Les femmes patriotes de
Côte d’Ivoire, à travers un sit-in qui a
débuté hier matin à la Riviera 3, et
qui prendra fin dans cinq jours, exigent le départ de
l’Onuci.
La Coordination des femmes patriotes de Côte
d’Ivoire, avec à sa tête la ministre
Géneviève Bro Grébé a
décidé de durcir le ton dans sa
volonté de faire partir l’Onuci. Hier matin, elles
ont crié leur ras-le-bol devant le détachement de
la force onusienne à la Riviera III. Qui, avec des grelots,
qui avec des tam-tams, elles ont exprimé haut et fort leur
détermination à œuvrer pacifiquement
pour obliger l’Onuci à quitter la Côte
d’Ivoire. Bien avant, elles se sont retrouvées
dans la salle des fêtes de l’Hôtel
communal de Yopougon. Les visages badigeonnés de caolin,
rameau et autres branchages en main, les femmes venues de tout Abidjan
ont, avant l’arrivée de Mme Bro,
démontré à travers chants et danses,
que plus rien ne peut les arrêter dans leur
volonté. Mme Touré, la cinquantaine, ne cache pas
sa joie de faire partie de ce qu’elle appelle
«mouvement de libération».
«Nous sommes prêtes à libérer
notre pays. Nous sommes décidées à
faire partir l’Onuci qui tue nos enfants, nos maris, nos
parents, nos sœurs. Nous tenons à dire aux soldats
de l’Onuci que nous ne voulons pas de guerre en
Côte d’Ivoire». Quelques minutes plus
tard, Mme Bro fait son entrée en compagnie de Mme Jeannette
Koudou et bien d’autres femmes de haut rang. Après
une prière œcuménique, elle
s’adresse à «ses
sœurs». «Je vous salue toutes pour votre
mobilisation. Nous sommes ici pour dire non à la guerre en
Côte d’Ivoire. Pour l’exprimer, ce
n’est pas ici (à l’Hôtel
communal, ndlr) que nous allons le faire. Nous irons à
l’Onuci-Riviera III. Nous allons faire un sit-in pendant six
jours. Nous allons nous organiser pour nous relayer». Le mot
d’ordre de Mme Géneviève Bro
Grébé est accueilli avec des hourras. Joignant
l’acte à la parole, elles sortent de la salle et
se rendent au lieu indiqué dans la discipline. Sur le site,
elles sont toutes assises chantant des cantiques et chants religieux
dans la discipline. Quelques instants plus tard, les soldats onusiens,
plus précisément des Jordaniens et des
Nigériens, campés derrière leur
portail se concertent. Après leur conciliabule loin des
femmes patriotes qui ne s’en occupaient guère, un
d’entre eux, un Nigérien qui semblait
être le maître des lieux, demande à
parler à Mme Bro. L’air à la limite de
l’impolitesse, il ordonne aux femmes de lever le camp. Le cas
échéant, il emploiera la manière
forte. Le Nigérien n’a pas gain de cause et replie
en bon militaire. Après avoir consulté son
collègue Jordanien, il revient à la charge. Cette
fois-ci, Bro Grébé, avec à ses
côtés, la ministre Christine Adjobi et une
kyrielle de femmes, le rencontrent. Et lui confient tranquillement :
«Nous sommes venues prier pour vous afin que vous quittiez
notre pays. Nous sommes toutes prêtes à mourir
pour notre pays, pour que notre pays retrouve la paix. Je suis la
ministre Géneviève Bro
Grébé. Nous ne bougerons pas
d’ici». Il n’en fallait pas plus pour
qu’elles chantent l’Abidjanaise sous le soleil de
plomb qui semble les caresser. Mme Christine Adjobi, très en
vue, ajoute pour sa part : «L’Onuci qui est une
organisation censée préserver la paix en
Côte d’Ivoire s’est
transformée en adversaire. Elle tire sur des femmes, des
jeunes aux mains nues. Nous sommes venues lui dire de partir de chez
nous et qu’elle nous laisse résoudre notre
problème nous-mêmes». Idem pour Mme
Brigitte Adou. La cinquante révolue, elle embouche quasiment
la même trompette. Le verbe haut, elle s’empresse
de dire : «nous sommes ici, devant l’Onuci, pour
dire que nous ne voulons plus d’elle chez nous. Parce que
c’est elle qui arme et aide les rebelles qui nous font la
guerre». Comme pour dire que la Coordination des femmes
patriotes n’est pas prête à abdiquer
dans sa démarche.
Eugène Djabia