

Aussi, pour un pays enclavé comme le nôtre, l’existence d’une compagnie aérienne constitue une bouffée d’oxygène. Mon courrier (que je voulais confidentiel) a été remis au ministère concerné pour mesures à prendre. Malheureusement pour moi, un des premiers responsables de ce ministère a trahi la confidentialité en remettant une copie de ma lettre à mon employeur. J’ai été alors licenciée. En voulant aider mon pays, je me suis retrouvée dans la rue. J’ai été trahie. Cependant, je n’ai pas gardé rancune, je n’ai pas tourné le dos à mon pays. Le Burkina Faso, malgré tout, reste ma patrie. Je suis là pour apporter ma pierre à la construction du pays. J’ai eu des opportunités d’aller travailler ailleurs comme par exemple au Congo Brazzaville avec un frère du président de ce pays, pour la création d’une compagnie aérienne. Mais mon amour, mon attachement au Burkina Faso est très grand. Voilà pourquoi je suis là. Le Burkina Faso, c’est chez moi.

S. : De quoi vivez-vous maintenant ?

N.Z. : Depuis janvier 2007, j’ai créé un journal appelé « Star hebdo » pour m’investir dans la promotion de la culture de mon pays. Ayant travaillé dans une compagnie aérienne, mais aussi avec des agences de voyages, j’ai pu me rendre compte que le Burkina Faso n’est pas connu à travers le monde. Parfois, on est obligé d’expliquer que le pays est situé à côté de la Côte d’Ivoire ou dans la même région que le Sénégal ou le Mali. Or, notre pays regorge d’énormes potentialités touristiques. Mais, si nous ne leur donnons pas de la visibilité, personne ne viendra les découvrir. J’ai été à la base de la création d’un circuit touristique appelé « Le pays gourounsi » pour le compte de la compagnie où je travaillais. En ce moment, un peu partout en Europe, beaucoup d’agences proposent ce circuit aux voyageurs. Pour en arriver là, j’ai dû séjourner pendant quelques temps chez les Gourounsi. J’ai même travaillé sous la pluie dans le pays gourounsi, pour mieux présenter ce circuit touristique. A cette occasion, j’ai moi-même découvert des aspects de ce pays que j’ignorais, étant donné que je ne suis pas née ici.

S. : Faites-vous d’autres choses en dehors du journal que vous avez créé ?

N.Z. : En plus de mon journal, je fais parfois des consultations pour des compagnies aériennes. C’est le milieu que je connais le mieux. Dans l’avenir, je compte m’y investir pleinement. J’ai un projet dans ce sens. En attendant, je travaille à consolider mon journal.

S. : Avez-vous, de la part des autorités du pays, une quelconque aide étant donné qu’elles sont plus ou moins responsables de votre licenciement ?

N.Z. : Non ! De la part des autorités du pays, je n’ai rien reçu. J’ai appris que le chef de l’Etat aurait donné des instructions pour qu’on fasse quelque chose pour m’aider à consolider mon journal. Mais je n’ai rien reçu jusque-là. Je remercie cependant la première Dame qui nous a crédibilisé en nous accordant une interview exclusive à notre journal...

S. : Air Burkina a-t-elle été sensible à vos déboires ?

N.Z. : J’ai été reçu par un haut responsable de Air Burkina qui voulait savoir sous quelle forme la compagnie pourrait me venir en aide. J’ai suggéré que la compagnie achète 2000 exemplaires de mon journal à chaque parution pour le distribuer à ses passagers. Cela fera la promotion du Burkina Faso mais aussi, me permettra de vivre dignement. En février 2007, Air Burkina a acheté une demi-page de mon journal pour une insertion. Puis, plus rien. Les promesses de me recontacter sont restées lettres mortes.

S. : Votre journal étant d’obédience culturelle, quelle analyse faites-vous du show biz au Burkina Faso ?

N.Z. : Le show biz dans notre pays est en train de prendre de l’ampleur. Avec des évènements tels que les « Kundé d’or », la musique burkinabè a fait un grand bon en avant ces dernières années. Mais là encore, je trouve qu’on ne fait pas la part belle aux artistes burkinabè. La plupart du temps, les têtes d’affiche sont des artistes étrangers. Il faut revoir cet aspect des choses. On peut organiser une très belle édition des « Kundé », rien qu’avec des artistes locaux. Aussi, je préfère que le Kundé d’or récompense un artiste qui fait véritablement de la musique burkinabè en terme de sonorité, de rythme, de danse... Le show biz burkinabè n’est pas très différent de ce qu’on voit ailleurs. C’est un milieu où il y a beaucoup de torpilleurs, de l’hypocrisie, de la tromperie, de la mauvaise foi. Le milieu gagnerait à se professionnaliser davantage. Je ne fais pas partie du show biz, même si je travaille pour des gens de ce milieu.

S. : Avec autant de projets et d’occupations, vous reste-t-il du temps pour vivre comme les filles de votre âge ?

N.Z. : Mes occupations ne me laissent pas du temps pour autre chose. J’assume de lourdes responsabilités. J’ai un personnel à qui je dois payer un salaire à chaque fin de mois. Je dois courir de gauche à droite pour convaincre des annonceurs pour le journal. Toute mon énergie est consacrée au travail. Je ne peux donc pas me permettre d’aller perdre mon temps dans des maquis. Et puis, j’ai une image à défendre. Je consacre mon temps à mon journal. C’est mon gagne-pain. A longueur de journée, je pense au prochain numéro, aux impôts, aux clients... Avec le temps, je me suis rendu compte que le Burkinabè ne sait pas aider son frère ou sa sœur.

Pour mon journal, j’ai frappé à plusieurs portes. Mais c’est surtout auprès des étrangers ou des sociétés étrangères implantées dans notre pays que j’ai pu obtenir du soutien. Mais je ne désespère pas. Un jour viendra où les choses iront mieux, après bien sûr, une prise de conscience collective. Mais en attendant, je remercie le public burkinabè, les lecteurs de mon journal, les annonceurs... tous ceux qui m’ont fait confiance et qui me soutiennent comme ils peuvent. On peut entreprendre et réussir de grandes choses dans notre pays, malgré les difficultés. Il ne faut surtout pas désespérer. A l’endroit des jeunes filles, je leur conseille de se battre, d’apprendre à compter sur elles-mêmes, d’avoir confiance en elle. La vie est un combat. Et celui qui refuse de se battre ne peut prospérer.

Interview réalisée par Rabankhi Abou-Bâkr ZIDA (Rabankhi@yahoo.fr)

Sidwaya

Source : lefaso.net

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