Le député
Alomo avait émis l’idée de la
dissolution du Fpi. C’est vrai qu’officiellement,
le pouvoir qui voulait montrer des dehors démocratiques
à ses parrains occidentaux n’a pas mordu
à l’hameçon. Mais dans les faits, loin
des regards de tout le monde, les Frci, l’armée de
service du Rhdp donne dans le pouvoir absolu. Ramenant de fait, la
Côte d’Ivoire au temps du parti unique. Car ce qui
se passe aujourd’hui est totalement une première
dans l’histoire de ce pays. Aucun des régimes
précédents n’a autant terroriser son
opposition. Et Yopougon, le bastion traditionnel du Fpi paye un lourd
tribut à cette crise. «C’est comme si
quelqu’un voulait se venger de Yopougon», fait
à ce propos, remarquer Zaba Zadi, le
Fédéral Fpi de la commune lors d’une Ag
avec ses militants. Une remarque bien à propos surtout
qu’à Yopougon, le parti du président
Affi est désormais sans patrimoine. Pas qu’il
l’a perdu à l’occasion d’un
sinistre. Mais il est aux mains de l’armée de
Ouattara qui applique à la lettre, les propositions du
député Alomo. Le siège de la
Fédération Fpi d’Abidjan- Banco
situé dans le secteur de Wassakara et acquis sous
Houphouët est aujourd’hui aux mains des Frci. Ils y
ont installé une base avec un bon contingent de leurs
soldats. «Ils sont installés ici depuis longtemps.
Ils font croire aux gens que c’était une base des
miliciens. Ce qui est totalement faux. Gbagbo nous a appris le combat
démocratique et non pas la loi des armes. Le Fpi ne sait pas
faire la guerre et ne fera jamais la guerre. C’est nous qui
avons parlé de transition pacifique en Côte
d’Ivoire. Ce siège n’a jamais
été une base de miliciens. Il a toujours
abrité nos activités politiques.» Fait
remarquer un cadre de ce parti très habitué
à ce lieu. En fait, l’armée de Ouattara
est dans uns logique de vainqueur. C’est pourquoi, elle fait
tout selon son bon vouloir, défiant toujours les lois de la
République. «Ils nous disent qu’ils ne
sauront pas où loger s’ils partent de notre
siège. «Si on quitte ici, on va dormir
où» s’est même permis de me
dire l’un d’eux, comme si c’est nous qui
les avons fait venir à Abidjan», se plaint un
autre cadre du Fpi. Depuis, chasseurs dozo et jeunes combattants Frci
se côtoient au siège de la
fédération Fpi Abidjan-banco. Mais ce
n’est pas tout. Au Nouveau quartier, toujours dans la commune
de Yopougon, l’espace baptisé Place de la
liberté et sur lequel devait être bâti
le siège national du Fpi a été
transformé en un centre des Frci. Il est devenu
aujourd’hui le lieu de toutes sortes d’exactions
sur les populations. Des jeunes enlevés par des rapts y sont
déportés pour subir les pires humiliations.
«On les voit régulièrement parader ici.
Si vous avez le malheur de les rencontrer sur votre route, vous en
aurez pour votre compte. Ils vont vous accuser de tout, rien que pour
vous rançonner.» Explique un habitant du quartier.
Là-bas, la proximité avec les Frci plonge le
quartier dans la terreur. L’espace
clôturé par le Fpi est alors devenu un camp
militaire. C’est même là qu’il
y a eu les affrontements entres eux la semaine dernière. Des
combats qui ont fait un mort dans une autre faction de cette
armée aux milles commandants. Il n’y a pas que ces
biens du Fpi qui sont occupés dans la commune de Yopougon.
Dans le secteur de la cité Cié, vers la
mosquée Koudouss, le Qg de campagne loué par la
Ddc dirigée par le maire Gbamnan est aussi aux mains des
Frci. C’est même devenu la
«résidence de fonction» d’un
gourou de cette armée avec plusieurs autres soldats.
C’est l’une de leur base. Et les populations
quasiment ahuries assistent impuissantes aux parades quotidiennes de
ces soldats. «C’est quelqu’un qui est
allé leur dire qu’il y a une base du Fpi ici. Ils
disent que nous avons hébergé des miliciens ici.
Pensez-vous que le maire Gbamnan qui avait toujours maille à
partir avec ces jeunes combattants peut faire ça
?» S’interroge de ce fait un proche du maire de
Yopougon. Dans la plus grande commune de Côte
d’Ivoire, les Frci se sont aussi accaparé le
patrimoine de l’Etat, sous prétexte
qu’il appartient au Fpi. L’armée de
Ouattara occupe toujours la mairie. Au point que
l’administration s’est trouvée
obligée de délocaliser dans un service annexe
situé dans le secteur de Niangon. «Nous avons
sollicité les services de l’Onuci pour leur
demander de quitter les lieux. Ils nous ont toujours promis de partir,
mais ils sont toujours là» Raconte un agent de la
mairie. Jusque -là, la seule concession qu’ils ont
pu faire, c’est de céder une partie des locaux.
Quelques services de la municipalité sont alors revenus dans
ces bâtiments. Les agents sont donc obligés de
cohabiter avec cette armée à la
gâchette très facile. La situation est la
même à la Sideci,
précisément à la direction technique
de la mairie. Ce service est encore aux mains des Frci qui ne sont pas
prêts de partir, surtout que le
«Parlement», lieu de rencontres et de
débats patriotiques tant craint par Ouattara, se trouve dans
les environs. En réalité, loin des discours
officiels, le régime a peur de Yopougon. C’est
pourquoi il continue d’y maintenir ses hommes, en fermant les
yeux sur tous leurs dérapages.
Guehi Brence