Près de trois semaines
après l’arrestation de Laurent Gbagbo, des jeunes
patriotes, miliciens et mercenaires se réclamant de lui,
continuent de faire parler la foudre à Yopougon. Au cri de
« No Gbagbo no peace » (sans Gbagbo pas de paix
», ils poursuivent la résistance armée
dans les rues de cette commune, considérée comme
un bastion de l’ancien régime. En dépit
des négociations entreprises avec certains de leurs leaders,
ces indécrottables défenseurs du
président déchu continuent de défier
l’armée régulière. De bonne
source, ces miliciens sont armés et encadrés par
des cadres, personnalités de l’ancien
régime et des officiers des ex-Forces de défense
et de sécurité (Fds), qui se sont
résolument engagés dans une logique de
résistance. Pour l’honneur. Ces derniers jours,
ces farouches résistants pro-Gbagbo auraient grossi les
effectifs des combattants, qui auraient également
reçu du renfort en armement. Pour ces anciens responsables
du défunt régime qui tirent les ficelles, parmi
lesquels des membres de la galaxie patriotique, il faut rendre
à Ouattara ce que l’ex-rébellion du
Nord a fait à Gbagbo, au lendemain de son accession au
pouvoir : gâcher son début de mandat en maintenant
allumé le foyer de tension de Yopougon.
Décidés à entretenir le brasier, des
chefs miliciens se montrent intraitables, là où
d’autres consentent à mettre fin à la
spirale de la violence. En effet, certains comme Eugène
Djué, Maguy le Tocard, commandant Zulu, Scorpion ont
accepté la main tendue des nouvelles autorités.
On les a vus négocier à
l’hôtel du Golf avec la hiérarchie
militaire de l’armée
régulière. Ils semblent désireux de
rentrer dans les rangs en fumant le calumet de la paix avec le nouveau
régime. Mais leur démarche se heurte encore
à l’hostilité des
jusqu’au-boutistes, décidés
à jouer leur va-tout. A côté de ces
partisans de la résistance sans concession, certains
politiques pro-Gbagbo et non des moindres, ont opté pour
l’allégeance au nouveau pouvoir. Au nombre de
ceux-ci, Laurent Dona Fologo, un proche collaborateur du
président déchu. Quelques jours après
la chute de l’ancien chef de l’Etat, il est
allé affirmer son soutien à son successeur.
« Je reconnais que le président Ouattara est le
président légitime de la Côte
d’Ivoire. Parce qu’aujourd’hui, la
réalité, c’est cela », a-t-il
déclaré sur Rfi, le mardi 19 avril,
après avoir soutenu, au sortir de l’audience avec
le nouveau chef de l’Etat, être toujours du
côté de la légalité. Outre
Fologo, l’ex-directeur de campagne de Gbagbo et maire de
Yopougon, Jean-Félicien Gbamnan Djdidan, a reconnu la
victoire d’Alassane Ouattara et appelé les
combattants de sa commune à arrêter les
hostilités. « Oui, nous avons perdu les
élections et ce n’est pas la fin du monde. Je
demande aux jeunes de Yopougon de se mettre à la disposition
des nouvelles autorités (…) Celui-même
pour qui ils prétendent se battre est
arrêté et a appelé à cesser
la violence. Pourquoi persister dans cette voie suicidaire ?
», a-t-il soutenu dans une déclaration qui a fait,
mardi dernier, les choux gras de la presse proche du nouveau pouvoir.
Avant lui, des membres de la galaxie patriotique
s’étaient inscrits dans la même logique.
Mian Augustin de la Fesci, Eugène Djué et Elie
Halassou ont appelé leurs camarades à mettre fin
à la belligérance et à
reconnaître les nouvelles autorités. «
Chers frères et sœurs de la galaxie patriotique et
combattants des groupes armés, je vous demande de
déposer les armes et qu’on accepte
d’aller définitivement à la paix. Parce
que la voie des armes est une voie sans issue, une voie suicidaire.
C’est vrai que parmi vous, certains ont peur et craignent
pour leur vie. Je voudrais leur dire qu’il n’y aura
pas de représailles. Il ne faudrait pas qu’on ait
en esprit que nous avons perdu (…) Je vous exhorte
à entrer dans la nouvelle République
incarnée par son Excellence Alassane Ouattara et son Premier
ministre, Guillaume Soro… », a plaidé
le dernier cité dans une déclaration. Sans
succès apparemment, puisque les armes continuent de
crépiter à Yopougon.
Assane NIADA