La presse
sénégalaise a
décidé d'observer une journée
« presse morte » le 21 juillet prochain
en signe de protestation contre l'agression violente dont ont
été
victimes deux de nos confrères.
Pour manifester son engagement dans la défense de la
liberté de presse et de la liberté tout court,
Ouestafnews observera
cette journée sans presse – qui sauf erreur de
notre part constitue une
première au Sénégal.
Par
H. Tidiane SY*
Je passe outre les commentaires sur le résultat des
« enquêtes » du
ministère de l'Intérieur du seul fait que l'on ne
peut être juge et
partie à la fois. Pour plus de
crédibilité, cette enquête aurait
dû
être menée par une commission «
indépendante ».
De telles démarches (la nécessité de
commissions
indépendantes en cas de besoin) doivent d'ailleurs
être une nouvelle
exigence citoyenne au sein de nos Etats pour la consolidation des
acquis démocratiques.
Pour une structure à vocation sous régionale
comme la
nôtre (Ouestafnews), il serait toutefois impardonnable
d'oublier
qu'avant les deux confrères
sénégalais, il y a eu le Nigérien
Moussa
Kaka qui depuis septembre 2007 croupit toujours en prison au Niger, en
dépit de toutes les demandes adressées aux
autorités de Niamey (y
compris une humiliante demande de clémence non
exaucée).
Il y a eu en décembre 2004 l'affaire du Gambien Deyda
Hydara, lâchement assassiné et dont les meurtriers
courent toujours.
Il y a eu avant Deyda, l'assasinant de Norbert Zongo,
calciné au Burkina Faso un jour de décembre 1998,
meurtre dont les
auteurs et commanditaires restent impunis.
Il y a eu encore l'affaire d'un autre Gambien « Chief
»
Ebrima Manneh, enlevé depuis deux ans par les services de
sécurité de
son pays… qui refusent de le relâcher en
dépit d'une injonction de la
Cour de Justice de la Communauté Economique des Etats de
l'Afrique de
l'Ouest faite à son pays de le libérer..
Nous passerons sur l'arrestation rocambolesque en juin
2007 des quatre directeurs de publication du Mali suite à la
ridicule
et non moins rocambolesque affaire dite de « la
maîtresse du président…
»
Et voilà aujourd'hui la liste des Etats-compagnons du
Sénégal sur les peu glorieux sentiers de la
régression démocratique,
mais surtout dans un domaine où le
Sénégal faisait naguère figure de
«
pionnier » et de « modèle »,
sa presse. Tous les observateurs et analystes sérieux en
sont
convaincus, la liberté de presse au
Sénégal, recule. Et elle recule
sérieusement et très dangereusement.
En l'espace de huit ans, nombre d'acquis ont été
remis en
question. Nombre de confrères et consoeurs ont
été interpellés,
humiliés, menacés, tabassés, traduits
en justice, emprisonnés.
Ce sont là des faits indéniables. C'est une
situation injuste. Cela constitue une intolérable
régression. Mais que l'on ne s'y trompe point : cette
régression dans le
domaine
des libertés (liberté de presse et
libertés publiques en général) est
à
l'image de ce qui se passe dans toutes les autres sphères de
la vie
publique. A moins de considérer la presse comme un champ
isolé ou un
domaine à part qui évoluerait dans une tour
d'ivoire - j'allais dire
dans une tour virtuelle - la presse donc ne peut aucunement
espérer
faire exception. En réalité ici, comme dans bien
d'autres
secteurs, le
Sénégal a depuis quelques années
choisi le nivellement par le bas,
préférant se comparer à d'autres
nations qui il n'y a guère enviaient
au Sénégal son image de « vitrine
démocratique » reconnue par tous.
C'est ce Sénégal envié et
adulé par tous, qui a permis
d'écrire la belle page d'un soir du 19 mars 2000, page
aujourd'hui il
est vrai défraîchie, écornée
et lamentablement jaunie – à en juger par
la nature et la qualité des sujets qui dominent le
débat.
Raison donc pour se mobiliser. Mais
au delà du Sénégal, cette mobilisation
doit porter sur l'ensemble de la
sous région ouest africaine de Bamako à Abuja en
passant par
Ouagadougou, Freetown, Lomé, Bissau, Abidjan…un
espace qui, qu'on le
veuille ou pas, a désormais son destin lié. C'est
notre conviction à
Ouestafnews.
Il serait illusoire de vouloir construire un Bénin ou une
Guinée Bissau qui serait un îlot de
quiétude, de paix et de progrès,
dans un océan en ébullition. Ceux qui ont
tué Deyda se sont certainement
inspirés du cas Zongo dt de l'impunité qui s'en
est suivie. Demain, les mêmes pourraient inspirer d'autres
encore si la
riposte
n'est pas à la mesure des assauts et des pertes subis. Entre
temps, il
est vrai, d'autres martyrs seront tombés. Et d'autres
nations seront
tentées par « l'expérience »
sénégalaise, à savoir : le nivellement
par
le bas.
Oui, ils n'aspirent tous qu'à cela : nous mener vers le
bas, toujours plus bas. Aucun citoyen Ouest africain ne doit
l'accepter.
*Fondateur Ouestafnews