
A peine
débutées, les opérations
d’identification des populations en
vue de l’obtention des cartes
d’électeurs et d’identité
ivoirienne
coincent. Les machines à enrôler de
l’opérateur technique SAGEM
Security étouffent face à l’affluence.
Responsables politiques et
candidats à l’enrôlement
s’inquiètent, s’impatientent et tiennent
des
propos ou posent des actes qui font penser à une
veillée de violences
contre le «non enrôlement»,
après la guerre contre «la mal
élection».
Ainsi, dans la matinée du vendredi 10 octobre, des
étudiants,
mécontents de ne pouvoir être
enrôlés, se sont-ils emparés des
valises
de la SAGEM au quartier abidjanais de Williamsville pour
réclamer de
meilleures conditions d'enrôlement. La raison de ces
échauffourées est
connue : mobilisés par leurs responsables syndicaux, les
étudiants qui
ont pointé dès 4h du matin dans les centres de
collecte se sont fait
dire, vers 10h, après 6h d’attente, que 25
personnes ont été enrôlées,
que «c'est fini, il faut repasser le lendemain !».
En réaction,
Augustin Mian, le très pacifiste et actuel
Secrétaire général de la
Fédération estudiantine et scolaire de
Côte d’Ivoire (FESCI), a
revendiqué, pour son mouvement, ces perturbations qui
contrastent
pourtant avec les actes qu’il a jusqu’ici
posés depuis son arrivée à la
tête du puissant syndicat. «Nous les
étudiants et élèves, nous sommes
fatigués de cette situation de ni paix, ni guerre. Nous
voulons qu'elle
prenne fin définitivement pour que nous puissions aller
à l'école en
toute quiétude. Nous ne voulons nullement être
provoqués dans notre
élan de nous faire recenser. Nous n'accepterons pas qu'on
nous frustre
de notre droit d'accès à la carte nationale
d'identité. Nous ne voulons
pas qu'on nous prive de notre droit de vote. Tant qu'il y aura un
étudiant ou un élève qui ne se sera
pas recensé, cette opération ne
s'arrêtera pas !», avertit le leader scolaire et
estudiantin (Notre
Voie n° 3105, page 2).
C’est cette inquiétude que M. Martin
Sokouri Bohui, Secrétaire national chargé des
Elections au FPI (parti
au pouvoir), a sûrement voulu exprimer, par anticipation, le
vendredi 3
octobre 2008 (lire Notre Voie n° 3098, page 2).
L’homme a été mal
compris, mais, par la suite, le président du parti au
pouvoir, Pascal
Affin N’Guessan, s’est mieux exprimé
devant le Représentant spécial du
Secrétaire général de l’ONU
en Côte d’Ivoire (Notre Voie n°3104, page
4). Malheureusement, certains adversaires politiques avaient
déjà
appelé leurs militants à
«s’opposer à la violence du
FPI», là où ils
devaient joindre leur voix à celle du parti
présidentiel pour conjurer
le syndrome du «mal enrôlement», voire du
«non-enrôlement» des
Ivoiriens développé par SAGEM de nos jours.
L’opération
d’enrôlement et d’identification des
électeurs, selon les chiffres
fournis par l’Institut national de la statistique (INS), doit
concerner
12 millions d’Ivoiriens. Avec 6.000 ordinateurs
annoncés (valises),
chaque machine aura à traiter 2.000 personnes. A raison de
25 personnes
par jour, SAGEM mettra, sans panne technique et sans
défaillance
humaine, 80 jours ouvrables, soit au moins trois mois, pour
enrôler les
12 millions d’électeurs. Mais, après,
il faudra ajouter, à ce délai,
ceux du traitement des fiches, de l’affichage des listings en
vue de
rattraper les erreurs de la confection des cartes et de leur
distribution.
En tout état de cause, de sérieux doutes planent
sur
la tenue des élections à la date du 30 novembre
2008. Les responsables
du Rassemblement des houphouétistes pour la
démocratie et la paix
(RHDP, opposition coalisée autour de
l’ex-rébellion), en s’opposant
à
l’organisant des élections par l’INS,
l’une des plus fiables
institutions dans le domaine des élections en Afrique, ont
favorisé
l’irruption de SAGEM Security dans nos affaires
électorales. Ils ont
favorisé ce cafouillage qui a cours dans
l’identification des
populations. A présent, l’heure doit
être à la réflexion pour rassurer
les Ivoiriens afin que leur pays ne replonge dans des violences contre
le «non enrôlement» après la
guerre contre la «mal élection» qui le
défigure depuis septembre 2008.
cesaretou2002@yahoo.fr C.E.