L`affaire des signatures
à la Banque centrale des États de l`Afrique de
l`Ouest (Bceao) a connu un dénouement le samedi dernier 22
janvier en faveur du Dr. Alassane Ouattara (président
élu, selon la Commission électorale
indépendante au grand dam de M. Laurent Gbagbo
(président, selon le Conseil constitutionnel). Cependant,
dans la pratique, les opérations ne seront pas
aisées pour le gagnant de ce duel qui a tenu le monde en
haleine durant des semaines.
On le sait depuis le samedi dernier 23 janvier 2011. Le
15ième sommet de la Conférence des chefs
d`État et de Gouvernement de l`Union économique
et monétaire ouest africaine (Uemoa) tenu à
Bamako (Mali) a entériné la décision
du Conseil des ministres de l`Économie et des Finances de
cette Union de n`autoriser que les signatures du président
Alassane Ouattara pour la Côte d`Ivoire à la
Bceao. En sus, M. Henri Philippe Dacoury Tabley a dû
démissionner de son poste de Gouverneur de la Banque
centrale pour, dit-on, avoir refusé d`appliquer les
décisions du Conseil des ministres de l’Uemoa du
23 décembre 2010 à Bissau (Guinée).
Une victoire donc qu`obtient Alassane Ouattara sur son adversaire
Laurent Gbagbo, car les comptes du Trésor ivoirien
domiciliés à la Bceao ne sont pas vides. Selon
des sources informées et concordantes, des centaines de
milliards de francs Cfa sont enregistrés sur ces
différents comptes. Et, dès lors que
ces comptes seront désormais gérés par
le camp Alassane Ouattara, cette liquidité
échappera de facto au camp Laurent Gbagbo. Toute chose qui,
il ne faut pas s`en douter, participe à l`isolement
économique du président Laurent Gbagbo. Parce
qu`on s`attend à ce que, sur le terrain, le «
perdant » de l`Uemoa, qui n`a plus accès aux sous
du Trésor public à la Bceao, ne respecte pas les
engagements de l`État de Côte d`Ivoire
vis-à-vis de ses partenaires, notamment payer les salaires
des fonctionnaires et autres agents de l`État. Au finish, il
devrait être affaibli et cueilli comme un fruit
mûr. En principe, cette vision aurait pu tenir sans
problème. Malheureusement, il y a un hic :
l`opérationnalité du pouvoir des signatures Bceao
sur le terrain ivoirien. En effet, même si officiellement le
président Alassane Ouattara a la puissance des signatures
ivoiriennes à la Bceao, dans la pratique, la puissance des
leviers de l`économie nationale sont entre les mains du
président Laurent Gbagbo. Pour le moment, les
régies financières de l`État de
Côte d`Ivoire (douanes, impôts et
trésor) sont aux ordres du perdant. Les ports autonomes
d`Abidjan et de San Pedro (premier port mondial de cacao) sont
également gérés par lui. Cela signifie
que M. Laurent Gbagbo, aussi perdant qu`il soit, est le mobilisateur
des ressources financières de l`État de
Côte d`Ivoire. Dans ce cas, le pouvoir du Dr. Alassane
Ouattara sera, jusqu`à preuve du contraire, dans le domaine
de la théorie. Aussi, à défaut d`avoir
les comptes de la Bceao, le camp Gbagbo misera-t-il
forcément sur un nouveau système bancaire,
d`autres comptes, où il pourra gérer toutes ses
activités gouvernementales. Les versements d`argent qui
devraient être effectués sur les comptes du
Trésor public à la Bceao emprunteront un autre
chemin. Ce sera peut-être celui de la banque du
Trésor public ou de la Banque nationale d`investissement
(Bni) ou encore une autre banque inconnue. Les observateurs estiment
que les lieux de dépôts d`argent ont peu
d`importance du moment où le Gouvernement Aké
N`Gbo est prêt à assumer ses charges. «
Le gouvernement de la République de Côte d`Ivoire
appelle la population, les opérateurs économiques
et financiers à la
sérénité. Toutes les dispositions sont
prises pour assurer le fonctionnement régulier du
système bancaire ivoirien », a rassuré,
le porte-parole du Gouvernement, M. Ahoua Don Mello, le samedi dernier
23 janvier. De fait, apparemment, le Gouvernement Aké N`Gbo,
qui a rejeté «la démission
forcée de l`Ivoirien Philippe-Henry Dacoury-Tabley
», ne s`est pas laissé surprendre par le
Gouvernement Soro Guillaume et l`Uemoa. Ainsi, il est clair que depuis
le début de la crise post-électorale (et pourquoi
pas avant?), une démarche financière bien
ficelée permet aujourd`hui au camp Laurent Gbagbo de ne rien
perdre de sa superbe. Il y a quelques jours, dans le cadre d`une
séance de travail avec les responsables du Trésor
public, le ministre de l`Économie et des Finances, M.
Désiré Dallo, a exhorté ses
interlocuteurs à respecter l`obligation de
réserve de leur statut, à la vigilance et
à la bonne gouvernance. Autrement dit, le Gouvernement
Aké N`Gbo travaille. Au regard de ce qui
précède, ça coince encore pour le camp
Alassane Ouattara. Et ça pourrait coincer pour tout l`espace
Uemoa (on peut l`écrire!) si cette situation perdure. Selon
un expert en économie, si la Côte d`Ivoire qui, au
31 août 2010, représentait 30% des
agrégats monétaires
intégrés (avoirs extérieurs nets,
crédit intérieur, masse monétaire) de
l`Union monétaire, environ 60% des valeurs
exportées, et plus de 35% du produit intérieur
brut (les richesses produites dans la zone), se sent exclue, alors ce
serait la catastrophe pour toute la zone.
Parce que le pays sera obligé de prendre des solutions
alternatives, notamment une organisation monétaire nationale
au détriment d`une cohésion de la zone
monétaire de l`Uemoa.
Hermance K-N