Il n`est pas mort comme
l`avait laissé croire la rumeur. Il est vivant,
terré dans un endroit qu`il tient secret. Pour couper court
à toutes les rumeurs sur son compte, Charles Blé
Goudé, leader de la jeunesse patriotique ivoirienne et
ancien ministre sous Laurent Gbagbo, rompt le silence à
travers ce courrier adressé aux Ivoiriens.
Mes chers compatriotes,
Je suis vivant!
Si certains ont souhaité ma disparition physique, d`autres,
plus nombreux certainement, aimeraient me voir en vie afin que je
puisse participer au débat politique dans notre pays, la
Côte d`Ivoire.
Dans tous les cas, cette situation m`aura permis
d`expérimenter la symbolique des funérailles du
vivant dont me parlait souvent mon grand-père.
En effet, vivant, j’ai assisté à mes
funérailles à plusieurs reprises. Je sais que
toutes les tentatives des uns et des autres pour me tuer sinon
physiquement, à tout le moins médiatiquement,
sont la preuve de l’intérêt
qu’ils portent à ma personne et à notre
combat.
A ceux qui ont jubilé à l’annonce de ma
prétendue mort, je souhaite longue vie. La vie humaine est
sacrée. Toutes nos croyances ne nous enseignent- elles pas
que nul ne doit ni souhaiter ni fêter la mort de son
prochain, fût-il son pire ennemi? Et dire que parmi ceux qui
ont jubilé à l’annonce de ma
“mort“ se trouvent certains individus se targuant
d’avoir été mes collaborateurs(?)
Je voudrais inviter ces papillons politiques toujours à la
recherche du nectar à méditer les paroles
suivantes: ” ce sont les abeilles qui produisent le
miel”.
A vous qui, jusqu’ à cette adresse, portiez dans
la tristesse et le silence le
‘’deuil’’, soyez
rassurés, je suis bel et bien vivant!
Mes chers compatriotes,
Je sais tout ce que nous subissons dans nos quartiers, nos villages,
nos campements, nos différents lieux de travail…
Je sais que des villages entiers ont été
incendiés, obligeant de nombreuses populations paysannes
à trouver refuge en brousse.
Je sais que, invitées à reprendre le service, les
forces de l’ordre formées par l’Etat de
Côte d’Ivoire sont traquées,
humiliées voire assassinées. La
dernière trouvaille serait de payer leurs salaires
désormais de la main à la main. Du jamais vu!
Je sais que pour échapper à la furie des
tortionnaires, de nombreux Ivoiriens sont aujourd’hui
refugiés dans des pays voisins sans le moindre sou.
Le fait d’avoir battu campagne pour La Majorité
Présidentielle (LMP) étant désormais
considéré comme un crime dans notre pays, nous
continuons de subir des exactions de tout genre.
Chaque jour, d’honnêtes citoyens sont pris en
otage. Les plus chanceux sont libérés moyennant
une rançon dont le montant varie selon les humeurs de leurs
bourreaux.
Il ne se passe un seul jour sans que nous ne soyons
dépossédés de nos biens. Les
véhicules, les appareils
électroménagers, les fauteuils sont
emportés au nom de la démocratie. Même
les casseroles, les verres, les cuillères
n`échappent pas à leur appétit.
Je sais aussi que certains Ivoiriens, malgré leur
appartenance au RHDP, ont vu leurs biens, fruits de plusieurs
années de durs labeurs, emportés ; d`autres ont
même été tués.
Sous le fallacieux prétexte de recherche de caches
d’armes, ils tuent, violent et traumatisent
impunément.
Mes chers compatriotes,
Voici autant d’actes qui sont en total déphasage
avec l’esprit de réconciliation dont notre pays a
plus que jamais besoin; réconciliation dont j`avais
déjà ouvert les chantiers à travers
plusieurs actions pour tenter de réduire la fracture sociale
déjà trop profonde. Souvenons-nous de la Caravane
de la Paix.
En clair, au-delà des slogans, la réconciliation
doit se traduire en actes concrets surtout quand l’on sait
que le président Gbagbo et plusieurs de ses compagnons sont
illégalement incarcérés et
isolés dans le nord de la Côte d’Ivoire.
En outre, notre pays, atteint du syndrome de
l’allégeance et de la
‘’postophilie’’, enregistre le
retour de caméléons politiques qui se vantent
d’avoir prédit ce que nous vivons
aujourd’hui.
Ces nomades politiques sans conviction accusent aujourd’hui
le président Gbagbo de tous les maux
d’Israël.
Comme vous le savez, chers concitoyens, quelle que soit la virulence
d`une épidémie elle ne contamine jamais tout le
monde. C’est pourquoi, je voudrais rassurer mes
frères Ivoiriens et Africains que dans ce
capharnaüm, je demeure lucide.
Mes chers compatriotes,
Dans cette douloureuse épreuve, sachons rester dignes et
solidaires. A ce stade de mon propos, je voudrais remercier tous ces
Africains et Africaines pour leur soutien à cet autre virage
dans l’histoire de notre continent. Point n`est besoin de
douter car dans cette montagne de désespoir doit
nécessairement se creuser un véritable tunnel
d`espérance pour le bonheur des
générations futures.
En ce qui concerne les sujets qui engagent la vie et l’avenir
de notre pays, la COTE D`IVOIRE, je me prononcerai prochainement.
Je suis vivant!
Que Dieu bénisse la Côte d’Ivoire.
Charles Blé
GOUDE.