
Les coupures d’eau et
d’électricité sont
durement ressenties par le corps enseignant et les
élèves. Mais
certains arrivent à avoir la tête hors de
l’eau.
Le délestage n’a pas fini de faire son lot de
victimes. Dans
l’enseignement, professeurs et élèves
en subissent les conséquences.
Kra Léontine, professeur de philosophie au
Collège Adama Sanogo, ne
cache pas son désappointement. «On a des
calendriers de devoirs à
respecter. On doit rédiger les devoirs et ensuite les donner
à l’école
pour faire des tirages. Le soir à la maison, il
n’y a pas
d’électricité, alors comment
rédiger les devoirs. Les jours où nous
avons la chance d’avoir de
l’électricité, et qu’on
rédige les devoirs,
il n’y a souvent pas
d’électricité à
l’école et donc pas de tirages.
Dans ce cas, il est évident que les calendriers de devoirs
ne seront
pas respectés», déplore-t-elle. Pour
enfoncer le clou, cette dernière
ajoute: « Pas plus tard que la semaine dernière,
on avait un devoir de
niveau, il pleuvait et la classe était très
sombre au point que les
élèves ne voyaient plus leurs copies. Comme il
n’y avait pas
d’électricité, nous avons
été obligés de suspendre le devoir
à la
grande joie des élèves ». Bini S.,
professeur de physiques et mère de
deux enfants, se dit très affligée par ces
coupures intempestives. « A
cause de la coupure d’électricité, mes
feuilles de devoirs sont
accumulées à la maison, je n’en ai pas
corrigée une seule. Je n’ai pas
de servante donc, je suis obligée de faire les cours dans la
journée,
et les après-midi de faire le ménage. Je
n’ai pas le temps de m’occuper
de mes copies. Avec les coupures d’eau, c’est aussi
difficile. Je suis
obligée de me réveiller parfois au milieu de la
nuit ou le matin très
tôt pour remplir les bassines et après je dois me
rendre au cours.
C’est pénible », se lamente-t-elle. Les
élèves quant à eux ne sont pas
bien lotis. Ainsi Atsé Cyrille, élève
en classe de 1ère D, explique ses
dernières mauvaises notes par les coupures
d’électricité intempestives.
«On ne peut pas travailler dans le noir. Hier par exemple,
à Abobo, ils
ont coupé l’électricité et
c’est à deux heures du matin que le courant
est revenu. Je ne pouvais plus travailler, j’avais trop
sommeil. Alors
c’est normal que je n’obtienne pas de bonnes
notes», se justifie-t-il.
Koffi Chiayé Patricia, élève en classe
de troisième est du même avis. «
Avec les coupures d’électricité,
c’est difficile d’apprendre ses
leçons. J’ai essayé
d’étudier à la lueur de la bougie, mais
c’est
fatiguant pour les yeux. Tout ce que j’espère
c’est que cela finisse
très vite car je n’arrive pas à
étudier convenablement, or il me faut
de bonnes moyennes de classe pour pourvoir être sereine aux
examens »,
explique-t-elle.
Ceux qui prennent leurs précautions
Pendant que de nombreux élèves et enseignants se
plaignent de la
situation précaire que leur fait vivre le
délestage, certains d’entre
eux ont pris des dispositions nécessaires. Isidore
N’guessan,
professeur de Français, confie qu’il a
aménagé son emploi du temps pour
ne pas connaître les difficultés qui devaient
découler du délestage. «
Je ne laisse plus traîner la correction de mes devoirs. Les
samedis et
les après-midi pendant lesquels je n’ai pas cours,
je trouve un endroit
calme et je corrige mes copies. De cette façon, je ne suis
pas pris au
dépourvu quand on « coupe »
l’électricité »,
explique-t-il. A. Y,
professeur de mathématiques, quant à lui ne voit
que le côté bénéfique
des coupures d’électricité. «
Il y a certaines fois où je me dis que
c’est une mesure salutaire. Avant, j’aimais
accumuler les cahiers de
textes pour les remplir à la maison. Pourtant je suis
professeur
principal dans une de mes classes. A cause du délestage, je
remplis
immédiatement mes cahiers de textes. Ce qui me sauve car les
inspecteurs font maintenant des visites
inopinées», révèle-t-il. Des
élèves prennent également des
dispositions pour que leurs résultats
scolaires ne changent pas. Ainsi Ouattara Kopaly Sibiki,
élève en
classe de terminale D, confie qu’il a pris toutes les
dispositions
nécessaires pour ne pas ressentir le délestage.
« Avec mon argent de
poche, j’ai acheté une lampe moderne (veilleuse)
pour pouvoir bosser
comme il faut. Cette année je n’ai pas droit
à l’erreur car je suis à
ma deuxième tentative du baccalauréat
», explique l’apprenant. Lou
Evelyne, élève en classe de 6ème,
confie qu’elle est venue habiter avec
sa mère à Angré Manguiers 2.
« J’habite Yopougon Zone industrielle avec
mon papa et sa seconde épouse. Mais il y a trop de
délestages là bas.
Maman a insisté pour que je vienne passer au moins une
semaine de temps
à temps à cause des coupures de courant, elle dit
que ça me permettra
de travailler», révèle cette
dernière.
Napargalè Marie